Faut-il interdire l’accès de tous les Marchés Financiers à la Haute Finance ?

 

Partie I : chiffrage des Marchés Financiers.

En février 2010, LE MONDE DIPLOMATIQUE a publié un article de Frédéric LORDON intitulé : « Faut-il fermer la Bourse ? » : un lâcher de ballon réussi dans le paysage médiatique français. L’argumentation développée présentait plusieurs défauts majeurs, tant sur la forme que sur le fond, mais la question posée était pleinement justifiée.

 

Pour élever le débat, nous posons une question bien plus vaste : « Faut-il interdire l’accès de tous les Marchés Financiers à la Haute Finance ? ». Pour comprendre le sens de la question posée, il faut savoir que les banquiers et les assureurs considèrent les marchés financiers comme leur invention et leur terrain de jeu favori ; grâce à ces marchés, ils prétendent que leur « industrie financière » ne cesse de faire des « innovations financières » qui sont à la base de tous les progrès de l’humanité.

 

Or, d’une part, toute la Haute Finance aurait dû déposer le bilan en 2008 sans les aides démesurées des Etats, ce qui va bloquer la croissance et réduire les emplois en Europe pendant une bonne dizaine d’années; d’autre part, la crise des « prêts subprime » a permis de retarder « le big bang » inévitable des « produits dérivés ».

 

Pour l’instant, la Haute Finance a camouflé des produits explosifs dans toutes sortes de « véhicules financiers » garés dans ses sous-sols (bas de bilan et fausses comptabilités) et dans les « véhicules de refinancement » mis en place par les Etats (Caisse de Refinancement des Etablissements de Crédit, en France). Pendant ce temps-là, la Banque Centrale Européenne refinance les banques commerciales à tour de bras en prenant en pension des actifs financiers plus risqués mais elle joue au pompier pyromane car la Haute Finance se sert de ces liquidités pour jouer à de nouveaux jeux de casino, en spéculant cette fois contre ses généreux sauveurs, les Etats.

 

Au sein de l’Union Européenne, les pertes de la Haute Finance (réelles et potentielles) ont nécessité un renflouement estimé à deux mille milliards d’euros jusqu’en fin 2009 ; il faudra encore trouver mille cinq cents milliards d’euros jusqu’en fin 2011.

 

Cela donne une idée des pompages de la Haute Finance sur les marchés financiers ; d’où l’intérêt d’en évaluer l’importance, les risques et les blocages.

 

En réalité, plus ils accaparent ces marchés financiers à leur profit, plus les risques augmentent, et plus ils inventent de produits financiers pour « refiler » ces risques à nos Fonds d’Investissement et à nos Fonds de Pension. Quand ces « produits dérivés » exploseront dans les mains de leurs détenteurs, ce sont nos retraites et nos épargnes qui disparaîtront.

 

LES MARCHES FINANCIERS en Zone Euro : les chiffres-clé.

Quels sont ces marchés et quelle est leur importance ?

En masse, la Bourse n’est pas le Marché Financier le plus important mais c’est celui dont nos médias et nos économistes nous parlent le plus. Voici en effet l’importance de tous les marchés financiers en zone euro à fin décembre 2009 :

  • Bourse (Actions Cotées) : 4.421 MD€
  • Autres Titres que des Actions (Emprunt) : 15.757 MD€
  • Marché des Changes (positions ouvertes) : 224 MD€.
  • TOTAL : 20.000 MD€ (20.402 MD€ exactement).

 

Avant de poser la question : "Faut-il fermer la Bourse?", il fallait déjà donner les informations ci-dessus, il fallait ensuite détecter les (éventuels) défauts de fonctionnement et, enfin, il fallait trouver la ou les causes de ces dysfonctionnements.

 

C’est exactement cette démarche que F. LORDON n’a pas faite, sinon il n’aurait pas focalisé son attention et ses critiques sur la Bourse mais sur le fonctionnement de l’ensemble des marchés financiers.

 

Suite logique : il aurait cherché « la » cause ultime de tous ces dysfonctionnements.

 

Prochaine publication sur ALTER-EUROPA (et MEDIAPART ?) : LA BOURSE.

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