Chiens de garde et canards de cours

Il semble que, si le despotisme venait à s'établir chez les nations démocratiques de nos jours, il aurait d'autres caractères : il serait plus étendu et plus doux, et il dégraderait les hommes sans les tourmenter.

Alexis de Tocqueville

De la démocratie en Amérique, tome II (1840)

Quatrième partie, Chapitre 6 :

Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre

 

La victoire, en voie d’achèvement, du Pouvoir de 1’Entreprise sur le pouvoir politique (peu importe les hommes d'Etat ) est la victoire do la mobilité sur 1'immobilité, du cosmopolitisme sur le patriotisme, du secret sur le public ,bref du Capital affranchide toute autre morale, politique, légalité, idéologie, que sa « morale », sa politique, sa légalité.

Alain Trillaud

Essai sur la société affranchie et comment s’en affranchir (1979)

 

Gérard Miller :J’espère qu’on va pouvoir parler aujourd’hui du programme de Mélenchon par rapport au programme de Macron...

Patrick Cohen : Ah, vous voulez refaire la campagne ?

France Inter, le 8 mai 2017

https://www.franceinter.fr/emissions/le-7-9/le-7-9-08-mai-2017

 

En France, dès le mois de janvier 17, la presse aura commencé de fêter à sa façon le centenaire de la révolution russe.

Trois candidats de droites devaient concourir lors de la présidentielle. L’une, Marine Le Pen, devait accéder au second tour afin d’y être écrasée grâce au « front républicain ». Les deux autres devaient donc se départager : le candidat des Repus, de la droite décomplexée, François Fillon ; et le candidat de la droite LSD (Libérale, Sociétale et Démocratique), Emmanuel Macron.

La presse penchait pour le dernier venu. Sa jeunesse, son couple, son audace lui avaient valu les faveurs et les couvertures des magazines en couleurs. Il plaisait aussi aux plumes du Monde, de l’Obs, Challenges et de Libération, car il disait « venir de la gauche » ; ce qui les flattait évidemment parce que c’était aussi le chemin qu’ils avaient suivi depuis trente ans.

Beaucoup de ces anciennes « consciences de gauche » n’avaient que commisération ou mépris pour ce qu’étaient devenus leurs « copains d’avant », ceux qui, n’ayant pas suivi le tournant de la « rigueur » et du « réalisme », étaient devenus, de fait, des « déviationnistes » : donc des ringards ou de doux rêveurs. Il s’en trouvait cependant qui gardaient de la sympathie, voire une certaine tendresse, pour les égarés : par exemple ceux qui s’étaient auto-proclamés « frondeurs » pour résister au virage à droite du second président socialiste.

Cependant, la gauche française ne se réduisait pas à ces débris du PS, ni à ceux du PC avec qui ils passaient des alliances électorales : encore moins aux vieux « gauchistes » encartés qui n’avaient rejoint ni le PS, ni le MEDEF, ni la CFDT, et représentaient donc ce qu’il est convenu d’appeler « l’extrême-gauche ».

Cependant une nouvelle mouvance de gauche semblait poindre dans les rues des grandes villes depuis 2011 (Indignados et Occupy Wall Street). On la qualifia de « gauche de la gauche » ou de « gauche radicale ». Les dirigeants de cette mouvance étaient légalistes. Ils se lancèrent dans des compétitions électorales avec des succès divers mais assez décevants : élimination de Bernie Sanders à la primaire démocrate, stagnation de Podemos autour de 20% en Espagne et expérience gouvernementale de Syriza en Grèce. On parla alors de « populisme de gauche ».

C’est dans ce moment historique que s’inscrit en France le passage du Front de Gauche à la France Insoumise et le programme de L’avenir en commun porté par Jean Luc Mélenchon. C’est aussi un temps où les gazettes, dans un souci d’égalité, pour faire pendant au danger censément représenté par le Front National, vont s’enivrer des mots « gauche radicale » et « populisme de gauche ».

Les chiens de garde se déchaînent, et les chiennes se surpassent.

En janvier, les sondages donnaient Mélenchon dans une fourchette de 11 à 15%. Sorti vainqueur de la primaire de la risible « Belle Alliance Populaire », Benoît Hamon a d’abord vu espérances monter à 15% quand celles de Jean Luc Mélenchon tombaient à 10%. Le candidat de la France Insoumise fut alors invité, parfois sans ménagement, à se rallier au panache blanc du candidat du « PS  afin de réaliser « l’union de la gauche ». Rappelons que la « Belle Alliance Populaire » se qualifiait elle-même en toute modestie de « démocrate, radicale, écologiste, socialiste et citoyenne » et que son candidat avait déjà reçu le soutien inespéré de Yannick Jadot, pourtant vainqueur lui-même d’une autre primaire.

https://www.lesechos.fr/politique-societe/dossiers/0211047301382/0211047301382-presidentielle-2017-la-primaire-a-gauche-2007993.php

http://www.lemonde.fr/primaire-de-la-gauche/live/2017/01/29/primaire-a-gauche-suivez-en-direct-les-resultats-du-second-tour-entre-manuel-valls-et-benoit-hamon_5071024_5008374.html

Les sondages ont rapidement réuni les deux candidats dans des scores voisins, avant que Mélenchon ne se détache lentement, puis brutalement après le premier débat. Il devenait manifestement le quatrième des grands candidats, quand Hamon s’installait dans le statut de fort convoité de premier des petits candidats.

Le ton est monté d’un cran au moment où les sondages l’ont un moment placé en 3ème position. On se souvient que Pierre Gattaz et François Hollande s’en étaient émus. Une presse quasi unanime a témoigné de cette émotion, à un degré tel que, même Marianne, pourtant peu suspecte de sympathie excessive pour Mélenchon, a été contrainte de faire la leçon à ses confrères :

« La thématique principale a rapidement émergé : Jean-Luc Mélenchon serait un dangereux communiste qui ne dit pas son nom. Ainsi Bruno Roger-Petit enrage dans Challengessur le « délirant projet castro-chaviste » (...) Le Figaro nous prévient : Mélenchon,« c’est Cuba sans le soleil ».[i] (...)Le coup de grâce vient de l’éditorial de une, subtilement titré « Maximilien Ilitch Mélenchon ». (...)Allons, n’est-ce pas un peu caricatural de faire passer Jean-Luc Mélenchon pour un dangereux bolchévik ? Au Figaro, on répond que ce dossier est « ce qui est attendu de la part du grand quotidien national de droite ». L’objectif : remobiliser l’électorat de François Fillon, mais également cette « part mouvante » qui hésiterait entre Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan. » »

https://www.marianne.net/politique/melenchon-le-rouge-attaque-par-la-presse-conservatrice

Il faut reconnaître à ce Bruno Roger-Petit cité par Marianne une antériorité et une constance dans la détestation de Mélenchon. Cet « enragé » mériterait que son champion de président le récompense de ses bassesses en lui offrant la direction d’un service portant ses initiales : Bureau de Répression de la Pensée.

https://blogs.mediapart.fr/jules-elysard/blog/100214/bruno-roger-petit-tres-tres-petit

