Apologie du mouton noir,

de la brebis galeuse et autres vilains petits canards. Apologie des allergiques à la ligne et au cadre, des rétifs à l'opinion prescrite, aux émotions imposées et aux catéchismes de toutes les doctrines. Apologie de ceux que l'on pointe du doigt, de celles dont on se détourne avec une mou d'hypocrite pitié, en riant. Celles et ceux qui n'obtiennent rien parce qu'ils ne demandent rien à personne, qui ne réussiront jamais dans la vie parce qu'ils n'acceptent pas de, ou ne veulent pas que, ou ne se résignent pas à. Parce qu'il s'en foutent, au fond, de réussir ; et qu'est-ce que ça veut dire ? Qui ne servent à rien car ils ne veulent servir à personne. Celles et ceux qui n'existent pas, qui n'auront jamais existé, incapables de faire de leur nom une marque crédible, c'est-à-dire rentable. Ceux qui se trompent de ton, de style, de sujet. Celles qui ne sentent pas leur époque. Qui n'ont rien entre les mains qu'ils puissent vendre, parce que ça ne plaît pas leur truc, ça marchera pas, y'a pas de public pour ça. Ceux et celles qui, sous les éphémères sunlights des médias amnésiques, défendent au tribunal la cause perdue d'avance des gens ordinaires contre la propagande des puissants, contre le fric des vainqueurs. Les ratés lucides qui survivent comme ils peuvent dans un monde qu'ils comprennent trop bien pour désirer y participer. Ces amoureux de la liberté, que l'on appelle perdants alors qu'ils n'ont jamais chercher à gagner. Qui habitent un moment les pages obscures des blogs peu consultés avant de préférer ne pas. Qui disparaissent sans bruit et sans autres traces que des liasses de feuillets jaunis aux fond de tiroirs poussiéreux, des photos dans des boites, des peintures qui moisissent à la cave, ou qui ne laissent rien parce qu'ils ont tout brûlé.

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