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Billet de blog 5 oct. 2020

BIARRITZ – « La Négresse » peut-t ’elle continuer à nommer un quartier de France ?

Lettre ouverte à Maider Arosteguy, maire de Biarritz où depuis plusieurs années, le nom d’un quartier suscite émoi et colère de ceux qui y voient un cas flagrant de racisme institutionnel. Des rencontres prévues ce week-end à Biarritz en feront la pédagogie en attendant « le procès de la négresse » où des militants sont jugés le 3 décembre prochain.

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Selon le docteur Joseph Laborde (Le Vieux Biarritz 1905), c’est pendant l’époque napoléonienne, qu’« une femme très brune », certains disent d’origine Antillaise, tenait un tripot à Biarritz dans le quartier jadis dénommé « Harausta. »

Rappelons que du pays Basque, du port de Bayonne, sont partis une dizaine de navires qui ont fait la traite des Noirs au 18e siècle et que, comme la plupart des ports négriers français, la présence en métropole de captifs Africains, hommes et femmes Noirs, était courante à l’époque où St-Domingue, l’actuelle Haïti, est « l’Eldorado des Aquitains » selon l’historien Jacques De Cauna.

De cette époque date le nom du quartier « Hameau de Harausta dit La Négresse ». Jusqu’à une délibération du conseil municipal de Biarritz du 1er juillet 1986 qui dénomme « La Négresse » la nouvelle voie desservant la zone artisanale, consacrant ainsi le nom définitif, colonialiste et raciste que beaucoup regrette aujourd’hui.

Participant de la « débasquisation patronymique » des années 70-80 mais aussi d’un imaginaire postcolonial indifférent à l’impact de la signalétique urbaine sur les consciences, ce nom de quartier ne semble pas choquer les élus de la ville, à l’exception de certains habitants.

En 2015, la banderole, placardée dans la ville pour annoncer « les fêtes de la négresse » et reproduisant une image caricaturale d’une femme noire, les lèvres proéminentes et peintes en rouge, est la goutte de trop pour l’enseignante Virginie Sassoon. Son tweet, aussitôt repris par celui du président de la Licra de l’époque, Alain Jakubowicz, déclenche une polémique dont le pourrissement aura vite raison.

Un ancien conseiller municipal socialiste, résidant de la commune, Galery Gourret, s’est longtemps battu en vain au sein des instances communales pour faire cesser ce « nom péjoratif et insultant pour une grande part de l’humanité ».  

Et Galery Gourret de prévenir, avant le dernier sommet du G7, dans une tribune au journal Sud-Ouest du 14 juin 2019 que lors du « Sommet franco-africain de novembre 1994 l’ancien, maire Didier Borotra avait masqué ces panneaux à connotation raciste. Comme déjà beaucoup de touristes, les visiteurs, africains et autres, seront choqués et d’autres perplexes, de voir ces panneaux, à moins qu’ils ne soient à nouveau recouverts!
Je trouve très étonnant que les habitants de cette ville qui ne sont point racistes continuent à vouloir garder ce nom. »

Les édiles de la ville savent donc que ce nom, qui servait à désigner les femmes Africaines, a pris sa source et sa dimension péjorative dans les crimes contre l’humanité que furent la traite, l’esclavage et le racisme antiNoir ?

Sont-ils cependant si ignorants qu’à vouloir maintenir un tel nom dans notre quotidien, comme s’il était banal, ils en maintiennent et en perpétuent les mécanismes de violences et de déshumanisation ?

Peut-on continuer à nommer ainsi un quartier de France quand on sait ce que les femmes Noires ont subi de violences intersectionnelles dans les crimes que sont la traite, l'esclavage et le racisme ?

Cette agression quotidienne contre la mémoire de luttes pour la dignité humaine doit cesser. Une violence psychologique, justifiée et maintenue par une institution publique, que nul, quelle que soit sa couleur et son origine, ne peut ignorer, continue de peser sur les hommes et les femmes que les hasards de la naissance, de la propriété, du travail et du voyage conduisent en ces lieux du pays basque.

Dans ce quartier, plusieurs établissements arborent d'ailleurs fièrement ce nom. Une forme de racisme institutionnel que la signalétique de la ville indique pour désigner une pharmacie, un péage autoroutier, la gare, la ZAC, le rondpoint et même le bar où cette femme a servie au 19e siècle affiche une photo de femme Noire à l’entrée.

Qu’au 21ème siècle une ville arbore et laisse perdurer un tel nom est proprement scandaleux et nous demandons qu’il soit retiré ou explicité par un panneau explicatif.

La convocation au tribunal de Bayonne, le 3 décembre prochain, de militants qui ont organisé une action de sensibilisation antiraciste lors du sommet du G7 d’aout 2019, est l’occasion d’une nécessaire pédagogie sur le sens de ce travail de réparation.

Il ne s’agit nullement de repentance, mais de réparation de la mémoire collective que nous devons aux générations actuelles et futures.

A l'instar des institutions qui de partout dans le monde s'engagent à déconstruire les dominations héritées des crimes du passé, la ville de Biarritz s'honorerait à rentrer dans cette oeuvre de mémoire et de justice. 

« Le procès de la négresse » du 3 décembre sera, donc, l’occasion de d’attirer l’attention des citoyens sur la continuité de cette violence plus que symbolique. Dans cette perspective, une délégation de Mémoires & Partages sera présente à Biarritz pour faire la pédagogie de cette démarche antiraciste par une conférence et une visite-guidée les 9 et 10 octobre prochains.

Karfa Sira DIALLO

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