Il en remet une couche dans son billet du 29 mai : « Mélenchon et sa VIe République, sa constituante, sa France insoumise, son attachement à l’alliance bolivarienne, la secte de ses militants, c’est la promesse de la mort de la gauche au pouvoir pour des décennies. »

https://www.challenges.fr/elections-legislatives-2017/melenchon-vs-cazeneuve-le-grand-tournant-sectaire-de-la-france-insoumise_476564

Le prétexte du billet, c’est la polémique avec Cazeneuve. Mais l’énumération des griefs est une constante chez le commissaire politique Roger-Petit. La suspicion de secte, et le titre de son billet, il les a trouvés dans M, le magazine du Monde du 26 mai : une « enquête » de sa consœur Ariane Chemin[ii], « grande reporter » évidemment. Elle a publié le 26 mai un article intitulé sans vergogne Qui est vraiment Jean Luc Mélenchon ? Mais cette prose pourrait être rebaptisée : Ariane sur le chemin de la bassesse. Elle tient à s’attarder sur les funérailles de François Delapierre, porte-parole du Parti de Gauche disparu en juin 2015 :

« Lorsque Mélenchon nomme le « cadavre » sur lequel est resté « figé le sourire narquois », certains regards se croisent furtivement, étonnés. Ils n’ont encore rien vu. (...)« Camarade François Delapierre ? », lance une voix. « Présent, pour toujours et à jamais », répond le premier carré militant, comme les révolutionnaires chiliens quand ils rendent hommage à leurs morts.(...) une file se met en place autour du cercueil, foulard rouge autour du cou, fleur assortie à la boutonnière, main droite sur l’épaule droite de celui qui le précède, entonnant Grândola Vila Morena, le chant portugais de la « révolution des œillets. (...) Le rituel a été calé à l’hôpital par Jean-Luc Mélenchon et le défunt. Cette marche en rang est riche de sens : transmission, solidarité. Pour certains dans la foule, elle signe aussi au grand jour un « groupe sectaire » « tous les codes pour maintenir un clan homogène et très radicalisé », suggère un membre de l’assistance d’alors, aujourd’hui encore un peu glacé. »

On ne voit pas bien la nécessité de faire de telles révélations près de deux ans après les faits, surtout quand elles sont étayées par des mystères (« Une voix lance », « pour certains », « un membre de l’assistance »). Mais s’il s’agit d’étayer la thèse de la dérive sectaire, on peut, sans être vraiment complotiste, comprendre la manœuvre tant elle est grossière.

Comme pour le confirmer, une autre chienne de garde succède à la première. « Revue de presse » du vendredi 26 à 8h30 intitulée :  Poignée de main, la diplomatie de la virilité. Hélène Jouan commence donc en faisant partager aux auditeurs les exercices d’admiration auxquels se sont livrés le Wall Street Journal, leFigaro, le New York Times et le Washington post. Puis, après quelques sujets divers repris du Parisien et de Libération, elle annonce : « Et puis enfin c’est vendredi, le moment de savourer les magazines »

Et elle consacre un tiers de sa revue à l’article d’Ariane Chemin, et près de la moitié de ce tiers à l’épisode du crématorium. Et avant de finir sur des sujets « people », elle conclut son analyse de texte par ce conseil  : « A découvrir donc dans M, « les lignes de failles » de Mélenchon ».

On ne s’étonnera pas qu’une commissaire politique reprenne sans barguigner le rapport de police d’une autre commissaire politique. On ne s’étonnera pas plus que, si elle a dû résumer un peu le compte rendu circonstancié de sa collègue, elle se permette de conclure par une citation qui n’est pas dans pas dans le rapport original : « les lignes de failles » de Mélenchon » ».[iii]

Mais on ne s’étonnera pas non plus que Charlotte Girard, veuve de François Delapierre, écrive : « Mes filles ne s’attendaient pas à s’entendre traiter de sectaires à l’évocation de la cérémonie d’hommage à leur père sur @franceinter. »

https://twitter.com/RaquelGarridoFI/status/868079903534710784

Les canards enchaînent des révélations avec abondance ou parcimonie.

Le Canard Enchaîné ne se laisse pas entraîner à de telles bassesses. D’abord, contrairement à Challenges, au Monde ou 7-9 de France Inter, c’est un journal d’information, et pas un organe de propagande. En conséquence, on ne trouve pas parmi ses journalistes des commissaires politiques comme Bruno Roger-Petit, Ariane Chemin ou Hélène Jouan. Mais pour autant le Canard Enchaîné assume une idéologie qu’on peut résumer en trois principes : laïcisme, libéralisme et démocratie. Et dans la défense de ces trois principes, s’il se veut intransigeant, il peut aussi manquer de clairvoyance et de critique dans la désignation de ses ennemis.

Né pendant la Première Guerre mondiale, il est pacifiste, antimilitariste, anticlérical, antifasciste et gentiment teinté de gauche sans être socialiste et encore moins communiste. Il a brocardé de Gaulle, salué l’arrivée de Mitterrand avant de le titiller et trouvé d’excellents clients avec Chirac, Sarkozy et Hollande. Il a contribué un peu à la défaite de Giscard. Mais il ne s’était jamais impliqué dans une campagne présidentielle comme il l’a fait cette fois. Aucun de ces auteurs n’a consacré à François Fillon un livre comme Le pire d’entre eux.

http://www.livreshebdo.fr/article/francois-fillon-au-vitriol

Mais pendant des mois, à longueur de colonnes, le Canard a montré que Fillon était le pire des candidats pour la droite décomplexée. Certes, par son comportement de propriétaire, par sa défense maladroite, l’ancien collaborateur de Sarkozy a confirmé ce jugement. Mais des lecteurs non-partisans ont pu faire remarquer au volatile qu’il s’acharnait sur lui, sans trop égratigner La Pen et sans titiller Macron. Il suffisait d’attendre que ce dernier soit élu pour que le Canard reprenne son travail habituel : chroniques des cours de justice et des courtisans. Nul doute que le président jupitérien sera un bon client. A commencer par ce Ferrand qui s’enferre comme un Fillon.

Cependant ce n’est pas lui faire insulte que d’écrire qu’il a œuvré à l’élection de Macron. Toute la rédaction a vraisemblablement voté pour lui au second tour. Et je crois qu’au premier tour Macron avait déjà obtenu la majorité des suffrages du Canard. A l’exception peut-être de quelques personnalités qui ont pu placer l’exigence écologique avant le vote utile et ont pu choisir de voter Hamon, voire Mélenchon.

Le Canard a pu se moquer un peu du pauvre Hamon. Un peu plus souvent de Mélenchon qui ne traîne pas d’affaires à la Fillon ou à la Ferrand, mais reste une tête du turc hebdomadaire assez facile pour ses façons de sans-culotte. En effet, s’il « coche » assez facilement à la case laïcisme, on sait qu’il s’oppose à un certain libéralisme et on le soupçonne, à cause de ses emportements et certaines de ses « fréquentations », de faire peu de cas de la démocratie.

