Ventiler les victimes

C'est donc en laissant brûler leurs enfants que l'Etat compte se débarrasser des Roms. Deux mômes en deux jours, morts dans l'incendie de leur baraque d'infortune, et l'on entrevoit le début prometteur d'une solution radicale et pourquoi pas finale.

C'est donc en laissant brûler leurs enfants que l'Etat compte se débarrasser des Roms. Deux mômes en deux jours, morts dans l'incendie de leur baraque d'infortune, et l'on entrevoit le début prometteur d'une solution radicale et pourquoi pas finale. Ils avaient quatre ans, cinq ans. L'une vivait dans les Yvelines : un campement caché dans les sous-bois. L'autre, près de Lille, entre deux ponts du périphérique. Et toujours la même réponse des pouvoirs publics aux caravanes calcinées : évacuation, dispersion. Pour les plus veinards, la proposition d'un hébergement d'urgence de deux ou trois nuits, là où il y a un peu de place, loin des leurs, loin du groupe. Ils refusent, ils ont raison.

Le collectif est la bête noire de l'état policier. Un groupe c'est visible, c'est solidaire, c'est soudé, c'est plus fort. Il faut diviser puis éparpiller : les Roms, les migrants, les chômeurs, les mal-logés, tous ceux qui pourraient en avoir assez, un beau matin, de subir l'oppression, de devoir répondre de leur situation dramatique comme s'ils en étaient coupables. Tous ceux qui pourraient avoir l'idée de se révolter ensemble. Les isoler est la première étape de l'élimination des victimes. Puis les oublier, les laisser dépérir dans le dénuement de leur solitude, dans l'intériorisation de leur malheur comme conséquence d'une faute personnelle, comme un inexcusable manquement à la société. l'Etat prône le vivre ensemble mais atomise le social, le pulvérise en une infinité d'individus sans plus aucune possibilité d'agrégat, des particules qui traversent des villes dont on s'assure de l'absolue fluidité des espaces, des cités sans recoins échappant à l’œil des caméras.

Alors, les familles Roms avec leurs enfants, sans cesse évacuées, sans cesse dispersées, se dissimulent dans les sous-bois où ni le Préfet, ni les bénévoles ne les trouveront, jusqu'à ce que s'élève du misérable campement incendié la tenace odeur du feu.

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