RDCongo- Elections: Près de 4% du corps électoral privés de vote !

Le 30 décembre, s'il y aura élections au Congo-Kinshasa, les bureaux de vote à Beni, Butembo et Yumbi ne seront pas ouverts. La Ceni estime que la violence et des récents cas de fièvre hémorragique d'Ebola constituent d'obstacles majeurs pour le déroulement normal du scrutin. Cette décision priverait leur population de plus de 15 députés aux prochaines assemblées provinciales et nationale .

 

L’annonce de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de la RDCongo de reporter le scrutin général au mois de mars 2019 pour un total de plus d' 1 million 200  mille enrôlés à Beni et Butembo dans la Province du Nord Kivu et Yumbi dans la Province de Mai Ndombe, lequel représente près de 4% des électeurs Congolais soit quinze députés de moins sur un ensemble de 1280 à élire pour les assemblées nationale et provinciales.

Selon Corneil Nangaa, président de la Ceni, « les violences survenues du 14 au 15 décembre 2018 à Yumbi et l’épidémie à virus d’Ebola qui continue à sévir à Butembo, Beni-ville et Beni-Territoire » perturberont le déroulement normal du scrutin. Non ! Crie les habitants des circonscriptions citées. A l’opposition des opinions sont divisées. Lamuka, plateforme électoral conduit par le candidat Martin Fayulu de l’Engagement citoyen pour la démocratie (Ecide), « Le prétexte d’Ebola est fallacieux car il y’a bien eu campagne dans ces contrées. C’est une énième stratégie pour détourner la vérité des urnes ». L’Ecide de la Province du Nord Kivu, privée du vote, a dans son communiqué refusé de s’aligner derrière la décision de la Ceni. 

beni
« 4 ans durant Kabila n'a pas réussi à rétablir la sécurité à Beni, l'engouement des électeurs s'est déroulé dans le même contexte. Par quel miracle le fera-il en mars 2019 ? » se sont demandés les cadres de ce parti. Membre de l’Union nationale du Congo (UNC), Juvenal Munubo, député national de la même s’indigne du fait que « le report annoncé de l'élection à Beni et Butembo n'a pas de raisons convaincantes. Il faut vite une contre-vérification par les experts électoraux indépendants. Le report des élections dans cette zone, bastion de l'opposition, peut être un stratagème du pouvoir ».

yumbi

Si, Lamuka n’exprime clairement sa position sur ce nouveau calendrier de la Ceni, Cap pour le Changement, l’autre aile de l’opposition codirigée par Vital Kamhere de l’Union nationale du Congo (Unc) et Félix Tshisekedi de l’Udps (Union pour la démocratie et le progrès social), « nous sommes prêts d’aller aux élections le 30 décembre 2018 ». Déjà, Félix Tshisekedi, candidat du Cap pour le Changement avait à plusieurs reprises confirmé sa position d’aller aux élections « avec ou sans machine à voter ». Certains analystes de la situation en RDCongo concluent que ces élections qui ont été reportées pour la énième fois in extremis du dimanche 23 au 30 décembre, ne pourraient être que des faux fuyants du pouvoir. Lamuka, qui a récolté un succès énorme dans la Province du Nord Kivu lors de sa récente campagne, gagnerait des circonscriptions de plus d’un million d’électeurs. Faire avec un million deux cent mille électeurs en moins reste un cas litigieux difficile à revoir. Des questions aussi se posent sur son calendrier remanié : Dans son communiqué, la Ceni confirme que la « publication des résultats définitifs de l’élection présidentielle est prévue le 15 janvier. La prestation de serment du président élu est annoncée le 18 janvier », soit bien avant la date des élections dans les zones où elles sont reportées. Avec ce report, certains électeurs lassés du clientélisme qui caractérise la Ceni et certains politiciens tourneraient plus vers la société civile. L’Eglise Catholique en RDCongo se voit jouer un rôle de premier plan.

« Les élections doivent être organisées le dimanche 30 décembre, nous n'accepterons plus de report..." Mgr Fridolin Ambongo, l’Archevêque de Kinshasa, dans son homélie de Noël. Mgr Ambongo a demandé la décrispation politique, la libération des prisonniers politiques et a honoré la mémoire de Rosy Mukendi et Thérèse Kapangala, toutes deux victimes de tueries policières lors des récentes manifestations contre le pouvoir. Néanmoins, plusieurs d’autres croupissent dans des lieux de détentions notamment Eugène Diomi Ndongala, Gecoco Mulumba, Jean-Claude Muyambo, Franck Diongo… Des députés de l'opposition, des journalistes, des manifestants attaqués et arrêtés.

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Les récents cas d’arrestation est de Peter Tiany, journaliste Kinois arrêté et transféré au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (Cprk) pour avoir enquêté sur une affaire de perte d’une somme de plus $450.000 cash dans la résidence familiale du premier ministre Congolais. D’autres cas de journalistes et ou activistes en disparation sont à élucider. C’est le cas de Roger Koy, ancien cameraman de BBC News, Vox Africa et de Reuters TV, retourné depuis à Kinshasa. Il était recruté en août 2018 pour couvrir la rentrée politique de l’opposant Moise Katumbi au Congo par le poste frontalier de Kasumbalesa par la Zambie. Plusieurs des supporteurs de Moise Katumbi ont été arrêtés le même jour par la police Congolaise des frontières. Sa famille n’a sans nouvelles de lui depuis plus de 4 mois.

 Le remaniement du calendrier de la Ceni, le nombreux cas d’arrestation, l’insécurité dans la partie Orientale et avec des foyers de tension dans la Province de Mai Ndombe montrent un tableau sombre d’un pays instabilité chronique et pas disponible pour organiser des élections sereines. Si le 30 décembre la Ceni organise les élections sans Beni ville, Beni Territoire, Butembo et Yumbi, le fichier électoral qui compte 40 millions inscrits, aura plus d’un million deux cent mille électeurs en moins. Il se posera une question du droit constitutionnel pour ces nouveaux ajournements.

 

 

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