La réforme de l’hôpital de jour, une catastrophe en catimini

Profitant d’une actualité surchargée par la campagne présidentielle, notre ministre de la santé Marisol Touraine, a pu, une fois de plus, aggraver l’état de notre service public en publiant dans la précipitation une réforme détruisant un maillon précieux de l’hôpital public : l’hôpital de jour.

Profitant d’une actualité surchargée par la campagne présidentielle, notre ministre de la santé Marisol Touraine, a pu, une fois de plus, aggraver l’état de notre service public en publiant dans la précipitation une réforme détruisant un maillon précieux de l’hôpital public : l’hôpital de jour.

L’hospitalisation de jour consiste à effectuer en une journée ou en quelques heures divers examens, consultations auprès de professionnels de santé ou autres avis de spécialistes avec retour chez soi sans nuit passée à l’hôpital. De la sorte, on évite des hospitalisations conventionnelles plus longues et parfois délétères (par exemple, pour les personnes âgées désorientées qui perdent leurs repères et aggravent leur état de santé) ou des consultations itératives contraignantes. Il s’agit donc d’un outil indispensable dont le service rendu n’est plus à démontrer et ce, dans de nombreuses situations de santé : maladies chroniques avec un suivi complexe et pluridisciplinaire (diabète, insuffisance cardiaque, rhumatismes inflammatoires…), patients fragiles, difficilement mobilisables et nécessitant une attention particulière (ex : bilan de mémoire, de chutes pour une personne âgée) ou encore soins techniques avec surveillance étroite (perfusions de biothérapies…). Et bien d’autres cas encore. Cette prise en charge ambulatoire nécessite des moyens humains et techniques. Du fait d’un système de tarification  à l’activité, il y a donc un certain coût pour mettre à disposition tous ces moyens et donc des recettes versées à l’hôpital pour cette prestation. De cette manière, l’hospitalisation de jour reste « rentable » dans la mesure où le centre hospitalier peut financer les professionnels impliqués et les moyens techniques mis à disposition. Par ailleurs, ce dispositif d’hospitalisation répond aux aspirations des usagers du système de santé et reste cohérent avec la volonté affichée de ce gouvernement de favoriser le « virage ambulatoire » bien amorcé durant ce quinquennat.

Toutefois, depuis quelques semaines, tout le fonctionnement de l’hospitalisation de jour est remis en cause. Une nouvelle circulaire frontière « Relative aux conditions de facturation d’un groupe homogène de séjour (GHS) pour les prises en charge hospitalières de moins d’une journée et les prises en charge dans une unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) ainsi qu’aux conditions de facturation de la prestation intermédiaire mentionnée » est en cours de publication.

Sans rentrer dans les détails techniques, une nouvelle tarification est apparue le « forfait prestation intermédiaire » qui là où avant était facturée une hospitalisation de jour, permet pour la même prise en charge de diminuer drastiquement la somme allouée à l’hôpital. En clair, pour la même offre de soins, l’hôpital touchera une somme d’argent bien inférieure (environ 4 fois moins). Les conditions pour relever d’une prise en charge dite « hospitalisation de jour » se sont durcies. La perte estimée par la Fédération Hospitalière de France (FHF) est de 500 millions d’euros par an (1). C’est encore une fois sans concertation avec les acteurs hospitaliers que cette réforme se profile. Les professionnels de santé concernés ont eu vent de cette circulaire après sa rédaction. Cette perte sèche, c’est autant d’emplois en moins et cela aboutira à la mort du dispositif, donc du service rendu pour les patients, car celui-ci ne sera plus rentable pour l’hôpital. Ce dernier serait contraint de privilégier des hospitalisations conventionnelles plus onéreuses pour la société et contraignantes pour le patient et d’abandonner certaines activités telle que l’éducation thérapeutique, primordiale pour les maladies chroniques (meilleure compréhension de la maladie, meilleure gestion du traitement et moins d’hospitalisations…).

Ironie, cynisme ou mensonge, c’est au contraire par souci d’assurer correctement le « virage ambulatoire » du système de santé et d’apporter des recettes à l’hôpital que Mme Touraine justifie cette réforme dans un communiqué faisant suite à celui de la FHF(2).

Encore une fois, l’aveuglement, l’incompétence et l’amateurisme de ce gouvernement dans la gestion du service public et plus particulièrement celui de la santé vont entraîner de graves conséquences dont les usagers et les professionnels feront les frais. Malheureusement, la contestation de ce projet mortifère est étouffée par l’actualité politique prégnante de la campagne présidentielle et son passage en force effectué par un ministère qui n’aura pas à rendre des comptes puisque disparu dans quelques semaines.

1.            Risque de disparition des hôpitaux de jour (HDJ) : la FHF intensifie sa mobilisation et demande le retrait d’une réforme absurde dans son principe http://www.fhf.fr/Presse-Communication/Espace-presse/Communiques-de-presse/Risque-de-disparition-des-hopitaux-de-jour-HDJ-la-FHF-intensifie-sa-mobilisation-et-demande-le-retrait-d-une-reforme-absurde-dans-son-principe-et-dangereuse-pour-le-service-public-hospitalier

2.            Hôpitaux de jour : les contrevérités de la FHF - Communiqués de presse - Ministère des Affaires sociales et de la Santé  http://social-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/hopitaux-de-jour-les-contreverites-de-la-fhf

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