Gilets Jaunes, boycottez Emmanuelle Wargon

Accepter de reconnaître d'Emmanuelle Wargon comme interlocutrice dans le cadre du Grand Débat National reviendrait pour les Gilets Jaunes à se renier.

L'auteur de ces lignes n'est pas un Gilet Jaune, mais il trouve leur mouvement suffisamment légitime et nécessaire pour leur adresser cet appel et attirer leur attention sur le fait suivant:

L'existence de ce Grand Débat National est en soi une victoire certaine pour les Gilets Jaunes. C'est l'aveu arraché à l'Etat et au pouvoir macronien  que "quelque chose a cassé". Avec l'organisation de ces Etats Généraux fondés sur une consultation directe et désintermédiée au possible, c'est la philosophie politique et les règles du jeu de la Veme République qui sont pour partie abolies: balayés symboliquement, les coûteux élus qu'on nous montrait comme les représentants exclusifs, légitimes, incontournables du Pays Réel avec lequel ils prétendent être en phase; marginalisée, l'Assemblée Nationale perçu comme seul espace où rencontrer la Volonté Générale et entendre la Nation.

Mais il est naïf de croire que le pouvoir macronien souhaite s'asseoir sincèrement  autour de la table des discussions avec une plèbe qu'il méprise, comme le montre définitivement la dernière sortie lamentable du président s'agissant de ces français n'ayant pas le goût de l'effort. Le Grand Débat encadré par l'Etat n'est donc qu'une vaste étendue vicieuse de sables mouvants où le Pouvoir espère engloutir ou soumettre l'adversaire. Ecouter pour ne rien changer. Les manoeuvres ont commencé avec Buzyn, qui joue la compatissante et désarme ainsi la virulence de ses interlocuteurs qui l'admettent: "comment se fâcher contre quelqu'un qui dit comprendre nos problèmes?". 

Il y a donc méprise sur la signification réelle de ce Débat. Les Gilets Jaunes entendent "débat", Macron veut rejouer Canossa. 

Il est  nécessaire de participer au Débat, mais certainement pas en se soumettant aux règles imposées unilatéralement par l'Etat, certainement pas enfin en acceptant d'avoir pour interlocuteur Emmanuelle Wargon, incarnation de l'idéologie anti-républicaine des macronistes.

Il ne s'agit pas, comme Mediapart et Mauduit, de la discréditer en cherchant le point faible du côté de ses salaires perçus lors de son passage dans le privé. La logique que sous-tend cet article est à ce point ridicule que nous ne abaisserons pas à la réfuter.

Le point faible qui doit pousser les Gilets Jaunes à mettre Wargon sur la touche à est à trouver du côté de son idéologie, idéologie que révèle sa fonction dans le privé. Elle était en charge du lobbying exercé par la société auprès des institutions publiques:

cela signifie qu'elle voit l'Etat comme une entité composée de mécanismes et d'agents parmi lesquels se trouvent des points faibles et névralgiques sur lesquels exercer une influence;

cela signifie qu'elle voit l'élaboration et l'expression normatives de la volonté générale comme l'occasion d'influer par des actions ciblées plus ou moins dissimulées;

cela signifie enfin qu'elle considère normal de faire passer des intérêts particuliers devant l'intérêt général.

Je pose donc la question aux Gilets Jaunes: votre mobilisation vous coûte très cher. Psychiquement, financièrement, sans doute socialement. Vous êtes portés par un ras-le-bol protéiforme où l'on décèle l'envie de trouver la voie d'une République des valeurs.

Avez-vous donc fait tout ça pour vous retrouver à discuter avec une personne comme Wargon qui incarne EXACTEMENT toutes les valeurs, toutes les conduites anti républicaines possibles et imaginables ? Les républicains que vous êtes, pour la plupart, accepteront-ils d'être encadrés par une énarque qui voit donc la France comme l'hybridation entre une marionnette, un larbin et une prostituée ? 

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