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Billet de blog 15 juin 2019

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26 JOURS DE GREVE DE LA FAIM : HANDICAP ET PRÉCARITÉ, LA DOUBLE PEINE

Laurent ALLEAUME a entamé une grève de la faim il y a 26 jours, en date du 15 juin. Il a répondu à quelques questions qui lui sont souvent posées sur les réseaux sociaux au sujet de sa grève de la faim et de ses motifs.

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GRÈVE DE LA FAIM DEPUIS 26 JOURS : HANDICAP ET PRÉCARITÉ, LA DOUBLE PEINE

Laurent ALLEAUME, suite à un cancer, a subi une ablation du poumon droit avant d’être reconnu handicapé en 2014. Il s’est lancé dans une grève de la faim depuis le 21 mai dernier dans l’indifférence totale des politiques concernés et des médias.

Laurent Alleaume le 15 juin 2019 © Véronique M.


Laurent a commencé cette grève de la faim le mardi 21 mai 2019 (il a mangé la dernière fois le lundi 20 mai).

Laurent ALLEAUME à son 6ème jour de grève de la faim. © Laurent Alleaume

 Il se sent fatigué mais il a le moral parce qu’il se sent soutenu, comme il l’a indiqué sur son profil FACEBOOK.
Il ne buvait que du thé non sucré et de l’eau depuis le 21 mai mais très vite, il n’a plus supporté le thé qui lui donnait des douleurs gastriques donc depuis, il se contente seulement d’eau.
Il a été reçu par Médecins du Monde qui organisait un bilan de santé le dix-septième jour après le début de son jeûne et il est allé consulter son médecin mercredi 12 juin au matin. Un bilan sanguin lui a été prescrit et ses constantes ont été contrôlées. Il a déjà perdu 10 kg et un certificat circonstancié lui a été remis par son médecin concernant son état de santé en date du 12 juin (Laurent a publié les résultats de sa prise de sang ici sur son profil FACEBOOK).
Laurent n’avait jamais fait de grève de la faim auparavant, cependant il s’est renseigné sur les risques mais ne préfère pas évoquer ce sujet. En effet, il ne veut pas que cela entame son moral et sa détermination qui sont au beau fixe tous les deux, même après 26 jours sans nourriture et toujours sans réponse concrète des membres du Gouvernement.
L’an dernier, il avait réalisé une marche de Lisseuil (Auvergne) à Paris mais, malgré ses contacts avec une députée du Puy de Dôme et les services de Madame Sophie CLUZEL qu’il avait prévenues toutes les deux, il n’a jamais été reçu ni obtenu une quelconque réponse.

Laurent ALLEAUME en marche depuis Lisseuil (Auvergne) vers Paris, en 2018. © Laurent Alleaume

