Pourtant, qu’on ne s’y méprenne pas, c’est du côté progressiste, social et écologique que la fracture est la plus visible. Les libéraux et capitalistes en tout genre semblent s’adapter aisément à “la recomposition Macron”. Radicaux, certains socialistes, centristes et républicains sont tous prêts à voter la destruction du code du travail tel que nous l’avons connu. Le progrès social, la solidarité et même l’environnement ne seront pas gagnants d’un jeu au bénéfice de la finance, des actionnaires et des plus riches. Le seul espoir pour les peuples, les travailleurs et les classes populaires, réside dans l’apparition d’un nouveau courant de gauche, reconfiguré, re-défini et adapté à notre époque.

La mondialisation capitaliste a affaibli les courants de gauche du monde entier comme le souligne Guillaume Balas, député PS au Parlement européen et coordinateur du projet de Benoît Hamon, “l’état des gauches européennes est malheureusement éclairant avec l’échec espagnol, celui du PSOE mais aussi celui de Podemos, ou celui des travaillistes britanniques”.

En France, “le terme de gauche a été maltraité, humilié, trahi pendant le dernier quinquennat” insiste Cécile Cukierman, sénatrice PCF dans un interview récent pour l’Humanité. “Si la lutte des classes n’a pas disparu, elle se vit différemment, elle est même parfois niée par ceux qui en sont les premières victimes”. Un propos qui fait échos à celui de Thomas Portes, porte parole du parti communiste en Tarn et Garonne, le quinquennat Hollande, par ses trahisons et ses renoncements, aura passablement abîmé la notion même de gauche”.

La signification même de la gauche semble avoir changé pour la majorité des gens. LudivineBantigny, historienne et maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Rouen
 invitée à Médiapart expliquait que “pour définir la gauche, on doit se débarrasser du terme social-libéral, quelque-chose qui ne veut rien dire”. “Il n’y avait rien de social dans la politique menée par François Hollande, et il n’y aura rien de social dans celle d’Emmanuel Macron”.

Dans ce travail de redéfinition, la notion de rassemblement sera vitale. Comme l’explique Frédéric Sawicki, professeur de science politique à l'université Paris 1-Panthéon Sorbonne, “la gauche a toujours été un composite de croyances d’origines assez différentes”. “Il y a un courant républicain, de défense des libertés publiques, il y a un courant lié aux luttes sociales, il y a aussi un courant libertaire avec la question environnementale. Il est donc difficile de réduire la gauche à un seul axe”.

Durant ces présidentielles et législatives, nombre de gens de gauche ont tenté le rassemblement si nécessaire, à l’exception du mouvement de Jean Luc Mélenchon, France Insoumise. ”Les insoumis ne veulent participer à aucun accord d'appareil” expliquait alors une lettre de FI 82 avant les présidentielles. 

Mais comme l’a démontré Fabien Escalona, universitaire, spécialiste des gauches européennes
 devant les caméras de Médiapart, “il est difficile de se représenter une démocratie participative sans parti”.

Le populisme de gauche, sera un débat incontournable. “Il se compose de deux diagnostics et propositions stratégiques. Un, il y a un problème de mal-représentation, les gens sont mal représentés et on tente de tracer une ligne entre le peuple et les élites qui ont failli. Deux, il y a beaucoup de nouveaux électeurs pour qui les codes traditionnels de la gauche ne veulent plus rien dire, à qui il faut s’adresser de façon plus créative”.

Les partis permettent des débats et réflexions politiques importants. Ceux-ci peuvent disparaître à travers le populisme. Une sorte de populisme de rassemblement, c’est peut être ce qui a fait défaut à la FI alors que la dynamique était bien présente 

La situation en Tarn et Garonne

Bien que cette reconstruction devra nécessairement être pensée au niveau national, un travail local s’imposera sans aucun doute. Si le PCF et la FI n’ont pas réussi à s’entendre à Paris, nombres d’exemples en France montrent que le contexte local peut varier.

Ironie du sort, en Tarn et Garonne nous avons deux députées de “gauche” sortantes, Valérie Rabault (PS) sur la 1ère circonscription, et Sylvia Pinel (PRG) sur la 2ème.

