Guerre commerciale, tension stratégique

En croisade contre les importations, M. Donald Trump menace de surtaxer l’ensemble des produits chinois entrant aux États-Unis. Le président américain espère former un front avec l’Europe contre Pékin. De son côté, la Chine cherche à se dégager de l’emprise occidentale sur son économie en accélérant sa modernisation et en trouvant de nouveaux débouchés, notamment avec les « routes de la soie ».

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Sajjad Ahmed. — « A Capitalist Dream » (Un rêve capitaliste), 2016

Sanat Gallery, Karachi

Américains et Chinois ont déterré la hache de guerre (commerciale), et rien ne semble les ramener à la raison. M. Donald Trump a commencé par menacer ceux qui « nous volent » (18 avril 2017), s’attirant l’avertissement de M. Xi Jinping : « Personne ne doit s’attendre à ce que la Chine avale des couleuvres au détriment de ses intérêts »(18 octobre 2017). De l’escalade verbale on est vite passé à l’engrenage des sanctions douanières. Washington a fait grimper les tarifs (de 10 à 25 %) sur une série d’importations chinoises ; Pékin a riposté.

Commencé au printemps, le feuilleton s’est poursuivi tout l’été et menace de s’étendre bien au-delà de l’hiver… Il est parfois difficile de démêler les annonces fracassantes des mesures réellement appliquées. Côté américain, une liste de 5 745 produits chinois (acier, aluminium, chimie, textile, électronique, etc.) a été établie, représentant un montant de 200 milliards de dollars (à comparer aux 505 milliards de dollars d’importations en 2017) qui sont taxés à 10 % jusqu’au 1er janvier 2019 ; par la suite, les tarifs devraient grimper à 25 %. La liste comporte plusieurs exemptions. Pour la petite histoire, les montres intelligentes (smartwatches), dont Apple est le champion outre-Atlantique, sont épargnées par ces taxations et pourront continuer à être assemblées et réimportées de Chine… Pékin a peaufiné ses représailles en listant 5 200 produits américains représentant 60 milliards de dollars (pour 130 milliards de dollars d’importations américaines en 2017) (voir l’infographie).

Si l’on en croit des membres de certains cercles pékinois et hongkongais, « Pékin paraît avoir été pris au dépourvu par le blitz protectionniste de Trump et avoir sous-estimé la montée du sentiment antichinois dans l’élite américaine  ». Un ancien conseiller politique américain remarque : « Pour comprendre la politique américaine, Pékin compte trop sur Wall Street et sur l’élite politique [dont M. Henry Kissinger, qui a contribué à (...)

source: Martine Bulard 

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