L'EHESS Marseille - Dans l'ombre de son nom

Un master, "Études Comparatives en Anthropologie, Histoire et Sociologie", une école, l’École des Hautes Études en Sociologie, une ville, Marseille. Encouragée par d'autres élèves, je dénonce une "grande école" et son système corrompu. J'espère humblement que partager mon histoire pourra empêcher qu'elle ne se répète.

Il m’aura fallu environs six mois pour passer à autre chose et laisser définitivement derrière moi cette mauvaise blague que fut mon master à l’EHESS Marseille. Une année entière pour définitivement abandonner mon projet de thèse. Plus d’un an pour réussir à m’asseoir et démarrer l’écriture de ce texte qui vise à exposer les faits tels qu’ils sont et raconter mon expérience d’étude dans une institution qui n’est que la piètre ombre de son nom. Et enfin, plus de deux ans pour finir l'écriture de ce dernier et me décider à enfin le partager.

C'est le confinement et la réflexion qu'il m'a permis, mais également le fait d'avoir croisé quelques anciennes et anciens élèves de l'école ces quelques derniers mois (que je n'avais pas vu depuis la fin de mon master) qui m'ont poussé à partager mon expérience, et à récolter quelques témoignages. La conversation passant inévitablement par l'EHESS et nos différents parcours, j'ai toujours répondu « ça c'est très mal fini pour moi » et ai quasiment systématiquement reçu comme réponse « ah toi aussi ? ».

L'EHESS Marseille ? Une mauvaise blague pour beaucoup d'entre nous, « une machine à broyer ses étudiants » selon les mots d'une ancienne camarade.

C'est pourquoi je souhaite partager les étapes qui m'ont mené à une sorte de dépression post-master, et qui m'ont poussé à chercher une aide de la part de mon école et de ses membres, aide qui ne sera jamais venue. Et à travers elles je souhaite bien sûr dénoncer le fonctionnement d'une école qui vit renfermée sur elle même, et qui n'a malheureusement que trop souvent peu voir aucun intérêt pour ses élèves.

I - Master 1 : la tentative de participation au MIFI

Je serai brève sur ce sujet qui n’est qu’un petit exemple parmi tant d’autres de l’incompétence générale qui règne à l’EHESS Marseille.

Lors de ma première année de Master, un fascicule fut distribué aux élèves, y était présenté les différents séminaires et programmes d’échanges proposés par l’école. Parmi ces derniers : le MIFI (Master International Franco-Italien). Ce programme permettait à priori de partir étudier un semestre à Rome ; à la faculté de la Sapienza, pour se voir récompenser d’un double Master EHESS/Sapienza. J’ai passé l’année à tenter de participer à ce programme, on m’envoyait à droite puis à gauche, le programme existait puis n’existait en fait plus. Il manquait des signatures, « l’Italie met du temps à répondre » me disait-on (quand je suis arrivée à la Sapienza c'était le discours inverse, l'EHESS Marseille ne répondait que très peu, et surtout très lentement). Je n’ai pas pu y participer en M1. L’année suivante, le programme fut finalement remis sur pieds et nous était à nouveau proposé lors de la rentrée de M2. Je prévoyais donc mon départ, mais pour l’année suivante (car mon terrain d’étude anthropologique était déjà prévu pour cette année-là). Ainsi, j'ai pris la décision de passer mon Master 2 en deux années plutôt qu’une. Pour pouvoir profiter de ce diplôme italien et partir sur le terrain plus longtemps que la plupart des élèves de mon école. L’incompétence et la mauvaise organisation de l'école m'ont donc fait passer trois années à l’EHESS plutôt que deux. Ce fut ma décision et je ne la regrette pas, je souhaite juste souligner cette étrange manière de fonctionner de l’école ; faire miroiter un programme aux élèves qui n'est en fait pas faisable, et accuser l'institution partenaire d'incompétence. Mais la ridicule gestion de ce programme ne faisait que commencer.

