Mon frère est sur Tinder

Petit bois, en anglais. Pour mieux raviver la flamme. Hum. Drôle.

Au pays des allumettes - qui ne se réduit plus à la traditionnelle boîte (de nuit, souvent), et d'où l'on ne savait plus qui devenait videur, qui était vidé, ou qui devait se vider la tête - règnent aujourd'hui les fameuses poules dont je parlais, toutes à l'or.

Mon frère s'est pris d'une grippe aviaire. Mon frère est devenu fox, renard, et il croit chasser de son plein grain. La poule est victime d'un gigantesque stratagème. En fait, il s'agit simplement de les élever dans un espace clos (la publicité, la télé-réalité) en leur donnant une nourriture identique à chaque repas. Beauté, maquillage, bien sûr. Unicité, surtout. Et puis, de l'autre côté, on dresse le renard, avec quelques sites adaptés, de quoi lui enlever tout sens de l'orientation, le plus tôt possible, le plus bêtement possible. Le renard doit être blessé. 

Tinder (ou autre) n'est que la signature d'un socle (malheureusement) commun à de nombreuses personnes. Et mon frère en fait partie. De quoi est-ce le nom. Qu'y a-t-il de différent entre bander sur une pomme lustrée ou croquer dans une fille annihilée par la chimie et l'égocentrisme. Ou vice-versa, où versa le vice, on ne sait plus. Tout est devenu comestible, avec date de péremption. Les femmes en font les (rayons) frais. Alors qu'elles pensaient s'émanciper, les hommes les dominent de nouveau en les faisant chanter vers 35-40 ans. Un homme, ça prend son temps, pour la famille. Ça va sur Tinder, ça choppe de son âge, et ça fait miroiter autre chose que le Q, mais sans le I.

Et que dire de Tinder et son jargon patibulaire. On a l'impression d'être dans la peau du diable, faisant ses courses dans la masse humaine. Qui vais-je consommer ce soir. Le renard ferait mieux de ne pas devenir feu, firefox, car il sera vite rouge comme une tomate mozilla. Navigateur numérique qu'il est... sera dévoré par les sirènes, qui se vengeront du sombre sort, abyssal, qui leur aura été promis.

D'un désir, l'autre. Et celui-là, c'est la tombe du premier.

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