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Billet de blog 13 septembre 2016

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Grains de sable

Mais ils sont toujours là. Les treize familles Roms de la Boissière ne se sont pas volatilisées comme on le leur demandait en les expulsant, en plein été. Ils sont toujours là, les quarante Roms, sur la place Jean-Jaurès à Montreuil. Et ils emmerdent tout le monde.

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Illustration 1
Montreuil. Septembre 2016 © Gilles Walusinski

Le grain de sable : l'infime poussière dont on ignorait presque l'existence, dont on croyait se débarrasser d'un revers de main, d'une simple pichenette, mais qui enraye les rouages si bien huilés de la machine.

Ils ne comptaient pas. Leurs vies infra, comme survivent les insectes sous les pas de qui ignore ceux qu'il écrase en allant son chemin de vainqueur-né. Un bon coup de pied dans la fourmilière et on se débarrasse du problème des Roms. Facile : on casse leurs maisons, on jette leurs affaires à la benne et ils s'effacent du terrain à construire. Place nette. Et voilà les beaux immeubles à fric au lieu de l'insalubre. Et l'on oublie aussitôt que des familles habitaient l'ancienne baraque. Où sont-elles maintenant ? Nul ne se pose la question. On ne leur a pas réservé de logement dans les beaux immeubles à fric car ils ne méritent pas. Pour eux, il n'y a que l'insalubre, le bidonville, la cabane en tôle en lisière de périph. Pour eux, il n'y a rien. Qu'ils disparaissent !

Mais ils sont toujours là. Les treize familles Roms de la Boissière ne se sont pas volatilisées comme on le leur demandait en les expulsant en plein été, pour ne pas perturber l'année scolaire des enfants a osé dire la Mairie. Ils sont toujours là, les quarante Roms, sur la place Jean-Jaurès à Montreuil. Et ils emmerdent tout le monde. Ces femmes, ces enfants, ces hommes qui vivent depuis près de cinquante jours dans la rue, avec leurs matelas, avec leur tente, avec leur toilette qu'ils font comme ils peuvent là où ils trouvent de l'eau : ils sont lourdingues à supporter, une vraie calamité ces Roms. Les gens se plaignent : ils sont sales, ils font du bruit, ils gênent le vivre-ensemble. Et puis tout ce raffut sur les réseaux sociaux, faudrait arrêter, c'est pas bon pour l'image, ça irrite la peau sensible du maire. On n'a vraiment n'a rien contre eux, ces Roms, mais ça serait bien qu'ils disparaissent vite, vite. Que le cinéma récupère ses toilettes propres, que la saison théâtrale reprenne, que l'on puisse enfin retrouver nos vies de citoyens cool d'une ville de gauche très attachée à son histoire de commune populaire et multiculturelle sans être dérangés par des Roms sans abri.

Les convictions de gauche mises à l'épreuve de la misère. Ah, mais ce n'est pas juste : on n'y est pour rien. Personne n'y est pour rien. Tout le monde est beau et gentil et la main sur le cœur, et voudrait tant que les treize familles Roms soient enfin relogées. Tout le monde le voudrait sincèrement. Mais voilà, elles sont toujours à la rue. Et les enfants se réveillent le matin sous leur tente, sur le matelas posé à même le sol. Ils s'habillent dans un coin derrière le foutoir avant de monter dans le bus pour se rendre à l'école. Ils sont toujours à la rue, depuis cinquante jours. Alors, on fait quoi?

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Montreuil. Septembre 2016 © Gilles Walusinski
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Montreuil. Septembre 2016 © Gilles Walusinski
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Montreuil. Septembre 2016 © Gilles Walusinski
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Montreuil. Septembre 2016 © Gilles Walusinski
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Montreuil. Septembre 2016 © Gilles Walusinski
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Montreuil. Septembre 2016 © Gilles Walusinski
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Montreuil. Septembre 2016 © Gilles Walusinski

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