La Marche pacifique des catholiques réprimée dans la violence en RDC

Les mouvements de protestation pluriconessionnels contre le maintien au pouvoir du président hors mandat Jospeh Kabila se multiplient malgré la répression armée du régime. L’opposition, emmenée par Moïse Katumbi, met la pression sur les instances internationales pour une action rapide.

Une grande marche état organisée le 25 février à Kishassa, en République démocratique du Congo (RDC) à l’appel du Comité Laïc de Coordination – un collectif d'intellectuels proche de l'Église – et avec le soutien de l’épiscopat congolais. Cette manifestation pacifique – la troisième en trois mois, visait à dénoncer le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila plus d’un an après la fin officielle de son mandat – et en dépit de son engagement à organiser des élections au cours de l’année 2017. But affiché de ce rassemblement? « Barrer la route à la présente dictature », et forcer le gouvernement à organiser « des élections libres, transparentes et apaisées », d’après ses organisateurs.

Un front religieux uni pour défendre la démocratie

Ce n’est pas la première fois que les catholiques s’engagent contre le clan Kabila: les deux camps échangent depuis plusieurs mois des attaques mouchetées, alors que le président illégitime se maintient au pouvoir.

Les présidentielles, initialement prévues fin 2017, ont été reportées au 23 décembre 2018 par le régime qui explique que la situation – à la fois économique et sécuritaire – du pays ne le permettent pas avant. Un comble, quand on sait que la mauvaise situation sécuritaire serait en grande partie orchestrée par le pouvoir. “C’est une réalité” a asséné Moïse Katumbi au micro d’un journaliste de France 24 en septembre dernier. “Au Kasaï, il n’y a jamais eu de miliciens, c’est quelque chose qui a été organisé par le président Kabila et son gouvernement pour retarder les élections”.

France 24 © France 24

Acculé, sous la pression locale et internationale, Kabila a fini par interdire les marches catholiques – comme toutes celles qui les ont précédées. Malgré cette interdiction, les Congolais sont tout de même descendus dans les rues ce dimanche. Et une nouvelle fois, la contestation a été réprimée par les forces de l'ordre, qui ont tiré à balles réelles sur la foule. Deux personnes ont perdu la vie.

Ces violences sont un sombre rappel de celles subies le 21 janvier et le 31 décembre – où il y avait déjà eu 7 morts et 33 blessés – ainsi que les journées sanglantes de septembre 2016. Un blackout total a été imposé dans le pays, comme précédemment, ce qu’a vivement dénoncé l’ONG Reporters Sans Frontières. Mais les manifestants ont une fois encore été pris pour cible, et pour cause : cette répression avait pour but de désunir un front religieux solide, et chose rare, interconfessionnel. Les Musulmans de RDC ont en effet, pour la première fois, participé à une mobilisation politique contre le régime Kabila. Dans le même temps, plusieurs acteurs internationaux ont renouvelé leur soutien aux manifestants et les appels à une transition pacifique (comme le Canada, ou l’épiscopat, malgache, burkinabé et nigérien).

L'opposition solidaire

L’opposition politique congolaise avait également apporté son soutien à la mobilisation. Ainsi, Moise Katumbi, vu comme l’alternative la plus crédible à Kabila, n’a pas tardé à afficher son soutien aux manifestants dans un communiqué où il disait se tenir aux côtés de « tous ceux et celles qui en République Démocratique du Congo et à travers le monde respectent cette journée de jeûne et de prière que Sa Sainteté́ le Pape François a prescrite pour la paix en République Démocratique du Congo ». Ce dernier s’est joint à eux pour « réclamer la première alternance démocratique » et « l’application intégrale et non sélective de l’Accord de la Saint Sylvestre » - passé entre le gouvernement et l’opposition sous l’égide de l’église.

Moise Katumbi, ex-gouverneur du Katanga, candidat attendu aux prochaines présidentielles est le « seul homme dont Kabila a peur dans le pays ». Aussi, il a fait l’objet de poursuites par l’état congolais dans une obscure affaire immobilière. Il a peu après été blanchi par une enquête de l'église catholique qui avait assuré que le procès de ce dernier était une « mascarade politique » - et ce avant que les évêques congolais ne commencent à dénoncer les abus du régime. Celui-ci demande à pouvoir rentrer au pays sans être inquiété ainsi que « la mise en œuvre de toutes les mesures de décrispation, pour la liberté́ d’expression et de manifestation, pour la tenue d’élections crédibles, inclusives et transparentes ».

Désinformation et violence du clan Kabila

De plus en plus isolé, le clan Kabila n’hésite pas à recourir à des manœuvres de désinformation afin de justifier sa politique répressive contre toute opposition. Ainsi, après l’échec des poursuites lancées contre son rival, Kabila a prétendu plusieurs fois – et sans avancer de preuves – que Moïse Katumbi projetait un coup d'état. Une accusation rapidement éventée par l’opposition et les médias.

Autre “rumeur” que d’aucuns attribuent au gouvernement, la prétendue opposition des Musulmans à la mobilisation catholique ce dimanche. Encore une fois, une désinformation des plus complètes. Cheikh Ali Mwinyi Mkuu, le représentant légal de la Communauté Islamique au Congo est ainsi monté au créneau pour réaffirmer son soutien à la marche et dénoncer les tentatives « machiavéliques et mensongères » du pouvoir qui se prévaut « à tort » d’avoir l’aval de la communauté musulmane à des « fins politiciennes ». « Les musulmans n’ont pas projeté de faire une contre-marche le 25 février pour s’opposer à celle des laïcs catholiques. C’est faux ! » a-t-il dénoncé.

Moussa Tsivala, le coordonnateur national de la jeunesse islamique en RDC, a quant à lui, « enjoint les autorités publiques à respecter leurs engagements pris dans le cadre de l’accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016. » Du côté de la communauté internationale, il est toutefois triste de constater un manque de fermeté et surtout une prise de conscience trop lente du sérieux des violations de l’état de droit en RDC. Certains pays condamnent mollement un régime de plus en plus dictatorial, et pendant ce temps-là, le pays se meurt peu à peu.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.