Pourquoi Valls s'est-il trompé de primaire et comment Macron nous a-t-il trompé?

Alors que Francois Hollande renonce à la présidentielle lestée d'une impopularité impressionante chez l'ensemble des francais, Manuel Valls se présente à la primaire du PS, et Emmannuel Macron s'auto-proclame candidat tout seul, l'air de rien. Tous les 2 jouissent d' une popularité assez forte, ce qui semble très étrange tant ils sont associés et responsables de la politique de F. Hollande.

En effet, pensez vous vraiment que Hollande soit impopulaire seulement car il fait du scooter (avec un casque) ou parce qu'il a fait des confessions à des journalistes, ou encore parce qu'il est trop « flamby »? Faut-il vraiment prendre les gens pour des imbéciles ? Si Hollande est aussi impopulaire, c'est avant tout parce que, sur la plupart des sujets, il a fait exactement l'inverse de ce qu'il avait promis. Cela a contribué à dégouter encore davantage de la politique une partie de la population. Prenons trois exemples économiques de ses engagements non tenus :

* « Mon ennemi c'est la finance », vraiment ? Bah, en fait non, puisque la loi sur la réglementation bancaire n'a rien donné, et que, au niveau international, la France se bat pour empêcher toute réglementation contraignante vis-à-vis des banques et toute taxe sur les transactions financières.

 * « Réduire les inégalités avec une grande révolution fiscale et notamment un impôt à 75% pour les plus riches ». Bah, cela a tellement bien marché que Madame Bettencourt ne paie plus d'impôt sur la fortune, qu’il n'y a eu aucune « révolution fiscale » permettant enfin de rétablir une réelle justice fiscale et que l'impôt à 75% n'a jamais été mis en place (tellement mal conçu qu'il a été censuré).

* « Réduire la précarité et favoriser l'emploi ». En fait, le gouvernement a pris le fameux « pacte de compétitivité » de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy qui consiste à réduire les charges pour les entreprises et à augmenter la TVA (dite “sociale”) et il en a juste changé le nom, c'est devenu le « pacte de responsabilité » en 2014. Et sur le plan de la « déréglementation » du travail, il y a eu trois lois qui remettent en cause le code du travail en augmentant le recours aux emplois précaires (il n'y en a jamais eu autant), ou en facilitant les procédures de licenciement collectif, les heures sup’, ou encore en fragilisant les prud'hommes. Au final, cela a tellement bien marché que le chômage a augmenté, les emplois précaires également, et le nombre de chômeurs découragés a explosé. Ainsi, ces cinq années ont été bien plus efficaces que le précédent quinquennat pour dégrader la situation des salariés : Bravo !

CHERCHEZ LES COUPABLES

Pourquoi M. Hollande a-t-il été si « méchant » ? Pourquoi a-t-il fait le contraire de ses promesses, pourquoi a-t-il aggravé la décrédibilisation de la politique, pourquoi a-t-il pris les gens pour des… ? A-t-il fait cela tout seul ? Aurait-il été mal conseillé ?

Parmi tous ceux qui ont influencé la politique de M. Hollande, deux personnes apparaissent particulièrement responsables de ce « tournant » qu’il a pris à peine élu. Il s'agit de M. Macron et de M. Valls !

Voici un court résumé en deux actes des principaux faits :

Pourquoi M. Valls aurait dû accepter d'entrer dans le gouvernement d' « ouverture » de M. Sarkozy? Pourquoi son - futur- programme va se situer entre ceux de Juppé et de Fillon ?

En 2007, quand M. Sarkozy constitue son gouvernement d'ouverture qui consiste à piquer des personnalités de « gauche » pour faire sa politique de droite, il pense directement à Manuel Valls. Quel meilleur choix qu’un homme qui défend les valeurs de « sécurité », la lutte acharnée contre l’immigration et qui milite pour la fin des 35 heures au sein du PS, qu’il souhaite d’ailleurs débaptiser ? Si Manuel Valls avait accepté, le PS aurait été débarrassé de cette « erreur » historique (du type Schröder en Allemagne, mais encore plus à droite), mais manque de pot il a refusé car le créneau de « droite » du PS lui semblait plus porteur pour ses ambitions..., et ce pour le plus grand malheur de la gauche.

Ainsi, il est devenu petit à petit devenu indispensable pour François Hollande alors qu'il n’avait réalisé que 5% aux primaires du PS en 2012. Il a réussi à incarner à lui seul la « trahison » de Hollande vis-à-vis de la gauche, notamment quand il est devenu premier ministre, au moment même où Hollande avouait qu'il ferait une « politique de l'offre » et donc l'inverse de ce qu’il avait dit.

Le pacte de « compétitivité » de Sarkozy, oups le pacte de « responsabilité » de Hollande, c'est Valls qui l'a conçu en janvier 2014, au moment où il rentre à l'Elysée oups à Matignon.