Mais le Canard sait pertinemment que c’est au libéralisme économique que s’oppose Mélenchon et que le programme de la France Insoumise était le plus démocratique des programmes proposés à la présidentielle. Sans doute ce programme pouvait-il avoir un air démocratie populaire et le Canard n’a jamais éprouvé de tendresse pour le « communisme » qui a popularisé ce concept. La « mise en boite » hebdomadaire du candidat de France Insoumise tenait donc un peu du procès d’intention et le Canard mange du Mélenchon comme naguère il mangeait du curé.

Pourtant, la rubrique de Jean Luc Porquet (Plouf) n’aurait pas dépareillé dans le programme L’avenir en commun. Elle parle le plus souvent d’écologie radicale comme dans le n° du 24 mai (Les arches de Noé sont mal barrées)[iv]. Elle a commenté des publications de la très radicale et très confidentielle Encyclopédie des Nuisances[v]. Elle a rendu hommage à son créateur, Jaime Semprun, lors de sa disparition en août 2010, comme elle rendu hommage le 17 mai à deux figures encore plus obscures de la radicalité (Deux passants)[vi].

Dans le même numéro le Canard publie en page 2 Le SMS assassin de Mélenchon au PC[vii]. Faire croacroa avec les staliniens au passage de la Méluche, il fallait oser.

 

Médiapart est le plus connu des petits cousins numériques du Canard. Comme le Canard, il a attendu l’élection de Macron pour enquêter sérieusement sur les «Macron Leaks»: les secrets d'une levée de fonds hors norme

https://www.mediapart.fr/journal/france/210517/macron-leaks-les-secrets-dune-levee-de-fonds-hors-norme

En revanche, si le Canard assume tacitement son idéologie laïque, libérale et démocrate, Médiapart n’hésite jamais à l’arborer pour édifier ses lecteurs. Aussi , certains de ses lecteurs ayant été aussi des électeurs de Mélenchon, le site a cru de se défendre d’une « macron-mamia » et d’une « mélenchon-phobie » supposée.

https://www.mediapart.fr/search?search_word=Tchat+M%C3%A9lenchon%2C+Macron+et+Mediapart+

Il n’aura échappé à personne cependant que nombre de ses rédacteurs sont passés par Le Monde ou Libération.

Conclusion provisoire

Je commencerai par répondre à une question qu’on ne m’a pas posée depuis longtemps : « D’où tu parles, toi ? »

Je suis abonné au Canard et à Médiapart. J’ai voté Mélenchon en avril et je n’ai pas participé au vote de confirmation de mai.

Je ne croyais pas à la réalité du danger « fasciste et les événements m’ont donné raison. Les mêmes qui, prenant le ton de l’indignation vertueuse, exigeaient de Mélenchon et de ses électeurs qu’ils fassent barrage au Front National, s’inscrivent dans le « front républicain » et évitent « la faute morale » de ne pas choisir ; les mêmes, dès le lundi matin, triomphaient sans vergogne dans les médias, clamaient que leur champion avait été largement par un « vote d’adhésion » et qu’il fallait désormais lui offrir une majorité afin qu’il puisse gouverner et appliquer les « réformes urgentes » que, selon eux, les Français avaient souhaitées.

 

C’est cela la « démocratie totalitaire ». On y considère les nations comme des entreprises, les populations comme des ressources humaines à qui il faut arracher un assentiment au changement. Macron et ses disciples préfèreraient sans doute parler de « despotisme éclairé ». Mais Tocqueville demandait déjà en 1840 :

Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre ?. « Je pense donc, écrivait-il, que l'espèce d'oppression, dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l'image dans leurs souvenirs. (...) Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres (...s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie)  »

A l’époque, la « démocratie américaine » était naissante, et avec elle le capitalisme conquérant. On peut donc imaginer qu’il voit percer déjà, sous le puritanisme des pères fondateurs, le consumérisme qui va bientôt se répandre et, plus tard, envahir le monde jusqu’à le mondialiser. Mais on peut penser qu’il est en train d’échafauder une critique du socialisme, une idéologie concurrente qui commençait séduire les masses laborieuses et certains intellectuels.Il dénonce « un pouvoir immense et tutélaire (...)absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. (...) il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ».[viii]

« Nos contemporains, écrivait-il plus loin, sont incessamment travaillés par deux passions ennemies: ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres. ». Certes. Il opposait donc ces deux passions : l’égalité et la liberté. Et il voulait attirer l’attention sur les dangers de chacune. Mais, étant lui-même d’idéologie libérale, il voyait surtout des dangers dans l’égalité et dans un Etat social qui pourrait prétendre l’incarner. Cent quarante ans plus tard, Alain Trillaud pouvait constater« La victoire, en voie d’achèvement, du Pouvoir de 1’Entreprise sur le pouvoir politique ». Comme en écho, Margaret Thatcher déclarait : « There is no alternative  ».

 L’égalité sociale n’est plus, comme on dit, un « sujet ». Seul importe, pour le monde de l’entreprise, l’égalité « sociétale », la lutte pour la diversité et contre la discrimination, voir pour la discrimination positive. Quant à la liberté, c’est d’abord la liberté d’entreprendre, d’innover, d’optimiser, etc, la liberté de parole ne devant pas froisser des minorités, et parmi ces minorités les riches, qui, bien entendu, n’ont pas volé leur fortune.

Cette idéologie est l’idéologie « naturelle » des chiens de garde. De plus, ils sont payés pour la répandre. Ils sont dressés pour aboyer et pour mordre, et ils se dressent d’indignation pour complaire à leurs maîtres. Depuis le soir du premier tour, Mélenchon et les insoumis sont devenus l’objet principal de leurs attaques. Le service public télévisuel est à la pointe de ce combat. Ainsi LCP rediffusait le 29 mai dernier un documentaire de Bertrand Delais déjà diffusé en janvier : L’Idiot International, un journal politiquement incorrect. Un débat suivait, au cours duquel le maitre de cérémonie, Jean Pierre Gratien, a tenté, à plusieurs reprises, de faire dire à ses invités que Jean Luc Mélenchon avait quelque chose en lui du « rouge-brun » dénoncé dans le documentaire. Ni Bertrand Delais ni même Henri Weber n’ont pu le suivre franchement sur ce terrain. Mais les insinuations du « journaliste » sont-elles décomptées du temps de parole des adversaires de Mélenchon

http://television.telerama.fr/tele/programmes-tv/l-idiot-international-un-journal-politiquement-incorrect,112582539.php

http://www.programme-tv.net/programme/culture-infos/9032328-l-idiot-international-un-journal-politiquement-incorrect/

http://www.ladybirdsfilms.fr/diffusion-sur-lcp-lidiot-international-un-journal-politiquement-incorrect/

Quant à la matinale de France Inter, elle tient à rester le fer de lance de la croisade anti-Mélenchon. Pour qui en doute encore, il suffit d’avoir entendu la façon dont Patrick Cohen a reçu Danielle Simonet ce lundi 5 juin et David Rachline ce mardi 6 juin.

Un tel acharnement surprend car, selon les instituts, les sondages pour la France Insoumise culminent autour 12%. Pourtant ce mouvement est devenu l’ennemi principal pour la majorité des journaux et des « commentateurs autorisés ».

