Assemblée plénière d'Occitanie: les communistes s'expriment

Les 158 conseillers régionaux d’Occitanie se sont réunis en Assemblée plénière à Montpellier, sous la présidence de Carole Delga, pour un ordre du jour chargé, notamment par le débat d’orientation budgétaire. Agriculture, alimentation, égalité femme-homme ou libération de Salah Hamouri, les conseillers régionaux communistes du groupe Nouveau Monde en Commun ont multiplié les interventions.

 

Les orientations budgétaires ont été débattues lors de l'assemblée plénière © Région Occitanie Les orientations budgétaires ont été débattues lors de l'assemblée plénière © Région Occitanie

Le débat sur les orientations budgétaires est un moment important de la vie démocratique de la région, et donc l'occasion pour Patrick Cases, conseiller régional communiste des Pyrénées Orientales et coprésident du groupe Nouveau Monde en Commun, de s'exprimer sur le désengagement de l’État en ce qui concerne le financement des collectivités territoriales publiques.

«Sans vouloir paraphraser le président de la république, je ne jetterai pas des pierres sur le premier de cordée mais je m'intéresserai au dernier de la cordée qui a les pieds ballants dans le précipice, la langue sortie proche de l'asphyxie», a ainsi débuter Patrick Cases.

Au moment où le gouvernement fait de la réduction de la dette et des dépenses publiques sa priorité, le conseiller régional s'est interrogé sur l'opacité du CICE qui «prive les derniers de cordée de bouffées d'air frais salutaires». Concernant les «27 milliards de "bouteilles d'oxygène" de manque à gagner pour l'état», il a expliqué que «cela équivaut quand même à deux fois le montant total de l'aide personnalisée au logement (APL), trois fois le budget de la police nationale ou encore au recrutement de 300 000 enseignants chaque année».

Alors que la dette publique est un sujet d'actualité récurrent, l’élu catalan a tenu à rappeler «le quid de la dette privée, qui atteint 72% du PIB pour les sociétés non financières. Nous sommes en train de la payer. Si l'on doit mener l'exercice critique sur les dépenses publiques, il faut également le conduire sur les recettes dont se prive l'état. Il me semble que notre majorité peut s'inscrire pleinement dans cette démarche», a-t-il martelé.

Patrick Cases, conseiller régional communiste des Pyrénées Orientales et coprésident du groupe Nouveau Monde en Commun © Julien Sueres Patrick Cases, conseiller régional communiste des Pyrénées Orientales et coprésident du groupe Nouveau Monde en Commun © Julien Sueres

Commentant ensuite la réforme des territoires, Patrick cases a rappelé que celle-ci «a donné à la majorité régionale une certaine force politique sur l'échiquier national» qu'il a invité à utiliser afin «de peser le plus possible dans le débat sur la recherche de nouvelles recettes», mais aussi pour lutter contre «la financiarisation des services publics» de plus en plus fragilisés.

Enfin, il a terminé son intervention en rappelant que dans le paysage politique national, la région Occitanie «garde l'originalité de la composition de sa majorité». «Même s'il existe des différences de vue entre nos formations politiques, il me semble important que nous continuions de débattre sur de nouvelles alternatives économiques pour nos institutions. Celles-ci pourraient être porteuses d'un espoir nouveau pour les populations. Il faut que nous réfléchissions à desserrer l'étau financier pour lever la pression sur les arbitrages économiques», a-t-il conclu.

Égalité femme-homme

Alors que les discriminations faites aux femmes et le harcèlement qu'elles subissent encore malheureusement trop souvent, ont récemment fait l'actualité, Mylène Vesentini, conseillère régionale communiste de l'Aude, est intervenue suite au 2ème rapport sur l'égalité femme-homme.

Elle a rappelé notamment que «dans tous les domaines de la vie, l'égalité femme-homme est une exigence qui progresse dans les consciences». Déplorant le choix du président Macron de ne pas installer de ministère des droits des femmes avec un budget dédié, Mylène Vesentini a insisté sur l'impact négatif qu'aura la politique du gouvernement, par exemple la disparition du CHSCT, «lorsqu'on sait que 20% des femmes déclarent avoir subi du harcèlement sur leur lieu de travail!».

Mylène Vesentini, conseillère régionale communiste de l'Aude, est intervenue suite au 2ème rapport sur l'égalité femme-homme. © Julien Sueres Mylène Vesentini, conseillère régionale communiste de l'Aude, est intervenue suite au 2ème rapport sur l'égalité femme-homme. © Julien Sueres

Contrairement au gouvernement Philippe, la région Occitanie a décidé de mener des politiques en faveur de l'égalité femme-homme, notamment par la création d'une commission dédiée. Une initiative que l’élue de Carcassonne a tenu à saluer, en rappelant la dimension transversale d'un tel sujet. «Notre travail doit s'articuler autour de toutes nos commissions, éducation, formation professionnelle, etc... Et quoi qu'en pense certains ici, nous avons besoin des CIDFF, du planning familial et de tout le tissu associatif qui œuvre au quotidien pour l'égalité femme-homme», a-t-elle rappelé.

La libération de Salah Hamouri

Attachés aux droits des palestiniens, les communistes n’ont pas manqué de rappeler la situation critique de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri.