II - Master 2 : terrain anthropologique au Mexique et nouvelle directrice de mémoire

Lors de mon terrain de quatre mois au Mexique j'ai passé un seul skype avec ma codirectrice, de mémoire à ma demande, pour pouvoir exposer mes recherches et avancées. A part ce rapide contact j’étais seule et n’avais aucun retour sur mon travail. Je n’avais à l’époque pas de directeur ou directrice principale de recherche. A mon retour, en août 2017, on m'a demandé de trouver une nouvelle directrice pour mon mémoire (ceux que j'avais en M1 n'étaient en fait pas compétents à me suivre vu mon sujet). Me voilà donc en master, tapant aux portes des enseignant.e.s pour savoir qui voudrait bien de moi et sans aucune aide de la part de l'école. Je me souviens être allée voir plusieurs enseignant.e.s, leur ventant les mérites de mon sujet et tentant désespéramment de trouver un lien avec leurs travaux de recherche. Je finis par trouver quelqu'une qui acceptait de me prendre sous sa direction. Je l'ai rencontré rapidement pour parler de l’année qui allait suivre et de l’écriture de mon mémoire. Celle-ci me prévint dès notre première rencontre qu’elle ne se sentait pas tout à fait compétente pour me suivre dans cette recherche « mais bon, faute de trouver mieux »... Précisons ici que des chercheurs et chercheuses de l'EHESS Paris auraient été tout à fait compétent.e.s pour me suivre en master, mais l'EHESS Marseille s'entête à rester coupée du reste de la France, (peut être pour pouvoir continuer ses petites affaires sans que personne n'y vienne vérifier quoi que ce soit ?). Ainsi on m'a dit qu'il fallait que je trouve quelqu'un.e à Marseille, surtout ne pas étendre son réseau jusqu'à Paris, nous sommes une antenne alors restons cela et pas plus, quitte à se retrouver avec des directrices de mémoire incompétentes dans son domaine de recherche. Me voilà donc à la rentrée de ma deuxième année de Master 2 avec une nouvelle directrice de mémoire qui n’avait rien suivi de l’année de travail qui avait précédée et qui ne se sentait « pas vraiment compétente », et une codirectrice avec qui j’avais jusque-là échangé un skype et peut être un rendez-vous avant mon départ au Mexique.

III - Départ à Rome

Mon départ pour Rome était prévu pour fin septembre, après mon terrain anthropologique. Je devais choisir les cours que j’allais suivre là-bas et les faire valider par l’école côté France. Le contrat de l'EHESS Marseille de la deuxième année de master stipule qu'il faut valider cinq séminaires et écrire son mémoire. Ayant validé deux séminaires avant mon départ au Mexique (en première année de M2), il ne m’en restait plus que trois, je demandais alors à la directrice du master si je pouvais en valider deux en Italie, pour qu’il ne m’en reste plus qu’un à mon retour à Marseille (avec en parallèle l’écriture d’un mémoire de plus de 100 pages à réaliser). Elle me répondit qu’il n’y avait aucun soucis, je lui ai apporté mon choix de cours italien et elle le valida.

Me voilà donc partie pour Rome. J'avais trouvé avant le départ une famille d’accueil pour pouvoir travailler comme fille au pair tout en suivant mes cours à la faculté. Le jour de la rentrée, j’avais rendez-vous avec le responsable du MIFI côté italien. Une fois dans son bureau, j'ai sorti mon fameux petit document et lui ai montré mon choix de cours. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque celui-ci me dit « très bien, quoi d’autre ? Un peu plus d’Histoire ? ». Je lui ai répondu que l'EHESS Marseille avait validé ces deux cours, que j'avais déjà validé deux séminaires, en bref je rapportais ma conversation avec la directrice du Master de l'époque. Mais, « non voyons, nos élèves italien.ne.s doivent valider cinq séminaires quand ils viennent à Marseille, c'est pareil pour vous ici ». Et voilà que je passais donc de deux cours à suivre de 6 crédits chacun et de deux examens, à devoir valider 30 crédits et passer quatre examens. En italien. En un semestre. Avec un travail à côté pour me permettre de loger à Rome. J'étais donc déjà sur place, dans un autre pays que le mien, engagée dans une famille d’accueil pour un travail, sans appartement à Marseille, les cours là-bas avaient commencés, et j'avais soudainement une charge de travail qui doublait. C'est grâce au soutien financier de mes parents que j'ai pu le faire, j'ai du quitter la famille d’accueil en catastrophe (en pleure), trouver un autre logement, loin du centre pour pouvoir me l'offrir, en colocation, et bosser matin midi et soir sur mes cours italiens et mon mémoire en parallèle. Je me suis appliquée à la tâche sans me plaindre.

Je souhaite également mentionner que pour l'une des matières que je devais valider, le professeur de Rome me donna deux livres à lire, qui n'avait rien à voir avec mon travail de recherche, ma codirectrice, lorsque je lui mentionnais ces livres, me dit « oh ben non c'est dommage, demandez lui de lire deux autres livres, toujours d'histoire contemporaine mais plus en rapport avec votre travail ». Ce que je fis, et qui fut extrêmement mal reçu par Monsieur qui me dit que j'en demandais beaucoup trop. J'avais pourtant simplement rapporté les paroles de ma codirectrice qui me laissa bien sûr me dépatouiller seule de cette situation gênante, et je devais aussitôt présenter des excuses à cet enseignant...