En revanche, le Front National, qui était un danger absolu jusqu’au soir du second tour, ne fait plus beaucoup peur. D’abord, il est entendu qu’il va se diviser. Ensuite de nouveaux éléments de langage commencent à être entendus : la tendance Philippot serait « extrémiste », tandis que celle incarnée par la Maréchal Le Pen serait « modérée ».

Jean Marie Le Pen doit être enchanté de cette nouvelle dédiabolisation. Parce qu’il ne remet pas en cause la question de l’euro, le Front National originel, historique, raciste et xénophobe peut être désormais qualifié de « modéré ». Merci Médor !

 


[i]Marianne est facétieuse. C’est son Emmanuel qui en 2012 déclarait à propos de la taxe à 75% : « c’est Cuba sans le soleil ».

http://www.liberation.fr/desintox/2017/02/23/taxe-a-75-discours-du-bourget-non-eric-ciotti-emmanuel-macron-n-y-est-pour-rien_1550502

[ii] J’ai dû payer 2 € pour accéder à l’intégralité de ce chemin de la bassesse. Aussi, je me permets d’en faire profiter ceux qui liront mon billet.

« Qui est vraiment Jean-Luc Mélenchon ?

édition abonné

M le magazine du Monde | 26.05.2017 à 14h47 • Mis à jour le 26.05.2017 à 14h52

23 avril 2017. Au soir du premier tour de la présidentielle, la gauche de la gauche obtient un score historique. Mais le leader des Insoumis a gâché la fête, semblant refuser de choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Retour sur le parcours romanesque d’un homme pour lequel vie politique et vie personnelle se confondent.

Par Ariane Chemin

Chambre 523 du St Christopher’s Inns, une auberge de jeunesse proche de la gare du Nord, dimanche 23 avril 2017. « Jean-Luc » s’est replié au dernier étage de cet hôtel pour routards, badges à tous les étages et tarifs spécial « backpackers », juste au-dessus du Belushi’s, le bistrot qui accueille les invités.

C’est le premier tour de l’élection présidentielle et les résultats tombent comme à Gravelotte. Seuls les bulletins des grandes villes, celles qui votent davantage pour lui que pour le Front national, restent à dépouiller. « Est-ce que ça va encore bouger ? », demande de temps en temps le candidat de La France insoumise à ses rares intimes présents dans la pièce. Sur son grand téléphone, par le biais de la messagerie cryptée Telegram, il consulte le groupe que forme son équipe rapprochée.

Voilà ses seuls mots, ou presque, jusqu’à son intervention télévisée. Au St Christopher’s Inns, Jean-Luc Mélenchon reste « calme et impénétrable », raconte Gilles Perret, le réalisateur des Jours heureux (2013) et de La Sociale (2016), qui a filmé pour le cinéma toute la campagne de La France insoumise. Pas de colère noire ou blanche, feinte ou sincère, pas de « vermine », de « parasites », de « crevards ». Pas de « show », comme il dit. « Tout s’est passé dans sa tête », explique l’un de ses plus anciens amis.

Prêt pour être qualifié

Personne ne connaîtra jamais la force de la tempête qui se lève sous son crâne ce soir-là, la collusion des sentiments muets qui produira une réaction chimique bizarroïde : refuser de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. « Méluche » a pris un masque de samouraï. C’est François Mitterrand dans la chambre 15 de l’Hôtel Au Vieux Morvan, à Château-Chinon, dans la Nièvre, 10 mètres carrés où, depuis 1959, le candidat du PS a accusé les coups jusqu’à la victoire de 1981.

 

ll voyait déjà son portrait sur les murs de toutes les mairies de France. Ses fans étaient prévenus : « Je suis prêt pour la qualification. » Mélenchon président ! Il avait tout prévu. Le chef de son gouvernement aurait été également garde des sceaux. Au-dessous, treize ministres, mais aussi « des hauts commissaires en mission, comme Martin Hirsch au temps de Nicolas Sarkozy », raconte sa conseillère Sophia Chikirou, ancienne attachée de presse du Front de gauche. Mélenchon avait même trouvé son secrétaire général de l’Élysée : le conseiller d’État Bernard Pignerol, ancien président de la commission des conflits du PS et ex-conseiller diplomatique de Bertrand Delanoë.

Partage des richesses, planification écologique, sortie des traités européens, renforcement de l’ONU, sortie de l’OTAN, entrée dans la fameuse Alliance bolivarienne, taxes solidaires et protectionnisme, fin du nucléaire… L’utopie était en marche. Ils y croyaient tant qu’une « chaîne du président », interactive, était à l’étude. Le nouveau chef de l’État, Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, s’y serait exprimé une fois par semaine, comme le président du Venezuela, Hugo Chavez, le dimanche à 11 heures dans « Aló Présidente », mais aussi Evo Morales en Bolivie ou Rafael Correa en Équateur.

Stratégie digitale

Le calendrier des réformes était calé. Après la présidentielle de 2012, Sophia Chikirou a passé quatre ans à l’étranger, dont plusieurs mois en Espagne auprès du mouvement Podemos de Pablo Iglesias. C’est elle qui a poussé Mélenchon à se multiplier en hologrammes, ringardisant soudain les communicants aux mille campagnes, champions olympiques de la discipline, Anne Méaux et Stéphane Fouks. De son tour du monde de la nouvelle résistance, la jeune fée est revenue avec un slogan : « Une révolution citoyenne, ça se fait en trois ans. Après, on gère les acquis. »

L’ancienne militante socialiste a retenu une autre leçon de son séjour aux États-Unis auprès des équipes de Bernie Sanders. Durant la primaire, le candidat démocrate-socialiste avait ignoré les grands médias, cette « seconde peau du système ». Et réciproquement. « L’affrontement avec les journalistes, en 2012, c’était pensé, organisé, théorisé. Je mettais en œuvre “le bruit et la fureur” : on partait de 3 %, c’était notre seule chance d’exister. Il faut désormais les contourner », explique-t-elle.

Apothéose de cette stratégie digitale : le 19 février 2017, le chiffrage du programme du candidat, en direct de son studio. Cinq heures de décryptage sur la fameuse chaîne YouTube, clé de son succès : 371 000 abonnés, plus d’un million de « like » sur sa page Facebook – trois fois plus que François Fillon, presque autant qu’Emmanuel Macron. Mélenchon n’était apparu qu’à la fin de l’exercice, après les experts de son équipe. Car, dans cette campagne-ci, Jean-Luc Mélenchon devait a priori tenir un rôle à contre-emploi.

« À l’origine, le candidat ne devait être que le porte-parole du mouvement de La France insoumise, confie un collaborateur. Mais sa prestation parfaite sur TF1, lors du débat du 20 mars, notamment face à Marine Le Pen, a modifié la donne. Mélenchon n’a pas disparu des médias “dominants”, comme Bernie Sanders s’était effacé lors de la primaire démocrate ; la campagne est devenue la sienne. » L’ex-sénateur socialiste devient incontournable. Et donc, pour certains, le fauteur, l’irresponsable.

