Post-confinement-Un RDV chez mon coiffeur : la Guyane de demain ?

« Bonjour je voudrais prendre un RDV pour une couleur et un soin ». Une demande banale avant l’épidémie du COVID19 .................... Un exercice risqué d’équilibriste qui met en péril la survie de l’artisanat et de manière générale de l’économie endogène en Guyane.

« Bonjour je voudrais prendre un RDV pour une couleur et un soin ».

Une demande banale avant l’épidémie du COVID19 qui s’est transformée à la réouverture des salons de coiffure en un stress quotidien pour les professionnels afin de se protéger et de protéger les clients. Un exercice risqué d’équilibriste qui met en péril la survie de l’artisanat et de manière générale de l’économie endogène en Guyane.

 

Mon RDV chez le coiffeur est d’habitude un moment privilégié car c’est un moment à moi et pour moi et surtout un moment de partage et d’échanges sur tous les sujet d’actualité. Et ce samedi, le sujet était bien entendu la réouverture du salon après le confinement. Pendant 2h environ, mon coiffeur et moi-même avons tenté d’échanger malgré les masques !!!! Une scène ubuesque, car le souffle manquant rapidement, nous étions contraintes assez régulièrement de nous taire et quelques fois de nous éloigner pour prendre une bonne bouffée d’oxygène.

 Après l’euphorie des tous premiers jours de la reprise d’activité au salon avec la mise en place des mesures barrières (https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/guide_covid19_branche_coiffurev110520.pdf,) c’est le stress, l’anxiété et la fatigue qui font le quotidien de mon coiffeur avec une augmentation des charges et une baisse du chiffre d’affaire. A terme on comprend, c’est le consommateur final qui devra absorber cette réorganisation par l’augmentation des prix mais à quel prix ?

Derrière cet exemple, c’est l’artisanat et de manière générale les très petites entreprises (TPE ) qui doivent gérer les lourdes contraintes des fiches sanitaires, les exigences des salariés comme des clients angoissés, les coûts supplémentaires, la fatigue, le stress et des aberrations qui apparaissent au fur et à mesure de la pratique, et que je ne citerai pas ici…

Un exercice de survie qui met en péril l’artisanat sous toutes ses formes si un nouveau modèle économique ne voit pas le jour, un modèle économique autre que le système actuel qui privilégie les grosses entreprises qui savent comment capter et mobiliser toutes les mesures de soutien à l’économie ( subventions de l’Etat, des collectivités locales, de la sécurité sociale, les prêts garantis par l’Etat et les optimisations fiscales).

Pour les TPE qui représentent près de 90%  du tissu économique, le combat est aujourd’hui décisif : survivre personnellement et professionnellement à la crise sanitaire.

En Guyane, nous pourrions proposer une activité de production endogène et solidaire sur un territoire riche de ces peuples et de ces ressources naturelles. Des propositions existent mais qui présupposent en premier lieu que les Guyanais décident pour eux et par eux-mêmes.

Ce choix qui s’affirme de plus en plus depuis le mouvement social de mars-avril 2017 est entravé par des rapports de force conflictuels entre groupes sociaux d’une part, et par les tactiques ou pratiques mises en œuvre par les « élites dirigeantes » qui maintiennent la passivité de nos populations OUTRE-MER d’autre part. Toutefois le problème de cette domination n’est pas d’ordre quantitatif mais plutôt organisationnel et stratégique.

Face à une supposée élite locale prête à garder ses privilèges à tout prix en acceptant les pratiques colonialistes qui perdurent, on trouve une population qui croit de moins en moins en la « chose politique » espérant en vain la fin de la spirale récurrente des différentes violences de toute sorte subies au jour le jour et qui ont été dénoncées en 2017. Cependant, des signes du changement qui vient sont déjà visibles : divers collectifs de protections de citoyens, associations de solidarités, appel à des activités économiques solidaires, etc.

Il nous importe de finaliser pour la Guyane un choix de société quel que soit la taille du groupe qui prendra la charge de mener à bien cette transformation, ce qui reste primordial c’est notre volonté, notre détermination et notre capacité à nous organiser

« NOUS LES GUEUX

Nous les peu
Nous les rien» (1)  

Pour reprendre notre pouvoir de décisions et d’actions jusqu’à la victoire que nous voulons NOTRE.

 

 (1) Léon Gontran Damas(1912-1978), in Black-Label, Ed. Gallimard,

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.