Après quelques mois d'études intense, défi réussi, voilà que je validais haut la main tous mes examens : un 16 et trois 20.

J'avais déjà fais une année Erasmus à Rome en dernière année de licence, et à mon retour en France toutes mes notes avaient été baissées « pas le même niveau » m'avait-on dit, la France notant de manière plus sévère on ne pouvait pas laisser de si jolies notes apparaître sur mes bulletins. Je m'attendais donc au même traitement pour le master. Ainsi, j'ai pris soin, avant mon départ en Italie, de vérifier au prés de la secrétaire de l'EHESS Marseille si mes notes seraient baissées, puis j'ai vérifié une fois réception faite de mes notes, et enfin j'ai vérifié une nouvelle fois avant la fin de l'année. La réponse fut la même à chaque fois « ne vous inquiétez pas vos notes seront inchangées. Vos 20 restent des 20 ». Je reviendrai sur ce point un peu plus tard.

IV - Retour en France, rédaction du mémoire.

Cela n'étonnera personne de savoir que j'ai reçu extrêmement peu de retour de la part de ma codirectrice pendant l'écriture de mon mémoire, c'était le cas pour la plupart des élèves de l'école. Elle ne répondait tout simplement pas à mes mails. Une fois si, elle a répondu, elle avait vu sur ma page de garde son nom assigné à la codirectrice, et non à la directrice. Cela ne lui a pas plu, j'ai donc eu droit à une réponse, me signifiant qu'il n'existait rien de telle qu'une codirectrice, et qu'elle voulait être directrice elle aussi, comme sa collègue... J'ai voulu faire les choses dans les règles, et je l'avoue j'étais quand même choquée par sa demande, d'autant plus qu'elle ne répondait pas à mes questions pédagogiques et n'envoyait aucun retour sur mon travail... Je n'avais donc aucune mais alors aucune envie de lui accorder ce petit plaisir. Ainsi, j'ai contacté la secrétaire de l'école qui m'a confirmé que bien sûr qu'il y avait une codirectrice, que c'était toujours comme ça et pour tout le monde. Elle me précisa également que oui l'une était bien inscrite comme directrice et l'autre comme codirectrice dans mon dossier. J'envoyais un copier coller à Madame la concernée et ne reçus aucune réponse. Ce jour là, ma mère qui connaît un peu le monde de la recherche, me mit en garde « tu ne devrais pas la contrarier ». Raté.

Cette personne est également l'enseignante d'anglais du master. Et nous avions la possibilité de passer un petit « bonus d'anglais » qui rajoute des points et améliore la moyenne générale. En rentrant d'Italie, en hiver 2018, j'ai demandé à passer le bonus d'anglais. Elle m'a répondu que ce n'était pas possible car j'avais été trop absente. Mais j'étais en Italie, je participais au programme proposé par l'école, j'étais donc en cours. De plus j'avais assisté à tous les cours d'anglais en Master 1. Ses réponses tardaient toujours et elle a fini par me dire que c'était trop tard. J'ai proposé de faire « ce que vous voulez : un oral, un écrit, animer un cours... », mais non, « trop tard ». Alors il est fort intéressant de savoir que l'année précédente, une camarade de master s'était retrouvée bien embêtée à l'annonce de sa moyenne générale en Juin, il lui manquait très peu pour atteindre le 16 nécessaire pour pouvoir demander la bourse de thèse. Et cette même enseignante cette fois ci, n'a pas jugé que Juin était un mois trop tardif dans l'année (alors que Janvier l'été pour moi à priori). Elle n'était pas en France à ce moment, mais elle lui a proposé de faire un oral par skype, l'étudiante à parlé « une quinzaine de minutes en anglais de son mémoire » et s'est vu octroyer le fameux bonus. Mais moi, qui demandais des mois et des mois avant la fin de l'année ? « Trop tard ». Je précise que je visais également le 16 de moyenne générale pour accéder à cette bourse de thèse et qu'elle le savait pertinemment.

