Lambert Matha et les 60 voleurs !

L’aspect sécuritaire au Gabon est de plus en plus décrié par ses habitants, pointant trop souvent du doigt l’absence d'une police de proximité au bénéfice d’une police coutumière du racket et de l'inefficacité...

Lambert Noël Matha © Ministère de l'intérieur - Gabon Lambert Noël Matha © Ministère de l'intérieur - Gabon

   L’aspect sécuritaire au Gabon est de plus en plus décrié par ses habitants, pointant trop souvent du doigt l’absence de police de proximité au bénéfice d’une police coutumière du racket et souvent inefficace. 

   Faisant l’état des lieux du portefeuille dont il a la charge, le ministre de l’Intérieur a déclaré qu’une soixantaine de policiers coupables de racket sur la voie publique ont été tout simplement limogés et que cette action exemplaire aura pour effet d’empêcher d’autres de s’adonner à trafic. Un pansement sur une jambe de bois dira-t-on.

 

 En effet, rares sont les jours au Gabon sans qu’un(e) automobiliste ne soit en proie aux « Il vous manque la 4èmecale métallique », « votre trousse à pharmacie n’est pas homologuée » ou encore « les piles de votre baladeuse ne sont pas conformes » pour les plus inventifs.

Pour les plus flémards et/ou gentils, un simple « Fais-moi un coca », « je suis sous le soleil depuis le matin » ou « j’ai faim pardon » peut servir d’amorce à la fameuse transaction financière !

   Ces actes sont à la base de la fracture ouverte entre les éléments de la police et la population qu’elle est censée protéger tout en jetant du discrédit sur l’ensemble de la profession et des corps habillés.

Racket police Gabon © Gabonreview Racket police Gabon © Gabonreview
 Fracture accentuée par l’ « institutionnalisation » de ces pratiques dans différents endroits de la ville. Ainsi Les taximen et « clandos » savent, avant même le début de leur journée de travail, le montant de la « recette » qu’ils devront donner à ces personnes en uniforme faute de quoi ils se verront immobilisés et leurs documents administratifs saisis.

 

 

   Il n’est donc plus rare de voir un groupe de trois à quatre personnels positionnés sur des axes stratégiques, attendant patiemment le passage des transporteurs pour récupérer la dime. Tels des hommes tout droit sortis de Scarface ou autres films sur les gangsters italiens, ces agents noteront sur un petit carnet les plaques d’immatriculation de leurs victimes afin d’éviter qu’une double ponction ne soit menée dans la même journée et de tenir les comptes.

    Ces éléments dont la mission première est la sécurisation de notre environnement semblent aujourd’hui plus enclin à s’enrichir personnellement et à préparer financièrement la java du weekend. Enrichissement personnel? Selon notre enquête, il semblerait que le réseau soit bien plus vaste car comment expliquer que malgré les multiples changements du ministre de tutelle ou même des commandants des forces de police, cette pratique soit toujours d’actualité ?

   Le témoignage d’un agent de police ayant souhaité garder l’anonymat nous informe que dans les sommes récoltées, une grande partie sont reversées directement au supérieur hiérarchique qui prend la décision de « placer » ses pions sur les points les plus rentables. Celui-ci aura enfin pour charge de s’occuper du contrôle de la rentabilité des agents et de la redistribution des fonds au sein de la hiérarchie. Les opérateurs les moins prolifiques seront alors renvoyés à de basses besognes au sein du commissariat et remplacés par d’autres à l’appétit plus aiguisé.


Inspection générale de la police nationale © Libération Inspection générale de la police nationale © Libération

   L’allocution du Chef de l’État laissait penser que cette pratique d’un ancien temps serait révolue sous peu mais que nenni… Alors la confiance n’excluant pas le contrôle, à quand la création d’une police des polices qui viendra mettre à mal ces hors-la-loi et restaurer le lien de confiance qui doit exister entre les corps habillés et les riverains ?

Affaire à suivre….

 

 

 

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