Intervention au conseil municpal de Brest

Monsieur le maire, chers collègues,

 

L'actualité, pour les progressistes que nous sommes a des résonances terribles ces jours-ci. Violences policières contre les migrants, les militants et les élus venus les défendre à Paris, vote de la Loi Renseignement au Sénat, loi Macron qui revient en deuxième lecture à l'Assemblée...

 

Nous sommes déçus, en colère aussi, radicalisés peut-être même.

 

Le premier ministre socialiste, Manuel Valls, fait régulièrement état de son admiration pour Georges Clémenceau, qui, alors qu'il était ministre de l'Intérieur, avait instauré une véritable industrie de l'espionnage des syndicalistes, par des services de police spécialisés et le recours massif aux mouchards de proximité, avant de leur envoyer la troupe à plusieurs reprises. 

 

Aujourd'hui, prétextant les évènements terribles du 7 janvier, le gouvernement qu'il pilote fait passer en urgence et en procédure accélérée un projet de loi sur le renseignement dont le champ très large et les modalités technologiques instaurent de fait une surveillance de masse en France, en dehors de tout contrôle par l'Etat de droit, et accordant tout pouvoir au seul premier ministre.

 

Cette surveillance massive se fera par l'accès à l'ensemble des métadonnées de nos activités sur internet, et de nos communications. Ces métadonnées seront ensuite triées par un algoritme mystérieux qui permettrait de cibler des comportements dits suspects. Tout ceci se ferait en dehors de toute validation par un juge, et en dehors de tout cadre d'enquête.

 

Les élus écologistes de Brest tiennent à exprimer ici leur soutient total aux nombreuses voix citoyennes, militantes, associatives, économiques qui se sont élevées contre cette loi Renseignement et que le premier ministre a taxé de « pressions insupportables ».

 

Nous sommes d'autant plus inquiets que le flou qui entoure la définition de la protection des intérêts majeurs de la France, dans une ville directement concernée par le nucléaire militaire, peut légitimement nous faire craindre que les militants locaux soient ciblés et espionnés en vue de limiter leur capacité à agir.

 

Le texte a été adopté ce mardi 9 juin par le Sénat. Ne reste plus alors comme recours que le Conseil Constitutionnel. Nous en appelons aux Sages pour rejeter cette loi scélérate. Et surtout, nous appelons les citoyens à se protéger contre la surveillance de masse en adoptant au plus vite les outils existants et fiables qui permettent de protéger la vie privée tels que Tor pour la navigation internet, le chiffrement pgp pour les échanges mail, les logiciels libres pour l'ensemble de leurs activités numériques.

 

 

 

 

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