Quant à ma directrice de mémoire, elle m'a beaucoup aidé pour la première partie de mon mémoire, la première moitié pour être précise. Nous nous sommes vues à deux ou trois reprises dans l'année, elle m'a corrigé et conseillé sur quelques points à modifier. Pour ce qui est de la seconde moitié du mémoire je n'ai eu aucun retour. Absolument aucun, ni de l'une ni de l'autre donc. Ni sur mes deux derniers chapitres ni sur ma conclusion. Elles savaient toutes deux que je souhaitais continuer mes études et postuler à la bourse de thèse. Je le reprécisais dans mes mails les derniers mois pour espérer avoir un retour. Ma directrice me répondit un jour de ne pas m'en faire, que si elles ne répondaient pas c'est que le travail était bon. Très bien je ne m'en faisais donc pas trop pour mon 16 de moyenne. Parallèlement je cherchais une potentielle future directrice de thèse. Et rédigeait mon projet. Un peu comme pour le master je devais trouver quelqu'un.e à Marseille et pas à Paris, je finis par trouver une chercheuse qui accepta un peu par défaut, elle aussi « pas vraiment compétente sur ce sujet ». J'ai un jour passé quatre heures dans son bureau, à travailler sur mon projet de thèse, je suis sortie fatiguée mais très contente, nous avions bien travaillées et si elle m'avait accordé 4 heures de son temps, après tout elle devait quand même être intéressée par mon projet.

J'étais donc confiante, entre mes excellentes notes italiennes, mes bonnes notes françaises, mon projet de thèse qui avait de la gueule et mon mémoire qui s’annonçait prometteur, je ne m'en faisais pas trop.

Le jour de ma soutenance approchait.

V – La soutenance.

La veille de ma soutenance, de la présentation de mes deux dernières années de recherche et de travail, j'envoyais un mail aux trois personnes qui allaient être présentes : ma directrice de mémoire, ma codirectrice, et ma future directrice de thèse. Dans ce mail je demandais si l'une d'entre elles pouvait venir avec un ordinateur portable au grand cas où le mien aurait un problème. L'une ne répondit pas, l'autre me dit pas de soucis, qu'elle viendrait avec le sien, et la troisième, ha ! La troisième me répondit que vu les points faibles de mon travail, si Madame était moi, elle ne présenterait pas de power point et se concentrerait à prouver la pertinence de mon mémoire. Donc... pas de réponse depuis des mois, et me voilà la veille de ma soutenance avec un mail qui sous-entend que mon travail n'est pas si bon et que le power point que j'ai préparé, et avec lui toute ma présentation, n'est pas une si bonne idée. Je suis donc passée de confiante et sûre de moi à complètement déstabilisée, plus sûre de rien, tremblante de peur de me présenter à cet oral. J'ai passée un nuit presque blanche à tourner en rond, à me demander ce qu'elle voulait bien dire par là, quels étaient les défauts de mon travail, fallait-il ou non que je présente mon oral comme je l'avais préparé ?

Je suis arrivée le lendemain, épuisée, stressée comme jamais, avec ma présentation soudainement incertaine et des jambes flageolantes. Ma directrice et potentielle future directrice étaient toutes deux présentes, à l'heure. En installant l'ordinateur je leur ai demandé si cela leur convenait que je présente un power point. L'une d'elle me demanda si je l'avais bien préparé je dis que oui, bien sur, mais que Madame la codirectrice m'avait fortement déstabilisé la veille et je leur fis part de sa remarque. Elles semblèrent étonnées, l'une haussa les sourcils et toutes deux me dirent qu'il fallait que je fasse ce que j'avais préparé. Ma codirectrice arriva avec une dizaine de minutes de retard.

Puis je fis ma présentation. Celle-ci devait être courte il était écrit clairement qu'elle ne devait pas dépasser 10 minutes. Ma présentation dura 10 minutes. À la fin chacune devait parler à tour de rôle, et c'est ma directrice qui commença. Sa première remarque fut qu'elle avait trouvé ma présentation un peu courte, quand même je n'avais fais que 10 minutes alors qu'il en fallait 20... Panique à bord je répondis que non non il fallait faire 10 minutes pas 20, les deux autres confirmèrent « ah bon ok ça va alors ». Ce qui veut quand même dire qu'elle avait écouté toute ma présentation de manière biaisée, en pensant sûrement que j'allais trop vite, ne précisais pas assez, que j'avais un peu bâclé ma présentation. Comment est-il possible qu'à un tel niveau d'étude, au sein d'une école renommée, une directrice de mémoire se pointe à une soutenance sans même savoir de combien de temps doit être cette dernière ? Je ne m'étalerai pas sur les remarques des unes et des autres, je précise juste qu'il semblait que la seule personne qui ai réellement préparé ses questions étaient ma future directrice de thèse. Elle me sermonna sur l'écriture inclusive de mon mémoire et précisa qu'il était « bourré de fautes » ce à quoi les deux autres hochèrent la tête, sans l'avoir pourtant jamais mentionné auparavant. Elle dit aussi qu'elle trouvait mon travail un peu court. Ce à quoi les deux autres hochèrent à nouveau la tête. Pourtant, avant d'envoyer la version finale de mon mémoire, j'avais demandé si la longueur convenait, il fallait que le mémoire fasse 100 pages sans compter la bibliographie, mon mémoire faisait 100 pages sans compter la bibliographie. Ma codirectrice n'avait alors rien répondu (sans surprise) et ma directrice me répondit « c'est parfait » et le jour de l'oral c'était finalement trop court. Je me tus.