Ni consigne, ni « ni-ni »

Lorsqu’il quitte la chambre 523 du St Christopher’s Inns, le soir du 23 avril, la bouche de Jean-Luc Mélenchon tombe un peu plus que d’habitude. À « chacun de faire son devoir », finit par lâcher le candidat à la télévision où paradent marinistes et macronistes, les vainqueurs de la soirée. Autour de lui, les militants de La France insoumise ne veulent pas entendreparler de Macron. Certains dirigeants refusent même de prononcer son nom. Alors que, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, le Front national constitue un danger réel dans les urnes, le chef ergote, tournicote, se débine. Puis se met aux abonnés absents.

On guette ses mots comme autant de consignes et d’oracles. Il ne réapparaît que cinq jours plus tard sur sa chaîne YouTube. Pas de « ni-ni », non, mais pas non plus d’appel à voter Emmanuel Macron. Un long tuto à la Ponce Pilate, pour ne pas se trouver noyé dans le magma d’un front républicain et pour s’autoproclamer seul opposant à Macron. Sur son blog, des mots et des mots racontent une « farce » électorale écrite « de longue main » et un président « désigné par les 9 milliardaires qui contrôlent 90 % des médias ». Mélenchon compte et recompte les « 600 000 voix » (variante : « sept par bureau de vote ») qui lui manquent pour accéder au second tour.

Les artistes croquent l’humanité mieux que personne, mais les caricaturistes ont souvent du mal à imiter ceux qu’ils aiment trop. Gérald Dahan a demandé à rencontrer Mélenchon il y a deux ans : au téléphone, le député européen avait cru à un canular. D’un « groupe d’appui » l’autre, l’humoriste a voulu suivre l’élaboration du programme des amis de Mélenchon. Aujourd’hui, Dahan est le candidat de La France insoumise dans les Hauts-de-Seine (Vanves, Issy-les-Moulineaux, une grosse partie de Boulogne, un petit peu de Meudon). « Je n’ai jamais réussi à l’imiter, raconte-t-il. Il y avait trop peu de distance entre l’homme que je connaissais et l’homme public, trop de cohérence entre l’image perçue et l’image voulue. »

Il y a quelques jours, pourtant, Dahan a trouvé la voix de Mélenchon. Elle ressemble à celle du général de Gaulle, et fait irruption dans le spectacle pour réclamer ses 600 000 bulletins. « C’est pas fini, c’est pas fini ! Tout commence ! Il m’en manque que 600 000 ! » Comme si, sans se l’avouer, l’humoriste – qui a expliqué pourquoi il a voté Macron au second tour – avait tout à coup eu besoin de se moquer du Lider Máximo.

Déception, fureur et bouderie

Quelle relation étrange, presque perverse, entre lui et les élections présidentielles ! Quand il perce, son moral plonge. En avril 2012, le candidat du Front de gauche, qui a quitté le PS six ans plus tôt, réunit 11 % des votes et près de 4 millions de voix sur son nom. Un exploit. Place Stalingrad, Mélenchon, pourtant, fait la gueule.

Cinq ans plus tard, le candidat séduit 7 millions d’électeurs, explose le Parti communiste, écrabouille le PS, trouve les moyens financiers de présenter des candidats dans chaque circonscription. Et pourtant, le 23 avril, il boude, ronchonne. « Le résultat annoncé depuis le début de la soirée n’est pas celui que nous espérions… » Si furieux, si déçu, qu’il oublie de fêter ses 19,6 %.

En avril 2002, il ne s’agissait pas de lui, il avait pourtant touché le fond. Son candidat, c’était Lionel Jospin. Un ancien trotskiste lambertiste comme lui ; le chef du gouvernement qui, en 2000, l’a nommé ministre délégué à l’enseignement professionnel. Depuis des semaines, « Méluche » rassure ceux qui s’inquiètent pour ce candidat du PS qui a lâché que son programme « n’[était] pas socialiste ».

Le score du 21 avril le fait mentir. Le soir, au local de campagne du candidat, il tourne blème. « J’ai revu une photo de moi à cet instant : je suis couleur de craie, raconte-t-il dans Le Choix de l’insoumission, un livre d’entretiens paru au Seuil en 2016, l’une des Bibles des jeunes militants. Je n’ai plus de sang dans le corps. »

Jean-Luc Mélenchon, alors, n’a pas de mots assez durs contre ceux qui n’appellent pas à voter Jacques Chirac. La percée de l’extrême droite ferme aussi, au passage, la parenthèse de « l’un des moments les plus heureux de [sa] vie », son passage Rue de Grenelle.

Sa nostalgie croise enfin un chagrin personnel. Il choisit en même temps d’arrêter de fumer. « Jusque-là, c’était trois paquets ou plus de cigarettes par jour », raconte un ami. Une grosse déprime le saisit. « Il dressait des listes de choses à faire dans la journée pour se maintenir, des courses, des fossés creusés dans sa maison du Loiret, et il cochait. » Avec l’acupuncture et quelques vitamines, le même remède qu’il administrera, en 2009, à son ancien camarade Julien Dray, quand le député de ­l’Essonne est mis en cause dans une affaire de fonds secrets et qu’il pleure à chaque fois qu’il ouvre la bouche.

Patrimoine national

« Ma santé est bonne. Je ne me retire pas de la vie politique, je ne pars pas à la retraite, je ne suis pas dépressif », dit-il le 28 avril. Le lundi et le mardi suivant le premier tour, tandis que Macron et Le Pen s’échauffent avant le grand duel, il a bien passé deux jours chez lui, à Paris, au lit, mais « il avait attrapé une grosse grippe lors de son dernier meeting », explique son équipe. Le mercredi, il était debout.

En 2012, il était candidat à Hénin-Beaumont, face à Marine Le Pen. Cette fois, il se présente à Marseille, chez Patrick Mennucci – l’une des meilleures circonscriptions, celle dont on ne sort que « les pieds devant », disent les vieux militants socialistes.

Il est loin le temps où Lionel Jospin et d’autres faisaient un détour pour éviter Marseille ou s’y rendaient en se bouchant le nez, évitant une famille peu fréquentable. En mai 2017, Mélenchon s’installe au cœur du Marseille rose. « Il est partout chez lui », argue Alexis ­Corbière, un de ses lieutenants. Au PS depuis 1976, conseiller municipal de Massy en 1983, conseiller général de l’Essonne, puis plus jeune sénateur en 1986, pilier de la Gauche socialiste jusqu’au congrès de Reims, en 2008… « Mélenchon fait partie de notre patrimoine national », poursuit Corbière.

Qui le connaît pourtant ? « J’appartiens à une culture où on ne parle pas de soi. Et si on parle de soi, on ne parle pas des siens », explique Mélenchon dans l’émission de Karine Le Marchand (où Sophia Chikirou l’a poussé à se rendre), le 6 novembre 2016. C’est la culture communiste, celle des moines-soldats. La sphère privée se confond avec l’action publique ; le militantisme s’emmêle insidieusement avec la vie personnelle. « Je ne crois pas que ce serait possible [d’avoir une amoureuse de droite] », a résumé « Méluche » autour d’un verre de vin jaune et d’un comté du Jura. « Si, à chaque journal de 20 heures, vous ne détestez pas les mêmes personnes, ça commence mal. » On est loin de la philosophie œcuménique d’En marche !

