« Nous savons que le dérèglement climatique ne sera pas stoppé par les négociations de l'élite au pouvoir mais que c'est à nous de barrer la route aux industries polluantes, de mettre fin aux formes actuelles d'exploitation des ressources, de développer les alternatives et de faire preuve de solidarité ».

Communiqué de solidarité du réseau Ausge2Colt avec les militant-es français-es face à l'état d'urgence, 1er décembre 2015.

 

L'année dernière, alors qu'en France nous préparions activement les mobilisations de la COP21, des militant-es allemand-es faisaient le choix d'une autre stratégie. N'attendant plus rien des négociations internationales pour entraver l'emballement climatique, elles et ils préparaient le blocage d'un des sites les plus émetteurs de GES en Europe : les mines de lignites de Rhénanie, près de Cologne. Au delà de la non-coopération (le désinvestissement des énergies fossiles) et de la construction d'alternatives, les mouvements ont de plus en plus recours aux blocages (voir à ce sujet l'ébauche de réflexion sur les stratégies du mouvement pour la justice climatique de Nicolas Haeringer et Maxime Combes) : des « Delta 5 » aux « Heathrow 13 », la dynamique s'intensifie. Mais si, en Europe, Ende Gelände a bouleversé la donne, c'est peut-être avant tout par sa dimension massive. Plutôt qu'une action coup de poing pratiquée par un petit groupe d'expert-es, les allemand-es ont choisi d'ouvrir leur action au plus grand nombre en la rendant publique et en conviant nombre de réseaux et collectifs à les rejoindre.

Coté français, nous avons été une petite poignée à nous y rendre, par curiosité autant que par solidarité. Depuis près d'un an nous étions en contact régulier, et si nos stratégies différaient, nos objectifs se rencontraient : imposer cette transition dont tout le monde parle mais que personne ne semble vraiment disposé à mettre en place. Les quelques jours précédant l'action, au camp climat, les participant-es se formaient de différentes façons : risque légaux, stratégies pour passer les barrages policiers, premiers secours. Les principes de l'action, consignés dans un « consensus d'action », consistaient à pénétrer dans la mine pour la bloquer (en se positionnant autour des excavatrices), l'enjeu étant de forcer les barrages policiers sans alimenter l'escalade de tension. Elaboré collectivement par le mouvement, le consensus d'action pose précisément le cadre stratégique et le mode opératoire de l'action, évitant l'écueil d'une approche générique, facilement idéologique ou clivante. Plus de 1000 personnes se sont finalement lancées à l'assaut de la mine ce jour là, réparties en 4 « colonnes » (fingers), dont une essentiellement composée d'internationaux. Nombreux mais mis en difficulté par leur incapacité à se mouvoir sur le sol de la mine, les barrages policiers ont finalement échoué à nous bloquer tou-tes, un petit groupe ayant même fini par atteindre une des monstrueuses excavatrices (les fameuses Bager 288). La présence de plusieurs centaines de personnes dans la mine ce jour là a finalement eu raison de ses activités : peu de temps après notre arrivée les machines s'arrêtaient par mesure de sécurité.

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Première expérience d'action pour une majorité de participant-es, Ende Gelände a donné une impulsion considérable aux mobilisations climat ayant suivi dans l'année (un bloggueur allant même jusqu'à la désigner comme le "patronus" du mouvement climat, en référance à l'animal magique ayant sauvé Harry Potter...). Se saisir de l'angoisse que génère la perspective du chaos climatique pour la transformer en force collective, aller à la source de la pollution pour la bloquer soi-même, se retrouver en masse et instaurer par là nos propres règles du jeu : avec Ende Gelände nous devenions notre propre source d'inspiration (un exemple parmi tant d'autres : les participant-es avaient décidé pour la plupart de refuser de donner leur identité et n'ont pu y être contraint-es du fait de leur bien plus grand nombre que celui des forces de police).

Cette année, lors de la semaine « Breakfree », de nombreuses actions visant les industries fossiles auront lieu à travers le monde. En France, une action de blocage du sommet MCEDD, le sommet du pétrole offshore à Pau, aura lieu le 5 avril. Au Royaume-Uni, Ffos-y-Fran, la plus grande mine de charbon à ciel ouvert du pays, sera également bloquée (le réseau Reclaim the Power va jusqu'à lancer Groundswell, une année d'actions pour la justice climatique, appelant ses groupes à travers le pays à organiser régulièrement des actions). Et en Allemagne, du 13 au 16 mai, nous remettons ça avec Ende Gelände. Cette fois-ci ce sera en Lusace, dans l'est du pays, où la compagnie publique Suédoise Vattenfall cherche à vendre les mines qu'elle possède et exploite. En tout ce sont 4 mines, 4 centrales usines et 10 centrales hydro-électriques dont la compagnie cherche à se débarasser sans avoir encore trouvé de racheteur. L'objectif est tout bonnement de faire capoter la vente, de décourager les potentiels investisseurs en leur signifiant que nous ne les lâcherons pas. Les enjeux sont la fin du charbon, de la sortie des fossiles et la capacité à formuler des réponses cohérentes et systémiques face au risque climatique. Mais s'en trouve également un autre assez immédiat et nécessaire : celui d'impulser, dès aujourd'hui, une culture de résistance, d'en partager l'envie et les outils. Ende Gelände est une façon d'y répondre : créer les conditions pour que s'expérimente, tant dans l'organisation qu'au moment même, des actions de blocage de masse, en invitant à s'y joindre d'autres mouvements européens.

Pour plus d'informations sur la façon d'y participer ou savoir comment s'y rendre, voir le site web de Ende Gelände ou la page facebook Ende Gelände France.

« Nous voulons tout, et surtout la fin du capitalisme fossile! Nous ne luttons pas uniquement contre le charbon, la fracturation hydraulique ou le pétrole, nous remettons en question la logique du profit et la quête de croissance à tout prix. Ces logiques exigent de fausses solutions comme les mécanismes de marché, les grands projets et la perpétuation de l’exploitation des pays du Sud. Tandis qu’une poignée de grands groupes énergétiques gagnent des millions et se font abreuver de subventions, ils coupent l’électricité à 350 000 foyers chaque année en Allemagne – et racontent à leurs employés que le charbon, c’est l’avenir. Pour ces employés aussi, il faut que la transition soit juste. Il nous faut un plan pour comprendre comment, en tant que société, nous pouvons organiser et financer cette transformation sociale et écologique, loin de la logique des profits capitalistes. Nous subissons tous les conséquences des politiques énergétiques. Nous voulons donc avoir notre mot à dire : pour une alimentation énergétique organisée démocratiquement ! »

Extrait de l'appel 2016 d'Ende Gelände.

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