 En début d’année 2019, il a été tenté de commencer une grève de la faim mais il l’a repoussée pour des motifs personnels et c’est ce 20 mai dernier qu’il a décidé de se lancer dans cette action qui peut mettre en jeu sa santé et sa vie.
Ses revendications sont simples et claires
A la question du pourquoi, Laurent répond qu’il fait cette grève de la faim afin d’alerter les politiques sur la précarité des handicapés et pour faire entendre toutes leurs revendications.
Laurent souhaite seulement servir de relais et donner par son action la possibilité aux groupes FACEBOOK et associations d'handicapés de faire remonter eux-mêmes auprès du Gouvernement leurs revendications et doléances respectives. Il ne veut être qu'un outil de communication à la cause handicapée. Il tient absolument à attirer l’attention sur la cause (et non pas sur sa situation personnelle) et ouvrir éventuellement la porte qui permettra aux handicapés de défendre leurs pathologies et de mettre en avant leurs doléances et revendications.
Laurent a aussi quelques idées qu’il aimerait exposer comme par exemples :
- Le versement de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) de manière individuelle et à part entière, c’est-à-dire versée sans tenir compte des autres ressources du foyer et si la personne handicapée cumule d’autres revenus, elle sera soumise à l’impôt comme toute autre personne ;
- Une réelle considération de la personne handicapée, la prise en compte de son droit à la dignité, la fin de la négligence et surtout de la maltraitance, que ce soit volontaire ou indirect ;
- Une vraie aide et une véritable prise en charge des personnes vivant sous le seuil de pauvreté car des situations de ce genre sont inacceptables ;
- Tout comme il existe une procuration, pour les votes aux élections, inscrite dans la loi française, il faudrait créer un droit de représentation pour chaque personne handicapée afin que chaque personne étant dans l’incapacité de manifester (en situation de handicap) puisse être représentée nominativement, et officiellement comptabilisée comme manifestante de manière à ce que toutes ces personnes qui ont été gommées de la société puissent retrouver une citoyenneté.
Laurent veut mettre l’accent sur la précarité dont sont victimes les personnes handicapées. Il est nécessaire, lorsque l’on travaille sur le sort des handicapés, au sein d’un Ministère ou autre entité qui a en charge le sort des personnes handicapées, leur précarité, leur pauvreté, que ça le soit d’abord en concertation avec TOUS les handicapés, c’est-à-dire par des personnes atteintes de toutes sortes de handicaps et non pas par des personnes qui ne savent même pas, pour l’avoir vécu ELLES-MÊMES, ce qu’est être atteint d’une maladie invisible, être aveugle, sourd, malentendant, autiste, schizophrène, handicapé d’un ou des membres inférieurs, handicapé d’un ou des membres supérieurs, mal voyant, etc…. car tous les handicaps ne se ressemblent pas. Qui, mieux que les handicapés eux-mêmes, peut parler de leur cas personnel ? Ce qui sera valable pour l’un ne le sera pas pour l’autre.
Autre chose : une personne handicapée qui est élevée par une famille aisée n’aura pas les mêmes difficultés que celle qui sera née au sein d’une famille modeste ou très pauvre. Or, tous les politiques en charge du handicap depuis des années sont très loin d’être sous le seuil de pauvreté donc ils ne sont pas aptes à comprendre les très grosses difficultés qu’un handicapé et sa famille traversent en ne vivant qu’avec quelques centaines d’euros par mois.
A quand une table ronde en invitant tous les acteurs handicapés concernés, jeunes et moins jeunes, aisés ou pauvres, érudits ou non ?
A quand l’écoute active des oubliés de la société ?
Avant d’être handicapés, ils ont, pour une grande majorité d’entre eux, travaillé, œuvré bénévolement ou pas pour la société. Ils ont aussi, pour beaucoup, cotisé, participé à l’économie de la société et, un jour, leur vie a basculé. Une maladie, un accident, et ils perdent tout ce qui a été construit. Il leur reste leur dignité (quand elle ne leur est pas enlevée) et leur courage de vivre, ou plutôt de survivre car avec le montant de l’Allocation pour Adulte Handicapé qui leur est versée (actuellement fixée à 860 €), comment vivre dignement ? D’autant que s’ils ont la chance de vivre en couple, cette allocation leur est baissée ou supprimée si leur conjoint a des revenus qui dépassent de peu le plafond autorisé. En effet, actuellement, si le conjoint d’un handicapé sans enfant touche plus de 767 € par mois, soit 9 205 € par an, l’AAH n’est versée que partiellement car le plafond pour un couple sans enfant est de 19 505 € par an soit 1625 € par mois (Voir cet article officiel).
Laurent avait contacté Madame Sophie CLUZEL, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, à la fin de sa marche l’an dernier (voir l’article de LA MONTAGNE mais il n’a jamais reçu aucune réponse de sa part.
Concernant les médias, Laurent n’a voulu alerter personne(1) avant d’avoir jeûné suffisamment. Il ajoute : « En gros, si j’avais parlé de ma grève de la faim au bout de cinq ou dix jours de grève, les gens auraient douté de ma sincérité et du sérieux de ma démarche. Ce n’est que grâce à l’élan de solidarité sur les réseaux sociaux que mon action a commencé à se faire connaître. »
Laurent est une personne authentique. Il est déterminé et le précise calmement pendant notre entretien. Il compte sur des relais un peu partout en France pour diffuser son action et voir bientôt la mise en place d’une réflexion commune autour de toutes les revendications, doléances, idées afin que le handicap soit géré par des handicapés qui sont mieux placés que quiconque pour évoquer leur propre cas et non plus uniquement par des personnes qui n’ont aucune idée du quotidien des personnes touchées par le handicap doublé de la précarité.
Nous lui souhaitons d’être entendu et reçu très rapidement par les membres du Gouvernement concernés par ses revendications car il n’est pas seul dans le camp des désillusionnés : LE PARISIEN indiquait dans cet article du 6 mai 2019 que « Selon le 2ème Baromètre France Handicap de la confiance que nous révélons, 89 % des répondants – des personnes handicapées dont une majorité de femmes, ou leurs proches – n’ont pas, ou ont peu, confiance en la perspective de voir leurs difficultés mieux prises en compte dans la société. » alors qu’Emmanuel MACRON avait soi-disant fait du handicap, il y a deux ans, la priorité du Gouvernement.

(Une pétition a également été créée, depuis, ici)



« Être témoin de quelque chose c’est savoir,

ne pas en parler est un crime ».
Laurent ALLEAUME


(1) Depuis la rédaction de cet article en accord avec Laurent ALLEAUME, ce dernier a été interviewé par LA MONTAGNE (voir l'article ici). 

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