La relève du « vieux monde »

Chez Karine Le Marchand, c’est Gabriel Amard, un des cadres du Parti de gauche, candidat dans la 1re circonscription du Jura, qui vient raconter son… beau-père. Il a épousé sa fille, Maryline, une militante dévouée. Ses amis sont tous des camarades et détaillent volontiers des secrets qui n’en sont pas : cette fameuse surdité, découverte tardivement, lors de ses trois jours à l’armée, les lignes de calligraphie à l’encre de Chine qu’il trace à la plume pour rester zen, ou encore la semaine de vacances annuelle au moulin de Laguépie, dans le Tarn-et-Garonne. Et aussi les promenades à pied dans Paris, comme « le Vieux » (Mitterrand), la veste achetée « en solde » chez Hollington, rue Racine, à Paris, les chemises de serveur de café dénichées chez des grossistes et « qui n’ont pas besoin d’être repassées »

Mais son mental, les logiques de ses éclats borderline, ses failles et ses forces, la part de mauvaise foi dans sa bonne foi, qui les perce à jour ? Ceux qui ont connu « Jean-Luc » hier, avec son attaché-case, ou aujourd’hui, avec sa veste de charpentier ? « Un jour, Jean-Luc nous a dit : “Si vous lisez Fondation, d’Isaac Asimov, vous avez compris la base de la pensée de Mélenchon », raconte Mathias Enthoven, un des jeunes piliers de la communication numérique de La France insoumise, rue de Dunkerque, gros lecteur de science-fiction comme son patron.

À 35 ans, au Palais du Luxembourg, Mélenchon s’entourait de sénateurs respectables ; à 65 ans, il s’entiche de la génération digitale – community managers, social managers, containt managers, graphistes et webdesigners, doublés du réseau des leaders d’influence, comme DanyCaligula, les gamins d’Osons causer ou encore Usul, autre youtubeur politique de référence. C’est la relève du « vieux monde », comme il dit, cohortes de militants trotskistes, Gauche socialiste, Front de gauche réunies, ce 25 juin 2015 au crématorium du Père-Lachaise.

 « Delap’» est mort cinq jours plus tôt à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, d’une tumeur au cerveau, à 44 ans. Pour À gauche, François Delapierre avait rédigé son dernier éditorial en clignant de l’œil, comme le héros du Scaphandre et le papillon, de Jean-Dominique Bauby. SOS Racisme, FIDL, UNEF-ID, ses premières réunions militantes, il s’y rendait à 15 ans en short et en sandales, cartable sur les épaules.

Il avait plus tard quitté le PS pour suivre « Jean-Luc » au Parti de gauche, en 2008, organisé sa campagne présidentielle de 2012, réfléchi avec lui à la révolution citoyenne dans les urnes. Il était l’inventeur de la formule « les 17 salopards de l’Union européenne », qui faisaient pression sur Chypre, enlisée en 2013 dans une crise bancaire. Il avait déjà compris que « les gens » voulaient du « fight » et que « la violence était le déterminant politique des luttes d’aujourd’hui », dit le sabir mélenchonien.

Trotskiste et franc-maçon

C’est lui, Delapierre, qui aurait dû se présenter en 2017, assure aujourd’hui la légende. « Pendant toute l’agonie, Jean-Luc disait : “J’aurais voulu mourir à sa place.” Il a tout fait pour le sauver et était prêt à convoquer des médecins cubains, expliquant qu’ils avaient su trouver les premiers remèdes contre le cancer du poumon, stopper la contamination du sida dans le ventre de la mère », raconte un de ses amis. Ce sont les ondes de ces maudits portables qui lui ont foutu le cerveau en l’air, répétait Mélenchon – Delapierre le coinçait souvent entre son oreille et son casque. C’est presque un fils que Jean-Luc Mélenchon pleure ce jour-là.

« Je parle pour nous, son ample famille, celle de l’esprit. Notre engagement politique abolit le règne de l’absurde et prive la mort de sa prétention à diriger nos vies. La mort n’est pas notre maître et la morsure de son fouet ne nous disperse pas dans la douleur comme une meute effrayée. » La voix hésite comme toujours entre la fureur et les larmes, et finit, loin des micros, des télés et des tréteaux, par tomber cette fois du côté de l’émotion.

Charlotte Girard est la responsable du programme de La France insoumise – beaucoup de jeunes militants la rêvent à la tête du mouvement. C’était la compagne du défunt. Devant le crématorium, elle raconte ce mari-militant qui, « lorsqu’il s’est agi de “construire” des enfants, sortit son agenda pour proposer des dates de naissance ».

Julien Dray, Robert Zarader (qui roule aujourd’hui avec Macron), la ministre Laurence Rossignol, le président du conseil régional Jean-Paul Huchon, les députés Benoît Hamon et Pouria Amirshahi suivent les discours dehors, sur l’écran géant. Lorsque Mélenchon nomme le « cadavre » sur lequel est resté « figé le sourire narquois », certains regards se croisent furtivement, étonnés. Ils n’ont encore rien vu.

 « Camarade François Delapierre ? », lance une voix. « Présent, pour toujours et à jamais », répond le premier carré militant, comme les révolutionnaires chiliens quand ils rendent hommage à leurs morts. Alexis Corbière, Éric Coquerel, Raquel Garrido, Gabriel Amard, une file se met en place autour du cercueil, foulard rouge autour du cou, fleur assortie à la boutonnière, main droite sur l’épaule droite de celui qui le précède, entonnant Grândola Vila Morena, le chant portugais de la « révolution des œillets ».

Le rituel a été calé à l’hôpital par Jean-Luc Mélenchon et le défunt. Cette marche en rang est riche de sens : transmission, solidarité. Pour certains dans la foule, elle signe aussi au grand jour un « groupe sectaire » « tous les codes pour maintenir un clan homogène et très radicalisé », suggère un membre de l’assistance d’alors, aujourd’hui encore un peu glacé.

Mille militants de tous âges se dispersent à la sortie du cimetière : beaucoup ont des souvenirs avec « Jean-Luc ». Jean-Luc petit garçon qui laissait derrière lui Tanger, ses odeurs, ses promenades sur le boulevard Pasteur (chez Jean-Luc Mélenchon, l’immigration est triste et l’exil toujours malheureux) pour débarquer avec son canari sur le port de… Marseille : là où le candidat de La France insoumise a tenu, le 9 avril, son meeting le plus fervent – un régal pour un psy.

Il y a Jean-Luc trotskiste, « quatre ans à l’OCI [Organisation communiste internationaliste], six ans enfant de chœur », rit-il souvent. Fidèle, il assistait, en janvier 2008, aux obsèques de Pierre Lambert, père fondateur de cette branche du trotskisme français. C’était déjà au ­crématorium du Père-Lachaise, ce cimetière de la gauche laïcarde disparue. Ce jour-là, Mélenchon avait accroché une rose rouge sur sa veste de cuir noir et lancé le poing vers le cercueil, comme pour son cher « Delap’».