Valérie Rabault, première secrétaire fédérale du PS 82 a prouvé son attachement à la gauche en soutenant jusqu’au bout, et ouvertement, la candidature de Benoît Hamon. Pour ces législatives, elle a gardé ses valeurs face au candidat En Marche Pierre Mardegan. Sur la 2ème circonscription, Sylvia Pinel a, quant à elle, su jouer des accords d’appareils, en soutenant Benoît Hamon et éviter un candidat PS face à elle, puis se revendiquant de “la majorité présidentielle” pour espérer prendre sa place au sein du gouvernement libéral d’Emmanuel Macron.

Si la position de Valérie Rabault permettra sans doute d’inclure le PS 82 dans un projet de reconstruction de la gauche, il en sera beaucoup plus difficile concernant le PRG. Déjà en mai 2016, sur le projet de loi-travail, le PRG affirmait “qu’il est nécessaire de réformer le marché du travail dans notre pays. Il souffre de rigidités et d’une complexité qui sont clairement des freins à son bon fonctionnement et donc à la création d’emploi.” Cette ligne politique aura été celle de Sylvia Pinel, en tant que députée, et même de ministre. Comme le rappelait Ludivine Bantigny, “il n’y a rien de social dans ce projet socio-libéral”.

Encore sur le site du PRG on peut lire: “La politique sociale de la France doit prendre en compte de façon réaliste les contraintes financières liées au contexte économique ou à l’évolution démographique”. Cette façon financière de faire du social doit être écartée, une bonne fois pour toute, de tout projet de rassemblement de gauche. 

Les solutions pour une reconstruction de la gauche

Éliane Assassi, présidente du groupe communiste, républicain et citoyen (CRC) au Sénat expliquait récemment que “l’avenir, c’est le rassemblement pour un projet véritablement transformateur au contenu largement partagé”. “Nouvelle répartition des richesses, promotion des services publics, lutte contre l’évasion fiscale et une transition écologique en rupture avec le productivisme capitaliste”, le contenu ne manque pas.

“Je vois deux étapes majeures à la conquête d’une majorité pour les forces qui le composent: le paradigme et la méthode” explique quant à lui David Cormand, secrétaire national d’EELV. “Il ne sera pas possible de bâtir une majorité culturelle sans se réunir autour d’un constat et d’un langage communs”.

“Cette analyse, c’est évidemment la question écologique: celle de la juste répartition des ressources et des richesses, de la transition, des biens communs. De cette question découlent des réponses à la question sociale et les moyens de l’émancipation de l’individu, en harmonie avec ses semblables et avec la nature.”

Le représentant d’EELV insiste aussi que “le concept de dégagisme” crée le risque que la confrontation des idées, indispensable en démocratie, “dégénère en violence sociale”. “Le faire-ensemble et la capacité à rassembler autour des idées sont de bien meilleures fondations que l’excommunion“.

Yannick Jadot, député EELV au Parlement européen, pense que ce mouvement doit concilier trois dimensions: “l’engagement individuel et collectif, le débat démocratique et un processus délibératif transparent, et enfin, l’ouverture permanente sur les initiatives et les expérimentations”.

Èco-socialisme

Corinne Morel Darleux, secrétaire nationale à l’écosocialisme du Parti de gauche résume la réflexion à l’éco-socialisme. “En alliant justice sociale, écologie, implication populaire et internationalisme, l’écosocialisme est le projet à la fois désirable et possible qui nous permettra de fédérer toutes les bonnes volontés en rupture du capitalisme et du productivisme ”.

Elle prend l’exemple de la gratuité des premiers watts d’électricité et litres d’eau. “Que l’eau qui sert à cuire les pâtes ou à prendre sa douche soit prise en charge par ceux qui arrosent leur 4x4 ou un golf”. Cette évaluation de l’eau en fonction de son usage, vital ou dispensable, permettrai une utilisation “plus mesurée des ressources rares et précieuses”. 

Un chantier idéologique

Pour finir, Thomas Portes, porte parole du parti communiste en Tarn et Garonne, insiste que “la reconstruction d’une gauche passe par le lancement d’un chantier idéologique et programmatique. Beaucoup de choses sont à repenser, à refonder, nous ne manquons ni d’idées, ni de propositions, ni même d’initiatives, capables de transcender les différences. Si la gauche souhaite reprendre le pouvoir elle devra le faire en acceptant ses différences, ses sensibilités et ses héritages”. Et comme l’affirme Maximilien Reynès-Dupleix, secrétaire de section PCF à Castelsarrasin,“croire que changer des noms et re-structurer de nouveaux mouvements seront suffisants est illusoire”.

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