Déserts médicaux: le cas des Hautes-Pyrénées, Bours (65)

La désertification médicale est un problème d’actualité qui touche un grand nombre de territoires en France. L’affaire de Bours (65) révélée au grand jour récemment par La Dépêche du Midi, témoigne des difficultés que rencontrent les territoires ruraux pour lutter contre le manque de médecins. Nous avons rencontré Yolande Guinle, conseillère régionale communiste des Hautes-Pyrénées. Entretien.

Yolande Guinle, conseillère régionale communiste d'Occitanie défend les centres de santé publics. © Julien Sueres Yolande Guinle, conseillère régionale communiste d'Occitanie défend les centres de santé publics. © Julien Sueres

Elue régionale des Hautes-Pyrénées, c’est un territoire que vous connaissez bien. Quelle est la situation sur place ?

Y.G. : L’offre de soins est considérablement dégradée dans les Hautes-Pyrénées, et particulièrement les soins de premier recours. Comme dans beaucoup de territoires ruraux, nous constatons que les départs en retraite se multiplient et que la relève n’est pas assurée. Dans nos campagnes autour de Tarbes, l’offre de santé de proximité est plus réduite que jamais. Mais c’est un problème qui vient de loin, et qui est intimement lié à l’aménagement du territoire. Entre les politiques qui visent à détruire les services publics, que ce soit dans les domaines du transport, de l’éducation et même de la culture, et ses grandes entreprises qui préfèrent s’installer là où cela rapporte, ce sont nos campagnes qui se désertifient. Et comment voulez-vous alors attirer de jeunes médecins ?

"L’offre de soins est considérablement dégradée dans les Hautes-Pyrénées"

Le cas de Bours, mentionné par France 3 en début de semaine, interpelle fortement, alors qu’une solution semblait avoir été trouvée. Qu’en pensez-vous ?

Y.G. : Dans ce cas particulier, effectivement tout portait à croire que l’effort effectué par la mairie de payer un cabinet spécialisé pour trouver un docteur, puis de lui offrir un an de loyer gratuit, aurait porté ses fruits. Bien que nombre d’éléments manquent pour comprendre ce départ précipité, la situation soulève un débat de fond. Doit-on continuer à utiliser l’argent public pour payer des médecins privés, ou s’engager dans une reconstruction d’un service public de soins de premier recours ?

"Un service public de soins de premier recours"

Vous faites allusion à la différence entre maisons et centres de santé, lequel préconisez-vous, et pourquoi ?

Y.G. : La maison de santé pluri professionnelle a vocation à regrouper des professionnels médicaux et des auxiliaires paramédicaux, exerçant en libéral des activités de soins sans hébergement de 1er recours. Son fondement repose sur un projet de santé qui doit être élaboré par les professionnels de santé. Les centres de santé, quant à eux, sont des structures sanitaires de proximité sans hébergement, dispensant des activités de soins primaire. Ils ont pour particularité, et c’est là pour nous élus communistes toute la différence, d’employer des professionnels de santé salariés, de devoir respecter les tarifs opposables, et de pratiquer le tiers payant dans le cadre d’une mission d’accessibilité sociale. Bien que les deux semblent très similaires, politiquement, il s’agit de choisir où l’on veut investir l’argent public.

"Des professionnels de santé salariés"

La région a mis en place un dispositif de soutien aux projets de création de maisons et de centres de santé pluri-professionnels. En quoi consiste-t-il ?

Y.G. : Le dispositif de santé que nous avons proposé et voté en début d’année vise à favoriser ce regroupement de praticiens, mais aussi à maintenir et développer un accès égal à tous aux soins de proximité dans les territoires déficitaires. Le dispositif cible avant tout les communes, communautés de communes et d’agglomération. Concernant les montants, ils correspondent à 20% d’une assiette éligible plafonnée à 650 000 euros, avec une aide maximum de 130 000 euros pour les maisons de santé, et de 195 000 pour les centres publics.

"Un dispositif régional de soutien aux projet de maisons et centres de santé"

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