La préférence nationale des microbes et autres fadaises

La présidente du Front National et candidate aux prochaines élections présidentielles souhaite supprimer l’Aide Médicale d’Etat. Un projet absurde et dangereux.

La présidente du Front National (FN) et candidate aux prochaines élections présidentielles ne cesse de clamer à longueur d’émission qu’elle Présidente supprimerait l’Aide Médicale d’Etat (AME). Ceci nous montre encore une fois le degré d’amateurisme de ce parti et le danger que représenterait son accession au pouvoir.

Tout d’abord pour être éligible à l’AME, le bénéficiaire doit être sur le territoire français en situation irrégulière, depuis plus de 3 mois de manière ininterrompue et être sous un plafond de ressources, ce qui en creux laisse entendre que l’on peut être salarié en France et en situation irrégulière. Une précarité dont profite un certain de type de patronat peu scrupuleux et rend d’autant plus fragile la situation de ces travailleurs qui par ailleurs payent leurs cotisations au pays. Les travailleurs sans papiers doivent être tous régularisés.

Ensuite, il est stupide d’imaginer que c’est l’AME ou les autres prestations sociales qui attirent les migrants sur notre territoire. D’ailleurs, ils ne viennent  pas en masse contrairement aux dires du FN, le solde migratoire est plutôt stable. Il estimé par l’INSEE à +47.000 personnes en 2016, alors qu’il était de +112.000 en 2006. Ce solde tient compte des arrivées mais aussi des sorties. Et s’il y a des sorties, c’est bien que ce n’est pas un « Eldorado social » que les migrants viennent chercher en France. Qui peut penser une seule seconde qu’avant le départ de leur pays, ces gens comparent le système social le plus offrant  pour choisir leur destination ? Sur catalogue peut-être…le Guide du Routard des Sécu ou Trip Advisor des Assurances Maladies… Bref, tout ça n’est qu’un mensonge qui  masque mal la haine de l’étranger.

Vouloir supprimer l’AME, c’est aussi méconnaitre totalement les problématiques de santé publique. Mais dans ce parti on n’est pas à une méconnaissance près, on les enchaîne plutôt, on les enfile comme des perles sur un collier d’ignorance qu’on exhibe fièrement le sourire niais sur les plateaux TV. C’est grâce à un système de prise en charge et de prévention efficace que l’on traite et prévient les épidémies. Car les microbes n’ont pas de frontières ! Supprimer l’AME et les ressortissants étrangers, déjà précarisés par leur voyage, leurs conditions de vie une fois en France, souvent en promiscuité, seront victimes de graves pathologies infectieuses qui dissémineront : tuberculose, gale, rougeole, choléra… Un sentiment humain devrait nous insurger contre la possibilité de l’absence de traitement pour ces personnes. Si malgré tout ce n’est pas le cas, et bien, la peur des épidémies  pourrait peut-être secouer ces illustrissimes démographes et épidémiologistes du FN et leur redonner la raison.

Et puis, ils nous rebattent aussi les oreilles avec la différence qu’il faudrait faire entre le migrant fuyant un pays en guerre et le migrant  « économique » venant piller l’argent des Français. Cette séparation est complètement artificielle et absurde. Il s’agit dans les deux cas de quitter son pays, arrachement douloureux cela va sans dire, pour espérer une vie meilleure sinon pour soi du moins pour ses enfants. Une aspiration on ne peut plus humaine et universelle. Il ne faudrait pas non plus passer sous silence le fait que les états occidentaux avec la France en tête poursuivent le travail de sape des économies de ces pays avec des traités d’échanges commerciaux iniques et l’appui à certaines dictatures. Ostraciser celui qui quitte sa patrie pour chercher des meilleures conditions de vie c’est mépriser ces gens au nom d’un principe ridicule et profondément inhumain : celui d’être français. Or, être français n’est que le fruit de contingences qui nous dépassent et sur lesquelles nous n’avons pas prise : être nés sur le territoire national, avoir au moins un parent français… Quelle est notre mérite dans cette histoire ? Aucun. Alors pourquoi prendre de haut et ne pas essayer de comprendre les aspirations de ceux qui par un hasard différent sont nés ailleurs ?

Pour conclure, les hérauts du FN s’efforcent, avec trop d’efficacité malheureusement, de vêtir leurs arguments des oripeaux du « bon sens ». Souvenons-nous de ce que Descartes en disait justement du bon sens,  citation souvent tronquée, pourtant  la deuxième partie est la plus intéressante : «  Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont ».

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