La langue, baroud d'honneur

Qu'y a-t-il de plus profond qu'une âme usée s'exprimant sur ses souffrances ? D'une banlieue aux laboratoires linguistiques, une parole. Ici, celle de La Rumeur, avec le morceau L'Ombre sur la Mesure (2002), étrangement actuel, au temps mature des excès de violence chez les gardiens de la paix..

 

Je suis l'ombre sur la mesure

Le violent poison à l'écart de tout soupçon

Dans ce sombre récit dont personne se méfiera

Il s'agira de sang sur les murs au crépuscule d'une bavure

Je murmurais la haine enclavée dans les ZUP en région parisienne

L'amour comme rempart à la dérive

Au registre de ces âmes charitables plutôt naïves

Se perdent, donnent à ma palabre son caractère

Sourire kabyle dans les artères de ma ville

Voilà à quoi l'instinct de malfaiteur ma foi se familiarisera

Aux effusions sanguines d'une trop commune routine

La rue se massacre sous le ciel des damnés

N'importe quel trou du cul aujourd'hui est armé

Hier encore l'ombre d'un regard de travers sur le pavé se dissipait dans un silence de mort

Le crime désormais a la parole trop facile

Crois-moi pour qu'on en rigole de joie sous ces lampadaires

Qui éclairent la misère et si j'exagère

L'obscurité la plus dense n'est jamais loin de la lumière la plus vive

Nourrit ces rumeurs de peur et de paranoïa à des heures tardives

Sous le tranchant de la lame d'un cran d'arrêt à vos risques et périls

Derrière les guirlandes d'acier d'une maison d'arrêt ou sur un disque vinyle

 

[Refrain]

Considère moi comme une bombe

Dont tu as allumé la mèche

Et qui égrène les secondes

D'une saison blanche et sèche

 

 

Je suis l'ombre sur la mesure à la pointe d'une écriture

L'ombre de ces murs aux milles blessures que des bouches murmurent

Entre deux rondes furibondes du bleu criard ou blafard d'un gyrophare

Je tisse ma toile noire sur des cœurs hagards

Et je traîne mes guêtres sous les fenêtres de ces ruelles qui ont la lèpre

Au carrefour de la cour des miracles en débâcle

Sous les arcades malades où crisent les voies croisées de la faim et du vice

Je suis l'ombre cerclée de gris rouillé verrouillé sur une aire où rien ne brille

Où les corps se compriment où la vue décline et où les brigadiers fulminent

Regarde ces silhouettes grises

Dont les rêves gisent sur le pavé couvert de pisse

Elles poussent toutes la même porte

En crachant sur le trottoir de leurs illusions mortes

Nous n'avons à perdre que nos pensées ternes

Te diront-elles avec le feu dans les yeux

De ceux qui sont près à tenter le diable, pourvu qu'il garnisse leurs tables

Et conjurent la misère, le fer et la pierre qui les enserrent

Je suis l'ombre sur la mesure et je sature

Dans les graves de cette basse qui monte d'une cave

Parmi la crasse et l'éther d'une trop vieille poudrière

 

[Refrain]

Considère moi comme une bombe

Dont tu as allumé la mèche

Et qui égrène les secondes

D'une saison blanche et sèche

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