En perte de vitesse, Frédéric Bongo abat ses dernières cartes...

Ne disposant plus d'aucun pouvoir au sein des services de renseignements, l'ex tout-puissant chef des services des renseignements de la Garde Républicaine abat ses dernières cartes pour essayer de faire chanter son frère. Elles s'appellent la Lettre du Continent mais surtout Anna Rocha, discrète lobbyiste et plume fantôme du confidentiel.

Savoir s'arrêter est une qualité que bon nombre de caciques du Gabon n'ont pas... Et certains ont la dent dure même quand il s'agit de leur famille ! On pourrait citer de nombreux exemples mais aujourd'hui, arrêtons nous sur le demi-frère de BOA qui en perte totale de vitesse, a décidé de mener la vie dure au président.

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Après s'être vu privé du bras armé de sa division de renseignement avec la refonte des services des renseignements datant du 9 juillet 2019, Frederic Bongo garde une rancune tenace contre ceux qu'il tient responsables de sa dégringolade notamment Ali Bongo Ondimba. Avec la nomination d'Alain Djibril Ibaba à la tête de la Direction de la Documentation et de l’Immigration (DGDI), Anselme Léopold Délicat à la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (appelée plus communément B2), colonel Jean-Claude Sipiamo-Berre, nommé à la tête du Conseil national de sécurité et le changement de tête à la DGR avec l'arrivée du chef d’escadron Lanature Onkoni De Ballakulli, la récréation semble bel et bien terminée. Pour cause, sans ami à la tête de ces entités et en délicatesse avec le colonel Jean-Claude Sipiamo-Berre directeur du Conseil National de Sécurité, cet ancien de Saint-Cyr ne dispose plus d'aucun pouvoir coercitif. En effet, exit les interdictions de sortie du territoire, les arrestations arbitraires et autres procédés car l'homme ne dispose plus de moyen de pression sur les "nouveaux" entrants du système sécuritaire gabonais.

Pour se rattraper et espérer revoir certaines de ses prérogatives lui revenir, Frédéric Bongo fera le choix d'aller en guerre contre différentes personnalités du pays. Ses attaques incessantes contre l'épouse du président, Sylvia Bongo Ondimba ne sont plus à démontrer (consultez mes précédents articles). Principale source de la Lettre du Continent qu'il utilise comme un moyen de pression, il usera de cette bonne relation pour embêter celui qu'il considère comme l'un de ses concurrents: Jean Charles SOLON, responsable du centre d'interception présidentiel (SILAM) afin de l'afficher dans les médias et vouloir démontrer le rôle majeur attribué à un "étranger" dans le système de renseignements gabonais ( https://www.africaintelligence.fr/lc-/premier-cercle/2019/08/28/le-maitre-des-ecoutes-presidentielles-sort-de-l-ombre,108369791-art ).

Mais ce n'est pas tout, Frederic Bongo dispose d'un autre atout dans sa manche qu'il a utilisé savamment pour montrer que son pouvoir de nuisance reste présent. Cet atout se nomme Anna Rocha, lobbyiste bien introduite dans le secteur pétrolier et qui est intervenue pour le compte du Gabon à plusieurs reprises. Elle jouera notamment un rôle important lors de l'élection présidentielle 2016 où elle permettra la médiatisation de l'ingérence de Mamadi Diané, conseiller du président Alassane Ouattara, par le biais d'écoutes téléphoniques entre celui-ci et Jean Ping ( https://www.jeuneafrique.com/353085/politique/gabon-cote-divoire-conseiller-dalassane-ouattara-aide-jean-ping-a-linsu-de-patron/ ). Anna Rocha interviendra aussi dans le domaine économique avec la médiation entre la présidence gabonaise et Maurel and Prom sur le rachat par Patermina des actifs du groupe pétrolier ou encore sur la négociation entre le Gabon et le groupe Eramet sur l'intensification de leurs activités dans le pays. 

Aujourd'hui, cette lobbyiste discrète, à qui on prête une relation avec le gouverneur Eloi Nzondo, use de son réseau au service de Frédéric Bongo afin de faire regretter à BOA les derniers choix qu'il a opéré. Ces deux derniers faits en date: la publication d'un article au vitriol dans la revue The Economist (https://www.economist.com/middle-east-and-africa/2019/08/15/why-many-foreign-companies-are-on-the-verge-of-leaving-gabon ) dans lequel la rédaction de ce média normalement sérieux pointe du doigt les nouveaux collaborateurs de BOA en portant atteinte à l'image du pays à l'international. Le second n'est autre que l'article publié par le correspondant de Bloomberg Baudelaire MIEU ( https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-09-02/gabon-president-hospitalized-in-london-as-health-deteriorates ), travaillant aussi chez Jeune Afrique, qui ne citant aucune source crédible annoncera l'hospitalisation de BOA alors même que son épouse publiera le matin même une photo du président dans leur résidence de Londres.

La présidence de la république gabonaise vient d'ailleurs de publier un démenti de cette information et entend engager des poursuites judiciaires contre l'auteur de l'article. Au moment où le Gabon semble redresser la barre, de vieilles habitudes continuent d'être perpétrées et il est fort dommage que les guerres d'égos de certains occupent un temps qui pourrait servir au plus grand nombre. 

BOA versus BOF, un combat dont l'issue ne laisse aucun doute.

Affaire à suivre... 

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