Ma codirectrice me demanda pourquoi je n'avais pas lu tel auteur ou telle autrice, qu'il aurait été fort intéressant de les inclure à ma recherche. Ce qui me rendit tout à fait perplexe, après des mois sans nouvelles, où dans l'un de mes mails je précisais avoir du mal à trouver des ouvrages pertinents voilà que soudainement le jour de ma soutenance on me donnait enfin des noms... Aberrant. Elle signala également à un moment de ma soutenance « on vous a beaucoup aidé en plus hein ». A nouveau, je me tus.

Je sortis ensuite de la salle pour les laisser délibérer. À mon retour je reçus la note de 15/20. Pas 16 qui était la note que je visais pour ma bourse de thèse, pas le 16 dont j'avais tant besoin et dont mon futur dépendait, non, un petit point de moins, 15. Attention je ne dis absolument pas que ce point de plus aurait du m'être donné, si mon travail méritait 15 et non 16 je l'accepte tout à fait. Ce que je ne comprends pas c'est comment ma directrice de mémoire, (je ne parle même pas de l'autre enseignante, à ce point j'avais compris qu'elle ne voulait pas me voir réussir), censée me soutenir et m'aider dans mon travail ai pu me dire « ne vous en faites pas on ne répond pas parce que le travail est bon » si elle ne pensait pas me mettre la note que je visais. Pourquoi ne pas m'avoir donné une ou deux pistes de plus pendant tout ces mois de rédaction pour m'aider à transformer mon 15 en 16 ? Pourquoi n'avoir fait aucun retour sur la moitié de mon travail ? D'autant plus que je sais pertinemment que ce n'est pas l'oral qui a joué en ma défaveur car il était d'après l'une d'elle « excellent ».

Mais les choses ne s'arrêtent pas là. Elles me firent la proposition de travailler pendant un mois de plus, pendant mon mois d'été, pour améliorer mon mémoire à partir de leurs remarques et pour pouvoir me permettre d'atteindre le 16. Très bien j'acceptais.

VI - L'après soutenance et la fin du master

Je suis rentrée chez moi dépitée, je pensais être en vacances, faire la fête, célébrer ma bonne note et je devais finalement rentrer et retravailler mon mémoire. Je me suis accordée un jour de repos et ai repris le travail. Je fus bien surprise de voir que parmi les deux copies de mémoires qui m'avaient été rendues (ma codirectrice n'avait évidemment pas souhaité me rendre sa copie), celle de ma directrice de mémoire n'était pas la version la plus à jour et qu'en plus il n'y avait aucune note à l’intérieur, absolument aucune, seules quelques questions griffonnées au crayon sur la couverture, comme si le travail avait été fait pendant le trajet le matin même de ma soutenance. En parallèle j'envoyais ce troisième fameux mail à la secrétaire de l'école pour vérifier ma moyenne générale et que mes notes d'Italie resteraient inchangées. Pas de soucis, même avec mon 15 pour le mémoire j'avais une moyenne générale qui dépassait légèrement le 16. J'aurais donc pu m’arrêter là mais je souhaitais faire bonne impression, et également pour moi-même perfectionner mon travail. Je commençais donc la correction de mon mémoire. Et c'est une discussion avec une amie au téléphone, un soir, qui me fit douter, « ils n'ont pas l'air très réglo à ton école tu devrais vérifier qu'elles vont bien te changer la note ». Um. J'envoyais donc un mail aux trois membres du jury de ma soutenance leur précisant que j'avais bien démarré la réécriture et vérifiant que j'aurai bien la possibilité d'atteindre le 16/20. Ma directrice de mémoire ne répondit pas. Ma codirectrice de mémoire ne répondit pas. Ma future directrice de thèse répondit qu'elle était désolée mais que, finalement, ma note avait été donné au secrétariat, que le 15 était inscrit et que donc on ne pouvait plus changer la note.