La loi El Khomri affaiblissant le code de travail c’est lui, puisque c’est le cabinet du premier ministre qui l’a écrite en écartant son meilleur rival Emmanuel Macron.

La déchéance de nationalité (idée piquée à l'extrême-droite) c'est encore lui au mépris du droit international et des valeurs de la France et de la « gauche ».

Sur les questions économiques il apparaît donc aussi « libéral » que M. Juppé mais pas encore au niveau de Mme Thatcher et de M. Fillon, encore un petit effort…Quant aux questions de société, il se garde bien de défendre une « identité heureuse » à la Juppé, mais l’état d’urgence infini, la fermeture et le rejet de l’autre. ... Ça serait sympa que quelqu'un glisse un petit mot à M. Valls : « Euh désolé Manuel, mais la primaire, c'est trop tard, pour toi c'était le mois dernier ! »

Macron est il vraiment nouveau, ou est il le président « bis » depuis cinq ans sur les questions économiques ?

Emmanuel Macron est jeune, il a l'air cool, séduisant et n’apparaît pas aussi réactionnaire que Messieurs Valls et Fillon, sans parler de la famille Le Pen, sur les questions de société.Mais si on analyse son rôle économique depuis cinq ans, il paraît tout de suite un peu moins sympa.

En effet, avant d'être ministre de l'économie, il fut « le » conseiller économique de l'Elysée dès le début du quinquennat, celui qui a toujours remporté la mise sur les sujets sensibles.

Sur la réglementation bancaire, c'est lui qui a empêché que la loi de séparation entre les banques d'affaire et de dépôt soit contraignante en se faisant l'écho des lobbys bancaires. Au final cette loi n'a strictement rien changé aux pratiques des banques!!

Sur l'opposition de la France à la mise en place d'une taxe sur les transactions financières en Europe alors que même l'Allemagne était d'accord, il défendit dans l'ombre la position de ces mêmes lobbys bancaires qu’il connaît si bien, aidé par Messieurs Sapin et Moscovici. Au final cette taxe ne verra jamais le jour !!

Sur la fiscalité, il n'a eu de cesse de tenter de contrer toutes les velléités de certains conseillers du président de taxer davantage les grosses entreprises et les grandes fortunes afin de lutter contre les inégalités.

 M. Macron fut aussi l’un des grands artisans du fameux « pacte de responsabilité », au côté de M. Valls.

Quand il devint ministre de l'économie, sa « loi Macron » représenta la première pierre visant à déréglementer le marché du travail, avant que la loi El Khomri - qu'il aurait tellement aimé porter lui-même - ne continue l’ouvrage.

Quant à la revente de Alstom énergie à un groupe américain et celle de l'aéroport de Toulouse à un groupe chinois, c'est encore lui , ce qui montre que la gouvernance des entreprises et les emplois en France, il s'en lave un peu les mains, tant que la rentabilité financière est au rendez vous !

Au regard de son œuvre pendant ces cinq années, son objectif ne peut être que d’affaiblir encore le code du travail, de pousser tout le monde à se transformer en autoentrepreneur ou accepter des emplois précaires.Mais comme il doit se montrer « gentil », surtout en campagne électorale, il propose – vaguement - de protéger un peu plus les indépendants et les autoentrepreneurs, c'est-à-dire tous ceux qui n’auront plus de CDI à cause de lui !

Cela pourrait être utile que quelqu'un glisse un petit mot à M. Macron « Au fait Emmanuel, t’es au courant que le modèle anglo-saxon des années 80, où l'on fait croire aux gens qu'ils peuvent devenir milliardaires en détruisant le code du travail et la protection sociale, cela a créé des inégalités et une pauvreté monstrueuses et même Theresa May et le FMI en sont revenus ? ».

MARCHE ARRIERE ET DEMI TOUR

 Dites donc, Messieurs Valls et Macron, vous qui êtes au pouvoir depuis cinq ans et qui êtes les vrais responsables du « tournant politique » de M. Hollande, regardez un peu autour de vous la réalité de la vie au XXIe siècle dans nos territoires, et, au passage, parlez-en à M. Fillon aussi !

Les gens n'ont pas envie de travailler plus pour gagner moins, de « choisir » entre chômage et emplois précaires, de subir une pression accrue alors que la souffrance au travail ne cesse d’augmenter depuis 30 ans ! Peut-être qu'il serait temps de faire autre chose qu’accélérer encore et toujours les politiques libérales qui ont fait la preuve de leur échec depuis 30 ans ?

Une politique économique alternative serait vraiment possible, mais ce n'est ni M. Valls ni M. Macron qui nous la proposeront !

 

Julien Pharo (représentant de la CTN Economie et Finances au Conseil programmatique de Nouvelle Donne)

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