Economie Politique : Théorie Néoclassique et Doctrine Néolibérale.

Préambule.

Ce billet est la copie d'un commentaire réclamé par Frédérick STAMBACH (médiaparticipant):

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/frederick-stambach/130510/debat-deconomie-politique-melenchon-face-touati

Ce billet fait suite à la diffusion du débat organisé par ARRÊT SUR IMAGE entre J.L MELENCHON et Marc TOUATI.

Nous le recommandons à tous ceux qui doutent du potentiel politique de MELENCHON (chacun ou chacune étant libre d'apprécier ou pas sa personnalité "un peu" bougonne).

Nous le recommandons aussi à tous ceux qui glorifient l'un des économistes les plus médiatisés de France (il intervient sur tous les sujets, sur toutes les chaînes et au sein de toutes les radios). Plus encore que Elie COHEN, Bernard MARRIS, Jean-Paul FITOUSSI, Jacques ATTALI et tous les petits roquets ronronnant les verus du néolibéralisme : Nicolas BOUZOU, Nicolas BAVEREZ, Thomas PIKETTY...

Merci à F. STAMBACH de nous avoir fait partager ce délice... et bravo à ARRÊT SUR IMAGE (Daniel SCHNEIDERMANN).

La question de F. STAMBACH était la suivante : "Je croyais que la THEORIE NEOCLASSIQUE et la théorie néolibérale, c'était la même chose".

Or, la réalité est la suivante : il y a un corpus théorique néoclassique... mais il n'y a aucune théorie néolibérale.

Il y a par contre une DOCTRINE NEOLIBERALE.

Rappel sur les (économistes) Classiques et positionnement de MARX.

Pour mémoire, les classiques ont utilisé la philosophie et l'histoire pour développer leur corpus intellectuel mais cette philosophie est "utilitariste" (typiquement anglo-saxonne).

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_classique

MARX est lui-même un classique utilitariste : il change le propriétaire des biens de production et de distribution, mais il reste vissé à la logique fondamentale du matérialisme utilitariste.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Plus-value_%28marxisme%29

Théorie Néoclassique.

Je vous livre deux liens sur WIKIPEDIA :

Le premier lien.

Il détaille la pensée néoclassique : il y a beaucoup d'auteurs, ayant utilisé les mathématiques plutôt que la philosophie pour essayer de comprendre l'Economique... sans existence de la monnaie (à l'époque l'or, qui est donc neutre, et qui peut donc être négligé).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_n%C3%A9oclassique

Toutes ces théories sont des recherches et des connaissances intéressantes, mais elles souffrent d'un point faible majeur : tous les raisonnements sont circulaires.

Autrement dit, si vous "posez" leurs hypothèses (très restrictives) dès le départ, vous "tombez" systématiquement dans le panneau : leurs conclusions sont inévitables.

Les néoclassiques ont engendré divers courants, dont les "conjoncturistes" (courant pratiquement abandonné) et les "modélistes" (dont le pape est, à mon avis, RAMSEY).

Tous ont "tiré" leurs réflexions microéconomiques vers des modélisations macroéconomiques fumeuses.

Le deuxième lien.

Il renvoit au néolibéralisme (né dans les années 1970) qui, comme vous le verrez, est sans paternité théorique.

http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olib%C3%A9ralisme

 

Oui, bien sûr, vous trouverez Milton FRIEMAN et l'École de Chicago... mais ce sont des MONÉTARISTES...

Rien, dans leur approche, ne justifie qu'ils soient rattachés au courant néoclassique : ils ont fait autre chose comme je le montre plus bas.

Les néolibéraux ont simplement repris les hypothèses les plus restrictives des néoclassiques... pour les porter sur l'autel des dogmes à respecter au nom de la bonne gestion de la monnaie... qui comme vous le voyez n'a jamais été aussi mauvaise......

Le Dérapage vers les dogmes : genèse de la Doctrine Néolibérale.

