Côte d'Ivoire : Guillaume Soro, une ambition présidentielle à l'épreuve du passé

En Côte d'Ivoire, Guillaume Soro, désormais ex-président de l'Assemblée nationale, ne fait plus mystère de ses ambitions présidentielles. Des ambitions qui pourraient être contrecarrées par l'indigence de son programme, ses sulfureuses fréquentations ainsi que son lourd passé de seigneur de guerre.

Objectif présidentielle 2020 : Guillaume Soro, l'ancien président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire – poste dont il a démissionné en février dernier, refusant de rallier le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), la large coalition de partis politiques soutenant l'actuel président de la République, Alassane Ouattara –, ne fait plus mystère de ses ambitions. Pour l'accompagner dans sa longue marche du perchoir à la magistrature suprême, Soro a, au cours des semaines passées, multiplié les coups de comm', prenant publiquement langue avec tout ce qu'Alassane Ouattara compte d'opposants. Une stratégie qui, si elle lui permet de ratisser large, n'a cependant pas pour mérite de clarifier son offre politique.

Un programme aussi vide que ronflant

Depuis qu'il vole de ses propres ailes, Guillaume Soro semble donc prendre un malin plaisir à s'afficher avec d'anciens présidents ivoiriens. Ainsi de Henri Konan Bédié, en poste de 1993 à 1999, qu'il a rencontré dans la ville de Daoukro, le fief de son aîné, en décembre dernier. Une rencontre soigneusement mise en scène, les deux dirigeants partageant cérémonies publiques, bains de foule et même, sous les applaudissements de leurs supporters, quelques pas de danse. Ainsi, également, de l'ancien dictateur de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, qu'il a rencontré à Kinshasa le 5 juin.

Autant de personnages pas toujours fréquentables, dont Soro souhaite sans doute que le charisme rejaillisse sur sa propre personne. En raison d’une absence de programme politique clair et consistant ? La feuille de route publiée le 11 mai dernier par le « comité politique » soutenant la candidature de l'ancien hôte du perchoir ivoirien laisse, en effet, perplexe. Monument d'imprécision, d'approximations et de langue de bois, le document avance, entre autres formules ampoulées, quatre « idées fondamentales nées de l'écoute patiente des Ivoiriens », parmi lesquelles « vaincre le signe indien de l'échec répété de l'instauration d'un Etat de droit authentique en Côte d'Ivoire depuis 1960 » ; « exalter (le pays) dans un contrat social irréfragable » ; instaurer « la méthode du développement endocentré et écologique (et) une culture de l'auto-évaluation parmi nos populations afin de sauvegarder (…) l'environnement de nos vies » ; « bâtir une socioéconomie pragmatique de champions nationaux » ; ou encore « juridiciser (sic) et promouvoir une citoyenneté ivoirienne »... Comprenne qui pourra.

Autant de propositions creuses, pour ne pas dire fantaisistes, qui « nous imposent », poursuit cependant le comité politique de M. Soro, « de surcroît et concomitamment, la réussite du processus actuellement retardé du pardon et de la réconciliation inter-ivoiriens ». « Pas un coin d'humanité que nous ne bêchions et fouillons », s'enflamment en conclusion les auteurs, promettant que « la détermination, la résolution et la clarté (sic) du Devoir qui appellent le Comité Politique n'ont d'égales que la ferveur, la chaleur, la fraternité et la sincérité rencontrées par » Guillaume Soro « partout où il passe dans le pays ». Comité politique qui, « immergé au cœur du Peuple de Côte d'Ivoire en communion avec lui, est résolument en marche vers la construction d'une nation alerte face aux défis qui l'assaillent ». Tout un non-programme.

Un lourd passif

Au-delà de l'indigence actuelle du programme de Guillaume Soro, c'est surtout son propre passé, ou plutôt son passif, qui pourrait bien refaire surface à la faveur de ses sulfureuses fréquentations. Ancien « seigneur de guerre », celui qui a abandonné le treillis pour le costume trois pièces seyant à de plus respectables fonctions aurait ainsi participé, en novembre 2014, à une tentative avortée de putsch contre le président burkinabé Blaise Compaoré, ce dernier jugeant « authentique » une conversation téléphonique entre l'un de ses anciens ministres et un Soro semblant soutenir le projet de renversement du régime. Au début des années 2000 déjà, Guillaume Soro avait avec des militaires ivoiriens mis en coupe réglée le Nord de son pays, se livrant, selon Jeune Afrique, à des « rackets, des pillages et des exactions ».

Un passé violent que sont loin d'avoir oublié les Ivoiriens, comme en témoigne la volonté de « l'association des Victimes de Guillaume Soro » (VGS) de porter plainte contre l'ancien président de l'Assemblée nationale afin d'obtenir réparation pour les préjudices subis lors de la rébellion de 2002 : « Nous sommes des victimes et nous allons porter plainte. Guillaume Soro va devoir répondre dans un face à face devant la justice, un matin. Guillaume Soro était le premier responsable de cette rébellion. Il s’est déclaré comme premier responsable de cette rébellion, il assume l’entièreté des actes qui ont été posés au sein de cette rébellion », a ainsi déclaré le président de VGS Kader Doumbia : « Les casses de la Bceao, tous les massacres qui ont été faits au sein de la rébellion, cela fait partie aussi de son CV ». Autant de casseroles dont aura du mal à se défaire celui qui, par le biais de son comité politique, prétend incarner « la victoire de la justice et le triomphe de l'espérance ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.