Personne n’oublie non plus « Jean-Luc » le franc-maçon, auquel le grand maître du Grand Orient, Alain Bauer, était venu rendre visite, au début des années 2000, rue de Grenelle, quand il était ministre de l’enseignement professionnel. Vieilles amitiés, qu’il superpose aux groupes de messageries privées avec les plus fidèles de La France insoumise : « Nous sommes restés amis », dit Bauer, comme Jean-Luc est resté ami avec tant d’autres députés ou sénateurs qui se souviennent de « Jean-Luc candidat », en 1985, pour la première fois.

Une épreuve : vendre lui-même son image et son talent en affiches et en réunions publiques le mine. « Pour le dirigeant politique professionnel qu’il était, partir en campagne sur son nom, c’était comme si on l’envoyait au bordel », raconte un témoin. En 1998, cet habitué des scrutins de liste en est encore malade. Il ne s’agit pourtant alors que d’une simple cantonale.

Narcisse contrarié

« J’ai dû attendre d’avoir 60 ans pour savoir ce que c’est d’être une belle fille, c’est-à-dire me ramasser tous les relous de la terre sur le dos », a lâché en 2012 Jean-Luc Mélenchon à la journaliste Marion Lagardère, chargée pour France Inter de suivre sa campagne. Il se plaint des selfies, ces trophées « volés », des paparazzis qui vous guettent, mais c’est le prix à payer quand on devient une star, et c’est comme si le chef de la France insoumise y avait pris un peu goût.

Comme beaucoup de Narcisses contrariés, Mélenchon a du mal avec son image. « S’il n’aime pas les journalistes, c’est aussi parce que l’idée qu’on va le dépeindre le gêne, réfléchit Marion Lagardère. Il se dit : et si c’était vrai ce qui est écrit ? » De ses conversations avec lui, elle a fait un livre subtil et pudique, publié en janvier chez Grasset : Il est comment Mélenchon, en vrai ? Mélenchon en vrai est incorrigible : encore une fois, le portrait n’a pas plu.

Il veut qu’on l’aime, puisque lui ne s’aime pas. S’il vit violemment ses échecs électoraux, c’est qu’il craint qu’on ne veuille pas – qu’on ne veuille plus ? – de lui. Impossible ! Le 23 avril 2017, dans la chambre 523 du St Christopher’s Inns, en attendant le verdict des urnes, le candidat de La France insoumise a posé son regard sur les toits de Paris et songé à la vue qu’avait François Mitterrand, de la sienne, sur les monts du Morvan. « Il avait passé beaucoup de soirées à Château-Chinon, a-t-il soufflé à un ami. Si ce soir ça ne marche pas, on reviendra ici. »

[iii] Le script de la commissaire politique Hélène Jouan : « Et puis enfin c’est vendredi, le moment de savourer les magazines.

Avec un portrait à lire ce matin, celui de Jean-Luc Mélenchon signé Ariane Chemin dans M, le magazine du Monde.

Quelques scènes saisissantes : l’une le soir de la défaite dans la chambre 523 du Saint Christopher’s Inns, une auberge de jeunesse près de la gare du Nord où Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise attend les résultats. Pas de colère noire ou blanche, feinte ou sincère, pas de « vermine », de « parasites », de « crevards », les mots dont il aime user en public. Pas de « show», comme il dit. « Tout s’est passé dans sa tête », explique l’un de ses plus anciens amis. Personne ne connaîtra jamais la force de la tempête qui se lève sous son crâne ce soir-là, la collusion des sentiments muets qui produira une réaction chimique bizarroïde écrit la journaliste : refuser de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. « Méluche » a pris un masque de samouraï ». Sûrement parce qu’il y a cru à cette victoire. La preuve nous raconte Ariane Chemin, il avait tout prévu. Le chef de son gouvernement qui aurait également été Garde des Sceaux, au-dessous, treize ministres, et des hauts commissaires en mission ». Il avait même trouvé son secrétaire général de l’Élysée. Partage des richesses, planification écologique, sortie des traités européens, sortie de l’OTAN pour entrer dans la fameuse Alliance bolivarienne, taxes solidaires et protectionnisme, l’utopie était en marche. Ils y croyaient tant qu’une « chaîne du président », interactive, était à l’étude. Le nouveau chef de l’État, Jean-Luc Mélenchon s’y serait exprimé une fois par semaine, comme le président du Venezuela, Hugo Chavez le faisait le dimanche à 11 heures dans « Aló Présidente ». Et puis autre scène saisissante racontée dans ce portrait, la cérémonie de crémation au Père Lachaise en 2015, d’un des très proches de Mélenchon, François Delapierre mort à 44 ans d’une tumeur au cerveau. « Delap » presqu’un fils, qui avait théorisé pour la présidentielle de 2012 la révolution citoyenne dans les urnes, c’est lui qui aurait dû être candidat en 2017 assure aujourd’hui la légende. Ariane Chemin raconte le rituel de la cérémonie décidé à l’hôpital entre Mélenchon et le futur défunt. Mélenchon nomme le « cadavre » sur lequel est resté « figé le sourire narquois », dit il, certains regards se croisent furtivement, étonnés. Ils n’ont encore rien vu. « Camarade François Delapierre ?», lance la voix. « Présent, pour toujours et à jamais », répond le premier carré militant, comme les révolutionnaires chiliens quand ils rendent hommage à leurs morts. Une file se met en place autour du cercueil, foulard rouge autour du cou, main droite sur l’épaule droite de celui qui le précède, entonnant Grândola Vila Morena, le chant portugais de la « révolution des Oeillets ». Cette marche en rang est riche de sens : transmission, solidarité. Pour certains dans la foule, elle signe aussi au grand jour un « groupe sectaire »– « tous les codes pour maintenir un clan homogène et très radicalisé », suggère un membre de l’assistance d’alors, aujourd’hui encore un peu glacé ». A découvrir donc dans M, « les lignes de failles » de Mélenchon. »

[iv] « CETTE idée viendrait du toujours maoïste Alain Badiou. Ou du couple Pinçon-Chariot, qui ne cesse d’aller répétant que la domination n’est pas un vain mot, que riches et super-riches forment une classe sociale soudée qui pratique l’entre-soi et défend âprement ses intérêts, on passerait son chemin, air connu.. . Mais c’est Bruno Latour, philosophe et directeur scientifique de Sciences-Po Paris, qui avance cette hypothèse. Selon lui; au début des années 80, les « membres les plus astucieux des classes dominantes » du monde entier ont pris au sérieux les sérieuses alertes du Club de Rome et des écolos. Ils ont compris que « la globalisation [n’était] pas soutenable écologiquement». »

S’ils savent qu’aujourd’hui tout le monde fait « comme s’il était possible de continuer à se moderniser et que la Terre pouvait le supporter »,ils savent aussi que « il n’y a plus d’espaces ni de ressources correspondant à ce projet politique. Il faudrait cinq ou six Terres comme la nôtre ».Ont- ils pour autant décidé de changer le modèle économique capitaliste qui dévore peu à peu la planète et d’où ils tiennent leur domination ? Non ; ils ont préféré « renoncer à l’idée d’un monde commun ». Après avoir initié les politiques de déréglementation « qui ont abouti aux inégalités hallucinantes d’aujourd’hui », ils se préparent à vivre loin du bas peuple, dans des zones retirées et protégées. Ainsi ces milliardaires qui « achètent des terres et construisent des abris luxueux dans les trois endroits qui seront le moins impactés par la transformation climatique : la Nouvelle- Zélande, la Terre de Feu et le Kamtchatka » (« Nouvel Obs », 16/3).