Un exemple sur l'Etat pour comprendre les dérives :

  • Les Libéraux (Adam SMITH et tous les autres) ont dit que l'État (sous-entendu : État ancien des Monarques et de l'Aristocratie) devait abandonner toutes sortes de taxes qui faisaient obstacle à une bonne circulation des biens à l'intérieur de la Nation (vu comme l'espace économique anglais de l'époque).
  • RICARDO (classique) a tiré d'un chapeau sa "théorie des avantages comparatifs" (une grosse ânerie... qui est tout sauf une théorie) pour justifier une autre "division du travail" (division internationale du travail), ce qui arrangeait bien les grands industriels et les commerçants anglais. Tout cela explique son succès et les gros profits des GMS (la Grande Distribution et la Distribution des Biens d'Équipement des Ménages) et des transnationales actuelles.
  • Les Néoclassiques ont inventé des modèles de réflexion en éliminant l'État, la Monnaie et les Échanges Extérieurs dans leurs hypothèses de base, pour simplifier le raisonnement. Ils l'ont fait pour comprendre le fonctionnement de la création de richesses au sein du tissu économique. Sans aucun dogmatisme...
  • Les Monétaristes ont sauté sur ces modèles en disant : puisque vous avez "oublié" la monnaie, nous, on va vous dire comment la monnaie peut être neutre (en la contrôlant, nous). On branche donc une tuyauterie de modèles à une autre tuyauterie de modèles... mais aucun de ces modèles ne représente la réalité (ni lui est proche).

Puis, la Haute Finance leur a emboité le pas en clamant que les politiques faisaient n'importe quoi en matière de gestion de la monnaie... mais que, eux, les gars de la Haute Finance, ils feraient mieux... Le courant monétariste (littéralement glorifié) s'est alors transformé en DOCTRINE NEOLIBERALE. Autrement dit, l'absence de l'Etat dans les hypothèses devint un objectif et un dogme : "Il faut éliminer l'État".

Volet "monnaie" : tout le monde est tombé d'accord. Il fallait des banques centrales indépendantes des peuples (mais dépendantes des banques commerciales). Aucun pays n'y a échappé. Pour la haute finance, le discours fut simpliste et directif : "C'est nous qui prenons les commandes. Vous ferez un Traité de Maastricht qui entérine nos Pouvoirs à tout jamais. Et puis, c'est tout". Ce qui fut dit (avec des menaces) fut fait : TRICHET- l'indépendant - n'est qu'un pantin! Il est là pour créer de la fausse monnaie et la distribuer aux banques commerciales.

  • Et puis, il se sont attaqués au pouvoir politique et économique des États... Il suffisait de récupérer KEYNES (qui a raisonné en Économie Fermée). Facile! L'État ne doit plus financer la relance économique de temps en temps... mais tout le temps... Donc, les déficits permanents sont institutionnalisés (et même quantifiés plus tard : déficits budgétaires annuels inférieurs à 3% et des dettes publiques inférieures à 60% du PIB).

Objectif : des cadeaux princiers et des commandes permanentes aux grosses entreprises (après tout, ce sont elles qui font marcher le pays et font rentrer des devises)... De plus, cela tombait bien : il fallait des multinationales européennes de poids pour contrer les multinationales américaines (insolentes de puissance). Sur ce point-là, il fallait utiliser l'État pour tout faire, puis pour mieux le détruire, et donc pour mieux le dépouiller de ses "bijoux de famille". Tous les néolibéraux ont toujours été d'accord sur ces sujets : merci KEYNES!

  • Il reste que "ce cochon d'État" disposait de son pouvoir législatif, de son armée, de ses ponctions fiscales, de sa Justice... Pas facile à régler et pourtant rien de plus simple : ouvrons les frontières, et mettons l'État en concurrence fiscale avec les paradis fiscaux. Problème réglé : GATT ; OMC ; Union Européenne ; Tribunaux Arbitraux...

Conclusion.

Le tour et joué : sans aucune théorie (sans aucune réflexion théorique), le néolibéralisme a repris des hypothèses de travail (d'école, devrait-on dire) et il les a transformées en dogmes...

 

Pour votre punition, vous avez droit à mon petit refrain :

ALTER-EUROPA
Pour une Autre Europe...
Et (bien sûr) pour un Autre Euro...
...

Car, bien sûr, il y a un autre "corpus intellectuel" qui plaide pour une Autre Europe et pour un Autre Euro...

... Mais surtout pour éviter que les dogmes (qui tuent toujours la pensée) ne tuent rapidement toutes nos populations...

Cordialement à toutes et à tous,

J.M

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