Dans les 10, 15 minutes qui suivirent je reçus un mail de la secrétaire de l'école. Finalement toutes mes notes italiennes seraient revu à la baisse. Et ma moyenne générale passa ainsi de 16 et quelques à 15 et quelques. Donc plus de bourse, plus de thèse, plus de poursuite d'études, plus de recherche. J'ai directement renvoyé un mail à ma future directrice de thèse lui expliquant la situation, que j'étais très déçue que ces deux années de travail se terminent ainsi, que j'avais énormément travaillé, que je me retrouvais à quelques centièmes de point à peine du 16 (je la remerciais au passage de m'avoir répondu puisqu'elle était la seule à l'avoir fait). Elle me dit « tout le monde travaille beaucoup » comme si il faudrait avoir honte d'avoir beaucoup travaillé sur quelque chose, et qu'en disant cela j'insinuais que les autres ne travaillaient pas. Puis que si j'avais eu deux années pour faire ce travail j'aurais pu faire « quelque chose de plus long » même si on m'avait dit que c'était parfait comme ça.

Je ne répondis rien tant j'étais abasourdie.

Et je ne reçu plus jamais, je dis bien jamais, de mail ni de l'une, ni de l'autre, ni de l'autre.

Ma directrice de mémoire, qui était proche de la retraite et ne pouvait donc me suivre pour la thèse ne se demanda jamais si j'avais besoin d'aide pour trouver quelqu'un.e qui voudrait bien le faire, ma codirectrice n'était pas habilitée à le faire, et je crois n'avait cure de savoir ce que j'allais devenir. Et ma future directrice de thèse, celle qui m'avait demandé dans son bureau un jour « et vous faites quoi si vous n'avez pas la bourse ? » et à laquelle j'avais répondu « aucune idée, j'ai tellement envie de faire cette thèse, et je ne pourrai pas la faire sans bourse », celle qui aurait pu me proposer de chercher une autre bourse, m'encourager, ne m'écrivit plus jamais.

Et à partir de là on me laissa seule, je ne reçu aucun, absolument aucun soutien de mon école, aucune aide ou conseil de qui que ce soit. Voila comment l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Marseille broya mon rêve de faire de la recherche.

VII – L'année post-master. Conclusion.

J'ai ensuite passé une année à m'acharner avec mon projet de thèse, à chercher de nouvelles bourses, nouvelles directrices ou directeurs de thèses, en France à l'étranger, partout où je pouvais. Seule. J'étais totalement seule. Je reçu de nombreuses réponses de l'étranger, Italie, Nouvelle Zélande, Mexique, de chercheurs et chercheuses intéressé.e.s par mon projet et qui voulaient bien me suivre, mais soit le montant des bourses était trop faible, soit elles étaient ponctuelles, ce qui ne m’intéressait pas, soit il fallait comme en Nouvelle Zélande par exemple, d'abord payer des frais d'inscriptions assez élevés, puis tenter d'avoir une bourse, ce que je ne pouvais pas me permettre. En France je reçus également quelques réponses encourageantes, une enseignante à Rennes me répondit que mon projet était très intéressant mais qu'elle avait déjà sept étudiant.e.s sur liste d'attente. Je lui ai demandé si c'était une liste pour l'année à venir ou la suivante et ne reçus aucune réponse.

Un autre espoir vint du côté de la MMSH, une chercheuse me répondit que mon projet collait tout à fait avec le laboratoire, qu'une équipe de Tunisie était à ce moment là sur place, elle me demanda si je pouvais venir les rencontrer. Je répondis très rapidement que oui bien sûr c'était parfait, génial, j'étais très enthousiaste. Puis plus de réponse. Et comme avec les autres, j'envoyais quelques mails pour tenter d'avoir un retour, mais plus rien.

Il est extrêmement difficile pour les personnes qui souhaitent poursuivre leurs études dans la recherche et démarrer une thèse, en sciences sociales en tout cas, de trouver un ou une chercheuse qui acceptera de vous suivre si vous parlez en votre nom propre, sans aucun soutien dernière ni d'un.e enseignant.e, ni de votre école. J'étais seule et je passais mon année à courir derrière quelques réponses de mails envoyés par des gens qui ne donnaient ensuite plus de nouvelle.