Ainsi, aussi, ces fameuses villes flottantes que les pédégés de la Silicon Valley rêvent d’édifier en haute mer, là où la surface du globe n’appartient à aucun Etat, où il n’y a pas de gouvernement, pas d’impôts, pas d’immigrés, pas de pauvres : bref, là où l’on peut créer des paradis artificiels pour super-riches. Le prototype de ces arches de Noé superfriquées devrait bientôt voir le jour à Tahiti, dont le ministre du Logement, Jean-Christophe Bouissou, vient de signer un accord avec le Seasteading Instituts, une société californienne qui compte y bâtir trois plate-formes de 2 500 m2, truffées de high-tech qui hébergeront quelque 200 privilégiés (« Le Monde », 16/5). Applaudissements.

Mais les milliardaires ont oublié un détail... Des chercheurs viennent de publier une étude sur l’île inhabitée de Henderson, qu’ils comptaient trouver intacte car située au milieu du Pacifique, à 5 000 km du continent le plus proche. Mais, sur ses plages, ils ont trouvé la densité la plus élevée au monde de morceaux de plastique (« Le Figaro », 19/5) : 671,6 par mètre carré ! Un gyre océanique, l’un des cinq grands vortex de la planète, se trouve à proximité, attire et recrache des détritus par milliards. Le monde mondialisé regorge ainsi de mauvaises et imprévisibles surprises, qui n’épargnent personne. Même pas ceux qui méprisent les contingences biologiques. Même pas les technocrates pleins aux as...

[v] L’Encyclopédie des Nuisances est d’abord une encyclopédie d’inspiration situationniste (15 fascicules de 1984 à 1992, puis une maison d’édition qui a publié, en autres, quatre volumes d’Essais, articles et lettres de Georges Orwell.

[vi] « Ils ne se connaissaient pas. L’un vivait à Nantes, l’autre à Douai. L’un avait 57 ans, l’autre 69. Ils étaient du même métal : deux emmerdeurs, deux empêcheurs de roupiller en rond, deux figures locales hautes en couleur et en coups de gueule, et à gauche toute, en prime ! Et tant pis pour ceux qui les moquaient, les traitaient de « militants », de laïcards ou de syndicalistes attardés... Circonstance aggravante, ils avaient été profs tous. les deux* le premier d’histoire et le second de lettres classiques, des professeurs capables de pervertir nos chères têtes blondes en leur expliquant qu’on peut lire, sans déchoir, autre chose que « Le Figaro » et « Valeurs actuelles » : tout ce que détestent Eric Zemmour et Luc Ferry.

A Nantes, Luc Douillard était de tous les combats, et en inventait de nouveaux chaque jour, Groupe anarcho- oluchien HOU (Hors d’œuvre universitaire), lutte contre l’apartheid sud-africain, liens noués avec le Partito radicale italien, actions pour la taxe Tobin, appel « Je suis grec », et moult autres joyeuses trublionneries. C’est lui qui, en 2004, initia notamment l’Appel des résistants aux jeunes générations, qui remit en pleine lumière le fameux programme du CNR au si beau titre : « Les jours heureux », d’où nous viennent la Sécu, la retraite par répartition, le droit du travail, bref, ce fameux « modèle Social français », promis à la démolition. .. En introduction de son « Modeste bilan de ma vie publique » (1), il posait, entre autres, ces deux axiomes :

« Ne respecter que ce qui est respectable. Toujours prendre la défense des plus faibles, des plus vulnérables et des plus fragiles, même lorsqu’ils ne sont pas sympathiques. »

Bernard Ghienne, entre mille autres activités associatives, notamment à l’université populaire Mineurs du monde, animait la revue « Gauheria » (2), consacrée au passé de la Gohelle, cette « étendue inculte et infertile » dont le cœur est la ville de Lens. Il en avait sauvé la Maison syndicale, magnifique édifice que les élus PS du coin étaient prêts à fourguer au groupe Mulliez. Un jour, il avait entendu un groupe de jeunes collégiens lensois s’étonner de voir un autocar déverser une cinquantaine d’étudiants allemands en architecture : « Qu’est-ce qu’ils viennent faire ? Chez nous, y a rien à voir. Chez nous, y a rien. »

Au contraire, disait-il, ce Pays noir, cet ancien bassin minier, aujourd’hui terre d’élection du FN, est riche d’un vrai patrimoine archéologique, industriel, riche d’une culture de combats et de solidarités qu’il faut explorer et préserver. Plus on connaît le sol où l’on est enraciné, plus on l’aime, et moins on se replie sur soi : au contraire, on s’ouvre. Il ne jurait que par l’éducation populaire.

Luc Douillard et Bernard Ghienne sont morts à quelques semaines d’intervalle. Cela faisait bien longtemps qu’ils étaient « en marche », à leur manière, ouverte et généreuse. Des hommes du passé, eux ? Au contraire... »

[vii] « C’ETAIT le 4 mai. Jean-Luc Mélenchon vient de capitaliser sept millions de voix sur son nom. Le candidat de La France insoumise ne décolère pas contre ses alliés communistes, qu’il soupçonne d’avoir plombé sa campagne, l’empêchant de se qualifier pour le second tour de la présidentielle. Il l’écrit à 9 h30, dans un SMS rageur adressé au secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. Le voici, tel quel :

« Vous créez la confusion dans tout le pays en vous appropriant mon portrait et mon nom sans parler du logo Front de gauche ! Bravo l’identité communiste ! Tout ça pour après des mois d’injures et de manœuvres pouf (sic) saboter ma campagne. Et vous recommencez ! Vous êtes la mort et le néant. Dix mois pour me « soutenir », dix minutes pour soutenir Macron. Sans oublier les accords que vous ne respectez pas. J’en ai assez. Je vais donc annoncer notre rupture politique dès mon retour à Paris. Et je vais dire pourquoi. »

En réalité, Mélenchon va d’abord laisser son directeur campagne, Manuel Bompard, allumer publiquement la mèche. Quelques minutes après un échange téléphonique avec le patron du PC, il rend public un communiqué de presse accusant les communistes de  « semer la confusion chez les électeurs »  en «faisant croire que les candidats du PCF aux législatives ont le soutien de Jean-Luc Mélenchon ». « Il n’en est rien », ajoute-t-il. En cause, l’utilisation de la photo du député européen sur les tracts de campagne de certains candidats communistes aux législatives. Bompard ajoute qu’une plainte en justice est en cours de constitution.

Depuis, silence radio. Si ce n’est une rupture consommée entre les camarades d’hier. Aux dernières nouvelles, des candidats insoumis affronteront partout des candidats communistes. Sauf, a précisé Mélenchon, dans des circonscriptions où des députés communistes sortants ont parrainé sa candidature à la présidentielle. Soit deux, plus de Marie-George Buffet.

Monsieur l’insoumis est trop de bon avec « les gens » de « la mort et [du] néant » »

[viii] Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs. principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.