Hollande est un tricheur.

Je n'ai jamais aimé les tricheurs. Ceux qui tuent le jeu. Celui qui se rajoute un billet de Monopoly supplémentaire parce qu'il tient la banque. Qui profite du fait que tu ne connais pas bien les règles pour s'arranger avec elles. Alors quand François Hollande vient de s'affranchir du verdict du suffrage universel, je me suis souvenu d'une tricheuse mémorable ...

 

Il y a une dizaine d’année, je préparais activement le concours de « Normale Sup’ » dans ma prépa de Lille. « Petite » prépa au regard des parisiennes, mais suffisamment grande pour espérer faire intégrer la prestigieuse école à un ou deux étudiants par an.

Nous on était la tête dans le guidon, et, complètement écrasés par l’ampleur de la tâche (traductions latines, compositions en tout genre, souvent effectuées en 6 heures de pressurisation intellectuelle, colles en face à face avec un de nos professeurs …) nous essayions d’oublier la statistique qui ne nous mettait pas en position de favoris.Pas beaucoup de concurrence entre nous, au contraire un climat de franche camaraderie, qui marque encore ma mémoire aujourd’hui.

Il y avait toutefois dans le lot une étudiante qui avait le don de nous ulcérer. Car elle pratiquait la triche comme d’autres pratiquent le yoga, patiemment, chaque matin au réveil. Elle trichait au petit déjeûner, au repas, au dîner … Elle repoussait chaque jour les limites de l’ingéniosité en planquant un dictionnaire aux toilettes, en se déplaçant discrètement de la salle de préparation jusqu’à la bibliothèque pour mieux réussir sa colle « sans documents » et nous la soupçonnâmes même d’avoir fait écrire une dissertation de philosophie par un étudiant en master … contre rémunération !

Les professeurs lui rendaient des hommages souvent sincères, et parfois gênés – comme ce jour où elle obtint vingt-deux sur vingt en thème grec, dont le barême était délibérément bonifié tant l’humiliation de se trouver sous la barre du zéro s’abattait sur les étudiants, même les plus aguerris !

Et nous, nous ruminions, convaincus qu’une kabbale en règle contre cette fille n’aurait aucun intérêt, et nous ferait même passer à coup sûr pour des mauvais joueurs. Mais nous savourions notre imminente revanche : le jour du concours, elle ne pourrait pas tricher, elle ne s’exposerait pas aux cinq ans d’interdiction de s’inscrire à un concours ou à un examen en cas de fraude avérée. Aussi, nous nous consacrions patiemment à cette confrontation à la loyale – pour la première fois ! - qui permettrait à l’hypothétique dieu des littéraires de reconnaître pleinement les siens.

Et puis vint le jour de la première épreuve. Elle ... ne se présenta pas à la convocation Sa place resta vacante pendant les six heures de la dissertation d’Histoire ! C’est mon colloc’ d’alors, Sébastien, qui eut cette formule : « Elle aura donc triché jusqu’au bout. »

Et en effet il avait raison ! En refusant de concourir, elle empêchait que son imposture permanente soit dévoilée aux yeux de tous. Que c’était frustrant ! Les épreuves passèrent, et nous l’oubliâmes ainsi que notre frustration. !

Mais dix ans plus tard, cette histoire me revient. Car un autre tricheur vient de refuser de concourir. Pendant quatre ans et demi, nous l’avons regardé mentir, trahir ses engagements, flouer ses électeurs. Au plus fort de la colère, nous nous sommes dit : « Au moment de concourir à nouveau, il sera démasqué, et alors nous pourrons le battre à la loyale. » Aujourd’hui, à mes yeux, lui aussi « triche jusqu’au bout ». Il ne se représente pas. Il ne donne aucune prise à l’arbitrage démocratique de son bilan que sans surprise il a présenté comme « bon ».

Mais la frustration passera elle aussi. Et je retrouve dans la France Insoumise qui a préféré dès février dernier l’action collective et la franche camaraderie à la vaine concurrence interne, le même élan qui me poussa jadis à tenter ma chance dans une difficile confrontation. Pour mon camp, aujourd'hui, à l'heure de la grande confrontation politique dans notre pays, c’est Jean-Luc Mélenchon qui s’y colle. A la loyale. Bonne chance à lui. Sans surprise, il a tout mon soutien.

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