La faute des autres, l'irresponsabilité comme mode de pensée.

À peine remis de cet exercice qui a consisté à battre la campagne en quelques semaines seulement, dans le cadre d'un élection dont personne n'entendait jamais parler, je réagis aux propos de candidats PS ou EELV ayant choisi d'attribuer leur échec au Front de Gauche, dont j'étais l'un des candidats. Je réponds nommément à Ghislain La Spisa et Bénédicte Serrate, puisque leur réquisitoire contre nous a été enregistré par le site de presse en ligne http://librinfo74.fr, mais bien entendu je m'adresse à tous les amis écologistes et socialistes qui ont pu se laisser aller oralement à ce genre de faiblesse au soir du premier tour, et les dieux me sont témoins qu'ils ont été nombreux.

Le PS découvre seulement aujourd'hui que le Front de Gauche s'oppose à sa politique ?

Qu'a-t-il fait jusque là pour permettre les conditions d'un rassemblement ? La loi Macron ? pour nous c'est non. La retraite ? Pour nous, c'est au maximum à 60 ans, pas à 67. Le torpillage du code du travail ? quelle étrange trouvaille quand on est soi-disant "de gauche" !

Et pour les porteurs d’œillères qui aimeraient qu'on ne parle "que de local", la réforme territoriale et la coupure de liquidités aux départements, vous ne vous êtes pas sentis concernés ? Vous ne saviez pas que ça empêcherait par essence toute politique sociale et écologique digne de ce nom ?

Alors vous êtes irresponsables et c'est de salut publique que de ne pas vous confier un mandat !

Enfin, je m'amuse de voir à quel point la mémoire est courte et la responsabilité inexistante chez le PS et ses commensaux : vous êtes éliminés des deuxièmes tours ? Quel dommage. C'est vraiment injuste le suffrage majoritaire ... que vous aviez vous-même promis de remplacer par un scrutin proportionnel dans votre campagne de 2012 ! Vous aviez finalement renoncé en espérant que ça allait vous protéger de la déroute électorale ininterrompue depuis les premières élections partielles fin 2012 !!!

Et bien voilà c'est arrivé : même cela ne vous protège plus !

Il ne reste qu'à prendre ses responsabilités. Mais pas vous. C'est la faute des autres partis. Des autres candidats. Quand ce n'est pas la faute du peuple qui est trop bête pour comprendre que la politique du PS est bonne pour lui …

Je méprise toute cette rhétorique, qui est celle des faibles. Le premier message de cette élection est le suivant : la majorité du peuple s'est encore abstenue ! Il ne voit pas en nous une alternative crédible à la politique du gouvernement, mais il ne la voit pas non plus dans les autres partis. Certes, la frange de l'électorat qui résiste mieux à la résignation, arme de destruction massive du parti de Solférino, c'est l'électorat d'extrême droite. Ça n'est pas à prendre à la légère. Car ils sont maintenant en position de remporter des élections !

Vous avez fait du principe électoral quelque chose à l'image de votre vision du monde : un supermarché. On vient consommer, et l'on choisit ce qui se trouve dans le rayon. S'il n'y a pas produit de qualité, on prendra ce qu'il y a. Pour l'instant, on trouve surtout de l'alcool frelaté mais bon marché qui permet de tenir le coup quitte à se payer de sacrées migraines. C'est le Front National. Certains misent sur le fait que cet alcool est tellement répugnant et tellement dégoûtant qu'on sera bien obligé de se reporter sur ce qui reste. Et ils attendent ...

C'est d'ailleurs l'occasion pour moi de dire à quel point j'ai été surpris de toute l'énergie déployée par des socialistes pour nous empêcher de mener notre campagne. Des pressions ont été systématiquement exercées sur mon binôme Loris Fontana et sa suppléante Catherine Luciani, toutes deux membres du conseil municipal de Cran Gevrier. Lorsque nous avons envisagé d'organiser une fête de soutien à notre candidature sur la place chorus de cette même commune, c'est le maire lui-même, Jean Boutry, qui nous a refusé l'autorisation au prétexte qu'il n'autorisait l'organisation de ce genre d'événement qu'à certaines associations de la commune, apolitiques.

Nous proposons de faire de la politique dans l'espace public, cela effraie le PS ! Qu'il soit effrayé lui-même par la politique, soit. Mais de là à consacrer ce qui lui reste d'énergie à empêcher les autres d'en faire, c'est tout de même un comble ! Mais surtout, nous voilà revenus au fait du prince. Et les citoyens dans tout ça ? Qu'ils se contentent des manifestations « officielles » consenties par le parti au pouvoir. Circulez, il n'y a rien à voir.

Et bien, Mesdames et Messieurs du parti du naufrage, sachez que votre sieste est terminée ! Vous voulez nous empêcher d'agir, nous vous empêcherons dormir ! Nous ne ferons pas de la politique de supermarché ! Et ce qui a commencé à germer dans cette campagne, c'est une volonté inébranlable de faire éclore au grand jour la parole du peuple, que vous ne pourrez plus contenir par vos petites combines.

Cette parole sera authentique, puisée à la source de ceux qui ne vont plus voter, mais qui contrairement à ce que vous croyez ne se désintéressent pas de la politique. Elle sera de bon sens, expression de l'expérience quotidienne d'un monde dont vous êtes complètement déconnectés. Elle ne se privera pas d'être satirique, cynique, ou polémique. Tant d'armes de la parole qui vous horrifient, tant l'entre soi se contente toujours d'un méprisable consensus. Enfin, elle sera belle, riche, complexe. Car la langue de bois que vous pratiquez à beau être parfumée, la nôtre n'a rien à lui envier.

Bien à vous.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.