Tinder, ou le pandémonium sous 4G+

Le X est là, assis devant toi, dans le métro, sur son téléphone portable, sur une application de consommation charnelle assumée, revendiquée, au doux nom anglophone de Tinder. Déclinisme ou cri d'agonie ? Tapez 2. Générations d'huiles sur le feu. Générations d'âmes perdues, vampirisées - à peine conscientes, à peine.

Et si un corps n'était qu'un socle, une souffrance. J'en ai marre de mes camarades. Appel au secours aux anciens, aux aînés. Sauvez-nous. Le numérique ne tient pas du tout ses promesses. Un certain vice s'est empris de lui, comme rottweiler. Les applis remplacent nos pensées.

Ils, elles, sont tous, toutes, sur Tinder, la nouvelle plateforme de réunion-banquet. Et au dîner, des appels à biaiser, à montrer son indécence, son maquillage (encore lui), ses pectoraux (encore eux), si ce n'est purement et simplement vos fondations intimes (especially aux USA, gloire à ce pays à moitié gangrené). Autour de moi, au travail, des camaraderies qui animent le sujet, et des usagers. Je n'oublis pas ce que la vie m'a chuchoté un jour en secret : le longicorne ténébreux se présente toujours comme ta future source de plaisir, comme enfant putatif des notions de bien-être, et de fun, dans la vie. Mais pourquoi, diable ?

Mais, merd-eux. Alors, c'est vrai ? Le X va se faire réel ? Est-ce un peu comme ce Facebook, à la fois enfant et parent de la société commentatrice, synergologue charlatane. Les gens se consomment. Les vidéos et autres images à sexualité sépulcrale, les affiches publicitaires et leurs gynoïdes ont eu raison de la plupart. Mais bien sûr, pourquoi je ne développerais pas une application pour que le mâle ébrieux fasse montre de ses éjaculations précoces, son énorme engin (toujours très apprécié, c'est évident...), son impuissance, sa martellerie psychologique avec la première venue, en proie falsifiée, autrement plus impliquée dans ces niaiseries psychosexuelles diabétiques, tout aussi sexolibérale que son alterego masculin ?

Et de ce temps du paraître confirmé, enfant prodige de la démonstration de force, ces deux camps isolés, bien formés, en bataillon, prêt à s'humilier et à se mentir sur leurs propres mensonges, leurs propres faux-semblants. Comme si tout ce bataclan génital avait un sens quelconque, une portée humaine, un projet d'ensemble. Vivisection chez Tinder ? Leurs propres laborantins, qui s'acharnent à mal comprendre ce qu'il se trame de cosmique, de piquant dans leurs bassins au moment de la montée. Pour cela, les cobayes, les outils, les autres - comme de bons objets à fraisage précis ici, à tatônnement fructeux là.

Hâte que tout cela se finisse, hâte que tout le monde ait été confronté à la réalité, à l'impuissance générée-généralisée, à la violence intime, à l'incapacité inavouée, à la panique intériorisée. Cynisme volontaire face à l'immature : hâte qu'il se fracture la caboche, cela lui remettra les idées en pile. Quand tout le monde sera définitivement dégoûté, les filles et les garcons d'après réhabiliterons le sens(uel).

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