Nicolas Cossange, conseiller régional communiste de l'Hérault s'est ensuite chargé de faire un point d'actualité en s'exprimant sur la situation. Pour rappel, celui-ci a été interpellé le 22 Août dernier à son domicile de Jérusalem-Est, et placé en détention administrative pour 6 mois, «mesure renouvelable ad vitam aeternam sans procès, sans dossier, en totale illégalité au vu des accords internationaux et notamment la 4ème convention de Genève et ses articles 78 et 72 sur le droit à se défendre».

Nicolas Cossange, conseiller régional communiste de l'Hérault s'est chargé de faire un point sur la situation de l'avocat franco-palestinien © Julien Sueres Nicolas Cossange, conseiller régional communiste de l'Hérault s'est chargé de faire un point sur la situation de l'avocat franco-palestinien © Julien Sueres

L'élu de Béziers a insisté sur l'importance de la région, «attentive au respect des droits de l'homme et du droit international, attachée à une paix juste et durable au Moyen-Orient avec qui nous partageons la mer Méditerranée», à ne peut rester indifférente.

Salah Hamouri avait déjà été incarcéré de 2005 à 2011 sur la base d'accusations jamais prouvées, qu'il a toujours nié avec force et conviction. Il avait à l'époque reçu un soutien massif de personnalités, d'élu-e-s, d'ONG, et de collectivités territoriales. Ce soutien avait amené la diplomatie française conduite alors par Alain Juppé à intervenir sous l'égide de l'ONU à induire sa libération dans le cadre d'un échange de prisonniers.

Son arrestation et sa condamnation à purger la fin de sa peine initiale est donc une violation grave et un acharnement politique envers celui qui est un militant des droits des prisonniers Palestiniens.

C'est donc à «une mobilisation large» qu’a appelé M. Cossange, comme celle qui avait abouti à sa libération, et qui «est à reconstruire aujourd'hui avec la certitude que derrière la justice se trouve la paix», a-t-il insisté devant l’assemblée.

Agriculture et alimentation

Patrick Cases a rappelé le positionnement du groupe Nouveau Monde en commun, sur les états Généraux de l'alimentation initié par le président Macron. En effet, derrière ses propos «d'arrêter les productions qui ne marchent pas… ne s'inscrivant pas dans la concurrence internationale, de conditionner les aides à la taille des organisations de producteurs, de restructuration, de produire plus…», le conseiller régional catalan a insisté que «le président actualise les vieilles recettes libérales qui ont conduit un agriculteur sur trois à vivre avec moins de 350 euros par mois, ainsi que la disparition d'une ferme toutes les cinq minutes jusqu'au suicide agricole tous les deux jours».

Pour promouvoir une agriculture durable, il a ensuite fait plusieurs propositions «pour un autre paradigme alimentaire construit avec les paysans et la société»:

-L'instauration d'un moratoire immédiat, financier, fiscal de l'agriculture française pour permettre aux exploitations de retrouver leurs équilibres économiques.

-La création d'un fond de soutien à l'agriculture paysanne et ses filières relocalisées, courtes, de proximité et biologiques,

-La promotion d'une nouvelle politique agricole et alimentaire (PAC) en Europe, qui réponde en priorité aux besoins des citoyens, débarrassée des accords de libres échanges (CETA, Mercosur…) avec pour objectif la souveraineté alimentaire des peuples et la transition écologique.

Il a conclu son allocution en expliquant que «le groupe participera avec intérêt aux travaux des échanges sur l'alimentation. Nous porterons avec force que le débat sur la rémunération du travail paysan n'est pas un débat de forme mais bien de fond».

Emboîtant le pas de son collègue sur cette question de l’agriculture, Mylène Vesentini est ensuite revenue sur les craintes des acteurs de ce secteur d’activité. Afin de proposer une politique d’aide à l’installation et à la transmission «ambitieuse», «il est important d’entendre les inquiétudes de la profession», a-t-elle rappelé. Concurrence, vente à perte, assurance récolte ou encore impact du changement climatique, de nombreuses questions qui poussent la conseillère régionale à s’interroger sur l’action concrète que doit mener la région si elle veut réellement «développer les circuits courts ou renforcer la consommation locale», tel que cela a été présenté lors du débat d’orientation budgétaire.

Yolande Guinle, conseillère régionale communiste des Hautes-Pyrénées © Julien Sueres Yolande Guinle, conseillère régionale communiste des Hautes-Pyrénées © Julien Sueres

Dernier point, concernant la restauration des lycées, Yolande Guinle, conseillère régionale communiste des Hautes-Pyrénées, a salué la politique volontariste de la région d’introduire «des produits locaux de qualité, frais ou surgelés, à hauteur de 40% dont la moitié issue de l'agriculture biologique». Elle a insisté cependant sur le fait que «le retour à une alimentation plus saine au sein des lycées, ne peut s'effectuer sans un accompagnement tant auprès des chefs d'établissement, des agents gestionnaires, des personnels de restauration que des lycéens et des parents d'élèves, et ce en restant acceptable en terme de prix». Rester raisonnable donc, tout en sachant saisir l’opportunité «d’une revitalisation de nos territoires permettant la structuration de la filière, la création d'emploi locaux et la pérennisation des agriculteurs bio», sans pour autant «retombé dans des modes de production intensifs». En effet, l’ouverture de ce nouveau marché vient aussi avec son lot de craintes que les gros industriels s’en emparent au détriment des producteurs locaux.

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