On se lève et on se bat !

Depuis la découverte de la composition du nouveau gouvernement, un immense mouvement de contestation traverse la France. En tant que militant·e·s écologistes, c'est-à dire en tant que militant·e·s féministes, il nous faut y prendre part tant le message envoyé par les nominations de Gérald Darmanin et Éric Dupont-Moretti est intolérable.

Extrait de mon intervention au débat de politique générale du Conseil Fédéral Europe Écologie Les Verts le 11 juillet 2020

 

« Un remaniement de la honte »

« La grande cause du quinquennat enterrée »

« Une claque en tant que victime, une claque en tant que féministe, une claque en tant que citoyenne et une claque en tant que femme »

 

 

Nommer au Ministère de l’Intérieur Eric Dupont-Moretti, connu pour ses propos anti-féministes, sexistes et violents, dans les médias et sur les plateaux ; quand seul un viol sur 100 fait l’objet d’une condamnation et quand le processus judiciaire est un long et douloureux chemin de croix pour les victimes ; c’est leur envoyer un terrible message et faire frein à celles et ceux qui voudraient s’engager dans un processus judiciaire.

Nommer au Ministère de l’Intérieur Gérald Darmanin, quelqu’un qui a lutté contre le mariage et l’adoption pour les personnes de même sexes quand les actes homophobes et transphobes ont augmenté de 36% en 2019 ; quelqu’un qui est sous le coup d’une enquête pour viol et abus de faiblesse quand les plaintes pour violences sexistes et sexuelles sont en forte augmentation chaque année depuis 2017 ; c'est envoyer un terrible message aux victimes qui font le choix de porter plainte et qui peuvent craindre que leur prise en charge dans les commissariat et que le déroulement des enquêtes ne s’amélioreront pas.

On entend souvent ces jours-ci que s’opposer à ces nominations c’est s'opposer à la justice. Nous disons qu’il n’en est rien !

Tout le monde a le droit à une défense, aller contre ce principe serait aller contre nos valeurs. Cependant, nos valeurs nous poussent à dénoncer l'expression médiatique d’Éric Dupont-Moretti qui a souvent été misogyne et sexiste Nos valeurs nous poussent à rappeler que cette expression médiatique n’a rien à voir avec son travail d’avocat et rien à voir avec son expression dans les prétoires. Nos valeurs nous incitent à rappeler le serment qu’il a prêté comme ses consoeurs et confrères avocat·e·s : « Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ». Enfin, nos valeurs nous obligent à dire que cela le disqualifie pour être Garde de Sceaux. 

De même, nous ne sommes ni compétent·e·s ni légitimes pour qualifier les faits dont est accusé Gérald Darmanin, c’est là le domaine des juges et des jurés. Cependant, nous sommes compétent·e·s et légitimes pour les rappeler. Nous sommes compétent·e·s et légitimes pour dénoncer que la majorité de ces faits n’ont jamais été niés par lui. Enfin, nous sommes compétent·e·s et légitimes pour dire que cela le disqualifie pour incarner, aux yeux des citoyen·ne·s, la garantie de l'exercice des droits, devoirs et libertés affirmés par la Constitution.

Le dire, ce n'est ni remettre en question le droit des prévenus à être défendus, ni remettre en question le droit des accusés à la présomption d'innocence. Le dire, c’est affirmer que leurs nominations sont inacceptables n’ont pas pour des raisons juridiques, mais pour des raisons politiques. 

Enfin, nous rappelons que ce sont bien les féministes, que ce sont bien les écologistes, qui sont du côté de la Justice et de la Police en cela qu’elles et ils demandent pour eux, et ce depuis des années, plus de moyens, plus de formations, plus d’évaluations...

Depuis ces nominations scandaleuses, des milliers de personnes crient leur colère sur les réseaux sociaux, au travers de pétitions et en se rassemblant dans des manifestations qui ont encore mobilisés plusieurs milliers de personnes vendredi soir. C’est pour moi le signe d’une grande vague, d’une lame de fond planétaire initiée par le mouvement #Metoo et qui n’est pas prête de s'arrêter. Une grande vague qui va submerger et emporter la culture du viol, l’impunité des hommes violents et le patriarcat. Et les écologistes y prendront part car oui, l'égalité Femmes Hommes est au cœur du défi climatique.

Alors maintenant, comme l’a dit, à peu près, Virginie Despentes en parlant d'Adèle Haenel et comme on a pu le lire sur des pancartes cette semaine : On se lève et on se bat ! 



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