Voter, et ensuite?

Dimanche, jour du Seigneur, de Téléfoot, et des élections. Et l’occasion de se poser encore et toujours la même question: voter, pour quoi faire?

Donner son avis ? Certes, les occasions d’exprimer ce que l’on pense sont assez rares pour que l’on se saisisse des miettes qu’on nous laisse. Mais l’exemple du référendum de 2005 est encore suffisamment présent dans nos mémoires pour que l’on connaisse bien l’infinie distance qui peut séparer le fait d’être entendu de celui d’être écouté.

Changer les choses ? Encore faudrait-il que les élections européennes se prêtent à l’idée d’un quelconque changement, alors même que les pouvoirs du Parlement européen sont limités et que le gratin politique ne se cache pas pour distribuer les places d'honneur avant même le vote...

Honorer ceux-qui-sont-morts-pour-que-nous-ayons-aujourd’hui-le-droit-de-voter ? Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur ce point, et d’ailleurs certains l'ont déjà dit mieux que nous ne saurions le faire. Passons donc à la suite.

Faut-il par conséquent rester à la maison et rejoindre le camp, sans doute majoritaire dimanche, des abstentionnistes ? A dire vrai, tout s’y prêterait et je n’aurais pas la prétention de vouloir convaincre qui que ce soit d’aller voter.

Pourtant, à titre personnel, j’irai voter. Et même pas blanc en plus. Pire, je voterai pour un parti « ni-ni ». « Ni de gauche, ni de droite » - ce qu’habituellement on peut aisément traduire par « ni de gauche, ni de gauche ». Ce parti, c’est le parti animaliste.

Et au fond, pourquoi pas ? Non que je sois convaincu par la pertinence d’un positionnement qui se veut transpartisan, et mono-thématique. Bien au contraire, il me semble s’agir d’une limite fondamentale à l’expansion future du mouvement. Non que le parti ait une quelconque chance d’avoir une ou plusieurs député.e.s, encore moins d’influer en quelque manière que ce soit sur la politique européenne, a fortiori d’y influer dans le bon sens.

Mais une société dans laquelle la question animale est réduite à ce qu’elle est, c’est-à-dire un sujet de clash télégénique prompt à booster l’audimat de n’importe quelle émission alakon, alors qu’elle devrait être traitée avec dignité et respect, et logiquement faire la une chaque jour, une telle société ne mérite que mépris... Et par là, toute action, même symbolique, qui permet de faire entendre une voix différente, de décentrer notre regard, ne peut être que salutaire.

Il faudra ensuite, quel que soit le résultat, reprendre les choses là où nous les avons laissées. Résister. Transformer. Construire. Et cela ne pourra pas, et nous le savons tous et toutes au fond, passer par les urnes. Du moins pas par ces urnes-là.

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