Guerre au sapin de Noël !!

Consternation totale devant "une idée à la con" par jour. Ridiculiser la cause écologique, est-ce pour cela que EELV a été élue??

Au moment d'une pandémie mondiale, des catastrophes climatiques ou écologiques, le Maire de Bordeaux s'attaque au vrai problème : le sapin de Noël!!! Tuer un arbre, arghhhh! Il est vrai que la France manque dramatiquement de sapins, surtout dans les Landes et il faut cesser ce génocide.

Bon. Évidemment, tout le monde hurle. Les enfants sont terrorisés, la REM se marre : ça rattrape les bêtises de Collomb, qui criait au chaos et à l'anarchie si l'écologie gagnait  Lyon, révélant par là le vieux monde moisi, réactionnaire de l’exécutif actuel. Mais la gauche écologique a le chic pour saborder nos rêves et notre survie, au bout du compte.

Les naïfs comme moi, devant la crise du monde, ont eu le tort de se consoler en se disant que les catastrophes sanitaires et écologiques qui se succèdent crescendo permettraient aux Verts, à l'écologie enfin, de faire prendre conscience à tous de l'urgence dans laquelle nous nous trouvons. La Nature n'a plus les moyens de se payer le libéralisme : trop cher, un pognon de dingue. Elle flambe, la Nature...Entre deux canicules et les chiffres du covid et du chômage, les électeurs ont fait bouger les lignes.

En effet, le monde fait peur : en Californie, chaque année, les feux prennent une ampleur cataclysmique : ces Californiens, si fun, si privilégiés courant en pyjama dans les flammes...comme des koalas. Eux aussi, ils meurent, ces Californiens du si cool, si soft Power. On les enviait un peu il n'y a pas si longtemps. Il y a un an, l'Australie flambait, gigantesque barbecue d'animaux sauvages, comme la forêt amazonienne. Ça fait beaucoup de sapins de Noël, beaucoup beaucoup. Devant ce magnifique spectacle pyrotechnique, n'oublions pas l'AZF puissance 10 à Beyrouth. Et l'Afrique qui succombe de chaleur, de misère et des sauterelles djihadistes avant d'aller se noyer en Méditerranée. Or, les écologistes avertissent depuis longtemps, ils avaient raison...

Mais le Maire de Bordeaux regarde ailleurs, celui de Lyon aussi. Leur focale est française : le sapin de Noël et le Tour de France. Voilà les vrais problèmes.

La ré-autorisation des pesticides tueurs d'abeille ne les inspire pas, pas plus que les algues vertes  en Bretagne, ramassées à grand frais du contribuable. Macron continue d'installer en douce l'accord de libre-échange du CETA malgré la catastrophe annoncée pour les éleveurs et les consommateurs. Devant un système qui s'effondre, c'est pourtant le moment d'exiger, de bouger et de gagner des luttes. Sous nos masques, nous aspirons tous une bouffée d'espoir que devant la démonstration de la crise permanente,  les forces de gauche, les Verts en premier, boutent les théories libérales et leurs conséquences mortifères. Nous sommes en position de force, pour impulser un refus des lois meurtrières de la "compétitivité" et du fric, proposer nos solutions : recul de l'agriculture productiviste, relocalisations, choix de croissance humaine et non matérielle, partage social, lutte contre les multinationales qui gouvernent à la place du politique, etc, etc.

Bref, tout est prêt : le feu couve sous la cendre, il n'y a qu'à souffler dessus. Et on préfère faire des courants d'air avec les sapins et le Tour de France....

Comment la gauche se débrouille-t-elle pour se tirer des balles dans le pied? Un vrai mystère, bien que l'influence de certaines idéologies puisse l'expliquer en partie : une pensée stalinienne rampante et tenace (Léninistes et trotskistes n'en ont jamais fait la critique radicale et pratiquent toujours l'hégémonie idéologique), la volonté de s'ériger en censeur, en chef. Ça sent le flic et le curé : révélateur de s'en prendre au peu de choses somme toute festives qui nous restent. Il est vrai que Noël n'est pas très apprécié par une certaine gauche : trop chrétien. Les arbres de Noël sont pourtant furieusement païens et remontent à la nuit des temps. Sacrifiés et flambés pour écarter la nuit de l'hiver, ils nous renvoient à une fête primitive qui a subi bien des syncrétismes et c'est comme cela qu'il est vécu. A Strasbourg, c'est une affaire d'état que le choix, le transport et l'installation de l'arbre au centre-ville. Et c'est beau comme une mémoire sans âge.

Comment des élus, qui portent collectivement nos espoirs, peuvent-ils se comporter en tristes Tartuffe culpabilisants, sans culture et sans joie?

Traumatiser  nos anciens (et pas qu'eux) en étrillant le Tour de France, bonne idée aussi. Bien sûr qu'on pourrait inciter à des voitures électriques et moins d'hélicoptères, mais c'est avec des invectives de procureur  que Grégory Doucet se permet de mépriser un évènement populaire. Il  a le droit de ne pas aimer le Tour, qu'il en cause un brin avec des copains le samedi soir mais parler au nom des Lyonnais qui l'ont élu me parait aussi  peu légitime que le délire du père Fouettard anti-sapin de Noël pour les Bordelais.

Ce n'est pas avec ces postures de censeurs idiots et autocratiques que la gauche sociale et écologique va nous sortir du pétrin. Ces caricatures desservent et ridiculisent l'écologie. Une majorité de gens en France voterait pour un candidat de gauche et pourtant, nous en sommes réduits à un duel Macron-Le Pen.

Pourquoi? Parce que la gauche n'arrive pas à sortir de ses vieilles habitudes dogmatiques, que tout élu ou chef se prend pour le Grand Timonier, comme Mélenchon. Regardez celui-là, comme il cause bien, comme il porte notre colère en tribun du peuple, avant sombrer dans des colères de dictateur, -sauf envers les indigénistes identitaires de LFI-. Et essayez de dire à un militant de LFI que le Venezuela ne vous enthousiasme pas, et que Robespierre a zigouillé bien plus de sans-culottes et d'intellectuels que de nobles, sans vous faire traiter de réactionnaire, vous aurez de la chance.

Quant aux Verts, à part culpabiliser le péquin sur ses modestes joies, sur le terrain des luttes, on ne les voit pas beaucoup cibler les vrais responsables du désastre mondial, à savoir les élites économiques et leurs sbires zélés de la Macronie. On préfère des sermons, du haut de la chaire, qui sentent le mépris et la contrainte.

Pourtant, il y a une brise libertaire dans l'air, informelle. Les luttes des Gilets Jaunes dans leur diversité  nous montrent le chemin : zadistes à Saint-Nazaire, le cœur à gauche à Paris ou à Nantes, plus à droite ailleurs, le rassemblement se fait sur la lutte et pas sur le kit idéologique fourni par le Parti.

Oui, il y a un vieux monde qui ne veut pas lâcher et nous entraine vers l'apocalypse : un monde de vieux milliardaires rancis, des ultras, mais aussi des élus et des responsables de gauche qui nous font encore le coup du chef ou du prêtre, incapables de sentir les synergies et les convergences dans les luttes.

Ces réflexes passéistes, et certainement inconscients pour certains, risquent de nous faire perdre l'occasion de ...survivre?

 

 

 

 

 

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