J'ai finalement décidé après une année que je ne ferai pas de recherche, j'avais quelques projets en parallèle et nombreux d'entre eux se sont développés pendant ces années à me chercher et à me remettre de mon passage à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Comme je le disais au début de ce texte, pendant la période qui a suivi la fin de mon mémoire j'ai croisé en tout quatre ancien.ne.s étudiant.e.s de l'école et ai discuté avec d'autres sur les réseaux sociaux. Les quatre rencontres ont mené à la même conclusion ; l'EHESS Marseille, une mauvaise blague pour nous, énormément de jeunes ne sont même pas allé.e.s jusqu'à la fin du master et ont lâché en cours de route faute de soutien de la part des enseignant.e.s. Bien sûr, certaines personnes que j'ai contacté n'avaient pas de critiques particulières à faire, et je suis certaine que bon nombre d'élèves ont même apprécié leur passage à l'EHESS, mais les beaux récits n’enlèveront rien à l'injustice du mien. Certain.e.s diront que le monde de la recherche est comme ça, qu'il n'y a rien de particulier à mon expérience, mais sous prétexte que « c'est comme ça » ne peut on se permettre de critiquer un tel système et espérer le voir s'améliorer ?

L'EHESS Marseille ne pousse pas ses élèves à faire de la recherche, à poursuivre leurs études. Les magouilles régissent malheureusement souvent les grandes écoles et le piston de l'un.e ou de l'autre vous feront passer derrière, et vous verrez les portes se claquer violemment. Pour avoir discuté avec quelques chercheuses connaissant l'EHESS de Marseille, et que j'estime beaucoup, le système de cette école semble corrompu et qui plus est, cela semble être de notoriété générale.

Je sors de toute cette histoire avec la sensation que certaines personnes ne voulaient pas me voir en thèse et qu'elles ont réussi, par la baisse soudaines de mes notes italiennes, le fait que l'on m’aie refusé le droit de passer le bonus d'anglais, que l'on m’aie donné une note à peine en dessous de ce qu'il me fallait, que l'on m'aie fait miroiter un changement de note pour finalement aller en douce donner mon 15/20 au secrétariat, que l'on ne m’aie que très peu répondu voir pas répondu, et enfin que l'on ai plus jamais cherché à prendre de mes nouvelles.

J'ai mis deux années entières à me retrouver, et à pouvoir mettre un pied à la vieille charité, c'est tout le quartier de l'école que j'évitais de peur d'y croiser un.e enseignant.e. Il aura fallu plus de deux ans pour que j'arrive aussi à récupérer mon diplôme italien parce que l'école ne savait pas comment faire... Personne n'était capable de m'indiquer la démarche à suivre. Il a fallu que j'envoie une dizaine de mails depuis la fin de mes études pour pouvoir enfin y avoir droit.

J'avoue avoir écrit ce texte principalement pour moi, pour me sentir mieux et pour dénoncer l’école et peut être plus largement le monde de la recherche. Est-ce cela l'élite intellectuelle de la France? Mais je l'ai aussi fait parce que j'ai croisé plusieurs personnes, élèves ET enseignant.e.s qui m'ont encouragé à le faire. Et bien sûr, parce que j'espère que partager mon histoire pourra empêcher qu'elle ne se répète.

VIII – Autres témoignages d'ancien.ne.s élèves de l'EHESS Marseille

Je laisse ici quelques extraits de témoignages envoyés par d'ancien.ne.s élèves de l'EHESS Marseille :

  • « Cette école m’a fait perdre confiance en moi. Ma directrice de mémoire a eu plusieurs propos du type « vous n’y êtes pas du tout, je ne sais pas si vous y arriverez ». Ces méthodes pédagogiques m’ont dégoûtée du monde universitaire ou j’ai vu les dérives le plus basses en terme de prise de pouvoir et de volonté d’ascendance, les enseignants entre eux et avec leurs élèves. Je n’ai même pas eu le sentiment d’avancer intellectuellement, j’ai plutôt eu l’impression d’un master qui survolait plusieurs disciplines au lieu de nous permettre d’aborder le fond des choses. Ce qui nous étaient reproché individuellement et collectivement découlait à mon sens d’un très mauvaise qualité d’enseignement, faite de mépris et de violence. »

  • « Pour moi il y a un réel problème de suivi, de pédagogie et d'organisation dans ce master. Nous étions nombreux et nombreuses à être totalement insatisfaits du suivi de nos directeurs de recherche, très peu présents (souvent par manque de temps, peut-être par manque d'intérêt parfois) et nous laissant pour beaucoup livrés à nous-même. Dans notre promotion, une petite dizaine d'étudiants ne sont pas allés jusqu'au bout du master, ce qui fait presque la moitié de la promo : au-delà des problématiques personnelles propres à chacun qui ont joué sur certains abandons, ce si fort taux de départs nous a convaincus qu'il y avait un réel problème dans ce master. Un autre aspect qui nous posait problème : l'EHESS est une école doctorale qui forme à la recherche. Si nous étions effectivement baignés dans le milieu de la recherche (séminaires très spécialisés), nous n'avions quasiment aucun guide concernant les possibilités de poursuite en doctorat, ou les différentes modalités possibles pour exercer en tant que chercheur en sciences sociales aujourd'hui ».

