Collecter et porter haut la parole du peuple - dans le canton de Seynod (74)

Et me voilà reparti dans la délicate tâche de tenir un blog et d'essayer grosso modo de donner corps par écrit et par récit à « ma » campagne politique dans la circonscription de Seynod, dans le département de Haute-Savoie. Du moins celle pour laquelle je suis officiellement candidat, pour la première fois de mon existence !

L'époque est encombrée des considérations des communicants, et nous autres, militants de gauche, nous sommes nécessairement parasités par cet air du temps, ce n'est pas la peine de se le cacher. D'autant que les affiches, les tracts, mais aussi les réseaux sociaux ont quelque chose de passionnant qui affaire avec notre goût pour l'iconographie, le récit, le discours, et toutes ses composantes artistiques contenues dans ce principe que j'ai découvert il y a quelques années, et qui ne m'a jamais quitté : « résister c'est créer ».

Mais pour cette élection, je sens déjà que je n'aurai pas le temps d'explorer toutes les subtilités de la propagande, au sens noble du terme.

En revanche je crois qu'il sera facile de faire le tri parmi les outils, dès lors qu'on les proportionnera à nos objectifs réels. Notre but dans cette campagne, est de mettre en route une dynamique d'éducation populaire. Je lève tout de suite un malentendu : hors de question pour moi de me prendre pour un instituteur du peuple – je suis déjà professeur dans le civil, et dois lutter au quotidien contre le vertige que m'inspire l'immodestie de cette tâche ! L'éducation populaire, c'est autre chose que ça. C'est poursuivre et encourager le travail d'autoformation, spontanément à l'œuvre parmi le peuple, et par des moyens populaires.

Sans entrer dans de grandes considérations théoriques, nous avons décidé, mes camarades et moi-même, de mettre en place un processus de fond, mais immédiatement opérationnel, pour libérer la parole du peuple. Ce processus sera visible pendant et après notre campagne – y compris si ma colistière Loris Fontana et moi-même, sommes élus au conseil départemental – à travers nos actions « porteurs de parole ». En quelques mots, cela consiste à poser une question, l'afficher sur une place publique, et demander aux passants d'y répondre. Puis on affiche leur réponse, sur des papiers colorés, dont je vous garantis que si vous tombez dessus par hasard, votre œil ne peut s'en détourner.

On verra ce que ça donne, mais notre message est le suivant. La crise politique et institutionnelle que nous traversons est liée à un facteur majeur : la parole du peuple qui vit les événements, de façon intime, et qui souvent sait leur trouver une solution, cette parole est complètement sortie du radar des dirigeants. Pour preuve, j'entends à longueur de journée, dans les médias audiovisuels, des gens qui se donnent des grands airs en pérorant : « ce ne sont pas les sujets qui intéressent les Français ! ». Ou à l'Assemblée nationale : « les Français veulent… ». Et chacun projette ses propres fantasmes, de façon tout à fait cynique, sur ce qu'il considère être la parole des Français.

Pour ma part, je veux tirer au clair ce que peut-être cette parole, avant de prétendre m'en parer. Je ne cherche pas à faire croire que je serais d'accord avec tout ce que j'entendrai, bien sûr. Mais, depuis que je pratique cet exercice, je suis surpris de voir à quel point même des personnes aux opinions politiques opposées ne s'en tienne jamais au « café du commerce » qu'on prête habituellement aux gens du peuple. Les propos, que nous affichons, que nous collectons, que nous compilons, et que nous analysons pour en faire un programme d'inspiration populaire, sont d'un haut niveau d'éducation politique.

Ainsi, le pari est simple. Il tient en une seule promesse. Ou plutôt dans une forme de défi que je lance à chaque personne que je croise : la veille de l'élection, souvenez-vous de l'échange que nous avons aujourd'hui, et vérifiez si dans notre programme vous trouvez bien le fruit de notre discussion. Si c'est le cas, peut-être que vous pourrez de nouveau avoir confiance dans un bulletin de vote, et surtout dans la méthode qui est qui a servi à l'élaborer.

Je viens de voir Jean-Luc Mélenchon, figure du parti auquel j'appartiens, passer dans l'émission de Monsieur Fogiel. Il a tenu ces propos, qui résume au mieux l'esprit de notre campagne :

Je suis le tribun du peuple.
Je porte la parole des gens.
C'est ça qu'ils attendent de moi.
Pas que je vienne leur expliquer la vie ils la connaissent !

Je ne suis pour ma part certainement pas le tribun du peuple ! Mais je veux contribuer à trouver le moyen de lui redonner la parole, et de porter haut cette parole, car il n'y a qu'elle qui parviendra à renverser la table, et à restaurer la souveraineté populaire.

Notre dispositif de « porteurs de parole » constituera, à notre échellej notre tribun à nous, j'en suis convaincu.

J'en reviens à ce blog. En toute hypothèse, si je devais me situer dans la perspective d'une campagne classique, il faudrait que j'ouvre un blog avec ma photo en gros, avec un bouton de souscription, avec mon comité de soutien, etc. Je n'ai pas cette ambition. Le rejet de la communication politique, si présent dans les échanges que j'ai auprès des citoyens, a dû déteindre sur moi ! Mais pour autant, il me semble important, ne serait-ce que pour moi-même, de tenir du mieux que je peux un récit cohérent de toutes ces tranches de récits personnels que j'accumule dans cette campagne. L'interactivité des blogs hébergés par Mediapart me semble propice à mettre en partage ce récit.

Pour terminer cette note, je joins le mode d'emploi en bande dessinée que nous donnons aux gens qui veulent en savoir plus sur la méthode que j'expliquais plus haut.

Bon courage à tous ceux qui quelque part cherchent eux aussi les moyens de retrouver la parole du peuple, la confiance en lui qu'il a perdue, et au bout du parcours sa souveraineté. On y arrivera !

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