LES ENFANTS DE LA REPUBLIQUE : QUI SONT-ILS ?

Les enfants de la République, des mots qui sonnent sourds dans les banlieues de France. L’éducation n’est plus nationale. Pour avoir travaillé à travers mon association « Sav’jeunes » sur les problématiques de l’Education Nationale, particulièrement sur la déscolarisation des jeunes dans les quartiers sensibles, je suis arrivé à une conclusion où deux mondes s’opposent. Des gamins voués à réussir et d’autres dont le parcours sera semé d’embûches. A qui la faute ? A l’Etat ? Aux enseignants qui sont contraints de passer par les établissements de mauvaises réputations dont l’enseignement ressemble dans certains cas à de la garderie ? Aux parents ? En réalité, ceci est beaucoup plus complexe. Quel que soit le côté du périphérique, tous ont leurs torts.

En banlieue, on ne peut pas seulement blâmer l’Etat. La faute aussi aux parents, à ceux qui pensent que l’école se chargera de l’éducation de leurs enfants. Or, à l’heure actuelle, l’éducation nationale, particulièrement en banlieue, s’assimilent parfois à de la garderie. Aussi, la barrière de la langue empêche certains parents de s’impliquer dans la scolarité de leurs enfants.

A l’opposé, dans les écoles privées ou publiques situées dans les zones non REP, les chances de réussir sont complétement différentes. Les conditions sont propices à une meilleure éducation. Un budget assez conséquent est déployé. Une association culturelle, des études le soir, des surveillants plus qu’il n’en faut, des professeurs à l’écoute, des locaux propres et d’autres actions qui forment l’environnement parfait pour suivre sa scolarité.

Effectivement, lorsqu’on sait qu’un enfant passe 70% de son temps à l’école, à mon sens, il incombe à l’Etat d’en voir une opportunité pour non seulement instruire l’enfant mais aussi l’éduquer.

« Les hommes naissent bien dans l'égalité, mais ils n'y sauraient demeurer » disait Montesquieu.
Dans le cadre de mon rapport qui sera diffusé septembre 2017, je me suis déplacé dans des établissements prestigieux.

Un constat assez frappant :

Les enfants issus d’un milieu favorable sont poussés à être les meilleurs, ils vont réussir et ils le savent. Ils ont cette prise de conscience que j’ai moins retrouvée parmi les enfants issus de la banlieue. Malheureusement, elle va se perdre au fil des années. Lorsqu’on parlera de « partage des richesse » à ceux qui ont bénéficié d’un système scolaire avantageux, ils penseront à torts qu’ils ont souffert pour arriver à une situation favorable et que tout le monde aurait pu le faire.

En revanche, si cette « prise de conscience » se maintenait au fil des années, si finalement ces enfants cultivés et intelligents se rapprochaient un peu plus, dès le plus jeune âge, de ce qu’il se passe, pas loin de Paris, leurs idées et leurs façons de percevoir la banlieue changerait. Du moins je l’espère.

En effet, comment est-ce possible de demander à certaines personnes d’aider une partie de la population si on pense que tout le monde a les mêmes chances.

Il faut rendre effective les valeurs de la République : Liberté, Egalité, Fraternité.

Peut-on parler d’Egalité si les chances de réussir professionnellement d’un adulte se jouent dès sa plus jeune enfance ?

Peut-on parler de Fraternité lorsque l’égoïsme est la plaie dominante de notre société ?

Le système éducatif doit complétement être réformé. Investir dans l’éducation nationale est une priorité. Ceci est le premier point de clivage dans notre société.

« L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde » disait Nelson Mandela.

 

                                                                                                          Kamielton Noël ARULRAJ

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