  • « Lors de mon entrée à l’EHESS Marseille, j’étais un étudiant dont la volonté clairement affichée était de faire de la recherche en sciences sociales. Ainsi, le master était pour moi une première étape me menant au doctorat. Finalement, mon désir de faire de la recherche s’est retrouvé remis en question en fin de M1, suite à l’expérimentation d’un sentiment de grande solitude face au travail de recherche. Cette solitude, même si elle est inhérente à la recherche, a été accentué par le sentiment d’un manque d’encadrement et d’accompagnement d’une part, et par le manque de stimulation intellectuelle durant les séminaires d’autres part. J’ai finalement arrêté le master en première année. Si je considère avoir pris cette décision de mon propre chef suite à ma confrontation avec la réalité du travail de recherche, je me suis rendu compte avec du recul que le fait de ne pas me sentir soutenu, encadré et accompagné mais plutôt lâché face à mon sujet de recherche n’a clairement pas aidé. Mais c’est surtout la déception quant à la qualité des séminaires qui a été, je pense, le plus déterminant dans mon choix : en effet, alors que le nom EHESS m’avait insufflé l’espoir d’une expérience de master placé sous le signe d’une importante stimulation intellectuelle et d’une possibilité de croiser et faire rencontrer des pensées et réflexions, j’ai été surpris de faire face, comme nombre de mes collègues de promotion, à une disparité très importante de niveau d’élaboration, de réflexion et de connaissance entre les chercheurs, dont beaucoup peinent à convaincre de la rigueur de leur recherche, rigueur de recherche tant promu à l’EHESS Marseille. Le sentiment qui m’est resté, ainsi qu’à d’autres collègues de promotion, était que nombre de chercheurs présents jouissaient de la réputation de l’EHESS Paris, mais sans offrir le même niveau intellectuel, ni la même qualité d’enseignement. Et c’est là bien dommage pour tous les étudiants ayant eu les mêmes aspirations que moi ».

  • « J’ai aussi été surprise par la quasi-absence d’accompagnement pour une entrée en doctorat alors que l’EHESS est une école doctorale par excellence. Comme mes camarades, j’ai aussi découvert les enjeux internes à la recherche qui peuvent tout simplement mettre fin à la poursuite d’études d’un-e etudiant-e, peu importe son mérite. Voici mon exemple en guise d’illustration: mon sujet de mémoire portait sur un terrain local: comprenez, Marseille (je ne préciserai pas le sujet). J’ai vite compris que cette absence « d’exotisme » me mettrait des bâtons dans les roues. J’ai d’ailleurs pu le vérifier à l’occasion d’une discussion avec ma tutrice de mémoire. Elle m’a dit que cela était dommage que je ne fasse pas le master sur 3 ans car cela me donnerait le temps de monter mon projet de thèse pour obtenir la bourse, car j’étais en concurrence avec mes camarades dont bon nombre partaient donc une année supplémentaire sur des terrains de recherche ailleurs en France ou au bout du monde. Moi qui avait obtenu le bac, une année de prépa, et une double-licence à La Sorbonne auparavant, c’était bien la première fois que l’on me conseillait de redoubler pour augmenter mes chances de passer à l’année supérieure ! Par ailleurs, mon entrée en doctorat a l’ehess de Marseille était peu probable car la seule vraie directrice habilitée à suivre ma thèse suivait déjà une jeune femme qui venait d’obtenir la bourse d’Etat. Ainsi, « par souci d’équité », j’ai bien compris que je ne l’obtiendrai pas car ce couple de recherche venait de la « gagner ». Malgré mon presque 17 de moyenne, une mention très bien, obtenue en 2 ans donc, on ne m’a jamais vraiment proposé de poursuivre en doctorat. Sans même parler des bourses, absolument rien ne m’a été suggéré au niveau de la poursuite de mes études et de ma carrière de façon générale. Je n’ai eu écho de rien. J’ai donc arrêté là. Je ne regrette pas les études poursuivies. Malgré cette porte totalement fermée au niveau du doctorat j’ai obtenu beaucoup de compliments sur mon mémoire. Mais il prend malheureusement la poussière dans les étagères de l’école. »

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