Areva contre le blogueur JJMU: Le procès aura lieu le 12 septembre 2017

L'audience est publique. Nous sommes une quinzaine autour de JJMU qui porte un lourd dossier tout plein de documents et d'arguments. Ambiance de rentrée. Les avocats en robe pénètrent dans la salle et toupillent comme chez eux, tandis que nous parlons à mi-voix, jetant des regards vaguement inquiets sur les lambris et le plafond décoré.

 

Animal sympathique trop souvent victime de propos diffamatoires Animal sympathique trop souvent victime de propos diffamatoires
Rappel des faits

Le blogueur JJMU est accusé par la multinationale AREVA d'avoir publié des propos diffamatoires sur son ancien blog hébergé par Mediapart. JJMU n'est pas l'auteur des propos qui lui sont reprochés, il n'a fait que copier-coller un article de la Coordination antinucléaire du sud-est (CAN-SE). Mais, selon la loi sur la presse de 1881, en cas de diffamation, si l'auteur des propos diffamatoires n'est pas identifié, le diffamé se retourne contre le diffuseur (qui est ici le blogueur). Or, l'article litigieux n'est pas signé. Après enquête d'Areva, un quidam de la CAN-SE est désigné comme auteur de l'article, ce qu'il nie (soit il n'est pas l'auteur, soit il l'est mais n'a aucun intérêt à le reconnaître). Face à Areva, il y a donc deux prévenus dans cette affaire, le quidam de la CAN-SE défendu par un avocat et JJMU défendu par lui-même selon son propre choix. Pour JJMU, l'enjeu de l'audience est celui-ci : le non-lieu pour nullité de la procédure ou la fixation de la date de son procès.

30 août 2016. TGI de Paris, 17eme chambre.

L'audience est publique. Nous sommes une quinzaine autour de JJMU qui porte un lourd dossier tout plein de documents et d'arguments. Ambiance de rentrée. Les avocats en robe pénètrent dans la salle et toupillent comme chez eux, tandis que nous parlons à mi-voix, jetant des regards vaguement inquiets sur les lambris et le plafond décoré. Nous attendons la cour. L'avocat du quidam de la CAN-SE (absent), quitte son banc et s'approche de JJMU tel un gros matou au poil luisant et à l’œil vif. Il lui flatte l'épaule d'une patte aux griffes rentrées et feint de s'étonner de le voir seul, sans avocat. Non, JJMU n'est pas la souris avec laquelle s'amuse cruellement le chat, mais plutôt le baudet dont le bavard tâte l'échine car il espère bien que l'animal va tout prendre sur son dos à la place de son client comme dans la fable au célèbre « haro ! »

La cour entre. La Présidente se réjouit de je ne sais plus quoi mais déplore le manque de personnel et l'encombrement de la 17ème chambre qui occasionne un retard des procès. Ça commence. Passent les affaires et l'on entend résonner les doux noms de bienfaiteurs de l'humanité tels Bolloré, ou de people ayant tous de petits problèmes de méchantes diffamations.

Vient le tour de JJMU. Il s'approche de la Présidente, son épais dossier sous le bras, puis il recule car il ne doit pas dépasser la barre : il n'est pas avocat mais prévenu. Confirmation de l'identité et de l'adresse. L'avocat du quidam de la CAN-SE n'a pas de pouvoir mais tant pis il l'enverra demain, promis. La présidente consulte ses documents et lit à haute voix les phrases considérées comme diffamatoires par Areva. On entend la frêle voix chantante de JJMU glisser qu'il n'est pas l'auteur de ces propos, remarque que la Présidente balaie d'un revers de main. Apparemment, ce n'est pas le sujet du jour. Elle lui demande s'il aura des témoins : JJMU en annonce trois, on lui rappelle que ce sera à ses frais. Il ne sait pas bien évaluer la longueur de son explication, suggère une heure alors qu'il n'en est surtout pas question (encombrement de la chambre). L'avocat du quidam de la CAN-SE annonce une plaidoirie d'une longueur raisonnable et aucun témoin. On entend la frêle voix chantante de JJMU demander la nullité pour vice de procédure. La présidente reconsulte le dossier. Nullité pourquoi ? JJMU évoque la prescription. La Présidente demande son avis à la Procureure aux autres magistrats et à l'avocat du quidam de la CAN-SE qui trouve que non vraiment non, l'argument de la prescription de tient pas (le matou est très attaché à garder à la fois son client et son baudet). Pas d'autres arguments ? JJMU ne sait plus, il a tout oublié des beaux raisonnements que contient son dossier, il ne sait plus quoi dire. La Présidente ne semble soudain ne plus se rappeler de l'encombrement de la 17ème chambre qu'un procès en moins aurait un peu soulagé. L'avocate d'Areva ne dit rien : pourvu qu'il y ait condamnation on la sent peu regardante sur l'identité du futur déclaré coupable, le baudet fera aussi bien l'affaire..

Passez muscade ! JJMU plaidera sa bonne foi. Le procès aura lieu le 12 septembre 2017. Le temps pour Jean-Jacques MU de se trouver un ou une très très bon(ne) avocat(e) spécialisé(e) en droit de la presse.

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