A MEDIAPART : la priorité est de dénoncer la Haute Finance, systématiquement!

Dès sa rentrée de vacances, Martine Orange nous a gratifiés d'un excellent article : Les Impasses de la Banque Centrale Européenne. L'article est court, clair, bien écrit et il pose une question existentielle sur l'avenir de la BCE et peut-être même sur l'avenir de l'Union Européenne. Sa conclusion ramène cette "problématique" en trois ou quatre lignes : "La BCE ne peut pas ne pas avoir vu le problème. En ne le mentionnant pas, elle espère là encore gagner du temps. Mais à un moment ou un autre, les divergences entre les pays de la zone euro pourraient être si grandes et pour certains si insupportables qu'elles ne pourront qu'éclater au grand jour".

Or, force est de constater que MEDIAPART a vite placé cet article dans les oubliettes puisqu'il faut vraiment fouiller dans toute la liste des articles sur l'ECONOMIE pour le retrouver au bout de moins d'une semaine.

Par contre, depuis plus de deux semaines, Philippe RIES fait la UNE avec son article : Ricardo contre Keynes, Trichet a tranché.

Comme d'habitude, P. RIES fait parler une sommité (TRICHET) ou une institution (BRI, OMC) en citant de larges passages, sans jamais les critiquer, sans jamais les décoder.

Voici donc "LE" passage qui "expliquerait" le bon choix du titre de cet article : "Selon Trichet, «le point de vue strictement ricardien peut fournir une évaluation moyenne plus raisonnable des effets probables d'un assainissement. Pour une dépense donnée, un basculement de l'emprunt vers la taxation ne doit pas avoir d'effet sur la demande réelle puisqu'il s'agit simplement de remplacer un fardeau fiscal futur par une charge immédiate».

MERVEILLEUX! Sauf que cette citation est une soupe qui tente de bluffer les "rapporteurs" (journalistes aux ordres) et les lecteurs (anesthésiés par chaque mot, et par l'empilement de phrases pompeuses) ; je n'ose même pas parler des auditeurs, tous assoupis, ni des traducteurs, complètement déstabilisés et incapables de restituer pareil breuvage.

En effet, TRICHET explore toutes les pistes pour "sortir progressivement de cette énorme gueule de bois financière" (c'est lui qui parle) :

  • Inflation : pas question! C'est d'ailleurs contraire à la seule contrainte statutaire de la BCE, qui a quand même pris les devants... en mettant dans ses attributions les publications statistiques sur les taux d'inflation et autres agrégats (contrôler et être contrôlé : le pur non-sens).
  • Répudiation de la dette : pas question. Effacer les dettes publiques, ne fût-ce que de cinq pour-cent du PIB de la Zone Euro (450MD€/9.000MD€), ce serait la mise à mort de toute la Haute Finance.
  • Continuer à soutenir la dette : pas question (il cite l'exemple du Japon)!
  • Croissance : parfait, c'est la solution (il cite la Grande-Bretagne d'après-guerre) mais, de ce côté-là, pas d'espoir : les ménages et les entreprises font des économies, et donc ils ne consomment pas.
  • Il aurait pu rajouter que la croissance n'est pas possible avec un système bancaire qui ne prête quasiment plus rien, sauf à des taux léonins, par l'intermédiaire de leurs filiales spécialisées (CETELEM et autres).
  • La réduction des dépenses publiques? La voilà, la solution : «des restrictions budgétaires expansionnistes se manifestent quand les effets vertueux sont assez forts pour compenser les conséquences négatives de la demande publique». Sauf que déclarer que "des réductions (peuvent être) expansionnistes", c'est dire que l'eau est capable d'alimenter le feu. Bravo, Monsieur l'Ingénieur : il est mauvais en Economie et en Finances Internationales mais aussi en Physique élémentaire...
  • Ah, mais non, dit le magicien : «la recherche suggère que les assainissements budgétaires ciblant les réductions des dépenses et de la masse salariale du secteur public peuvent mieux réussir que les consolidations fondées sur des hausses d'impôt».

Donc, il n'y a qu'une solution : il faut toujours moins d'Etat partout et pour tous, sauf pour la Haute Finance qui "garde" ses garanties étatiques... La BCE pourra donc continuer à "faire tourner la planche à billet" pour faire oublier que les créances, présentes dans les bilans de la Haute Finance, sont "pourries" (irrécupérables).

Nous allons donc payer toujours plus de frais financiers (dette publique et dette privée) pour permettre à la Haute Finance de se remplumer... d'ici cinq, dix ou vingt ans? On va continuer à "faire comme si" la Haute Finance était solide, et on va continuer à dépouiller l'Etat... pour qu'il puisse payerdes frais financiers plus élevés.

Conclusion : oui, il était intéressant de donner l'interview COMPLETE de TRICHET...

Par contre, le rôle d'un bon journaliste est de DECODER un langage de "faux connaisseur", de critiquer ces prises de position en forme d'entonnoir (il n'y a plus qu'une seule solution), et de dire haut et fort ce que Martine ORANGE a dit : nous sommes dans l'impasse totale.

C'est ce que ne fait jamais Philippe RIES, toujours en UNE, alors que Martine ORANGE dénonce systématiquement les incohérences, avant d'être très vite reléguée dans les caves...

Je rajouterai une autre conclusion car c'est la seule issue :

ALTER-EUROPA

Pour une Autre Europe...

Et (bien sûr) pour un Autre Euro...

Cordialement,

JM

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