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Billet de blog 6 mars 2019

Jean Ping: Haut Représentant du Président de la République sous peu ?

De grandes discussions ont eu lieu il y a quelques jours dans un hôtel de la place de Rabat entre des acteurs majeurs du monde politique gabonais afin de négocier l'éventuelle fin de la guerre froide qui sévit au Gabon. Cette rencontre, voulue secrète, avait pour objectif la négociation d'un cessez-le-feu entre les deux hommes forts du pays.

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La rencontre a eu lieu dans le Sofitel de Rabat, où la délégation gabonaise séjournant auprès d'Ali Bongo toujours convalescent, a posé ses valises depuis le transfert du Président gabonais après l'épisode de Riyad. Lors de cet échange dans un salon feutré, les deux camps rythmant la vie politique du pays depuis la présidentielle controversée de 2016, ont échangé sur une éventuelle sortie de "crise".

Jean Ping & BOA © La Tribune Afrique

En tête des négociations côté BOA, un haut membre de son cabinet politique dont nous aurons l'identité très prochainement et en face, en tant qu'émissaire du "Président Elu", Chantal Myboto (le Président élu étant toujours interdit de sortie de territoire, la négociation ne pouvait se faire en personne NDLR). Les tractations avaient été ouvertes il y a peu, à savoir après l'épisode de la fameuse invitation de l'ONU à l'attention de Jean Ping. Après avoir été désavoué publiquement par l'organisation internationale, l'ancien président de l'Union Africaine a fait le choix de mener des tractations afin de mettre fin à cette situation qui devient intenable et cela pour plusieurs raisons.

La première est l'assignation à résidence de Jean Ping et son interdiction de sortie du territoire qui posent problème à ce dernier. En effet, cela fait maintenant plusieurs années que le président de la CNR n'a pas pu quitter le pays et cela a un effet de plus en plus important notamment sur sa santé. Le fait de ne plus être en possession de ses passeports, comme il l'annonçait au micro du média allemand DW dans une interview, est aujourd'hui problématique car il nécessite certains soins médicaux difficiles d'accès au Gabon. 

Après il y a les finances et de la justice, la campagne présidentielle malgré la coalition de l'époque a été un gouffre financier pour Jean Ping qui a assumé en majeure partie le financement des différentes actions mises en place. L'éclatement de l'entente à la suite de la participation de certains de ses alliés de circonstance aux législatives et locales aura une conséquence importante: le non-remboursement des frais avancés sur les actions de campagne par bon nombre de ses anciens "amis". S'ajoutant à tous cela la justice avec différentes affaires comme celle de sinohydro qui laisse planer au-dessus de la tête de cet homme une épée de Damocles qui n'a pas frapper jusque-là grâce aux derniers soutiens internationaux dont il bénéficie. En effet, Jean Ping doit sa seule impunité à des demandes formulées par certaines institutions internationales afin d'éviter d'envenimer les choses dans le Gabon et de répéter la situation de 2016.

Loin de moi l'idée de justifier son choix de vouloir mettre fin à cette situation mais il est bon d'avoir tous les éléments avant de juger quoique ce soit. D'autant plus que cette décision a été prise à contre-courant de l'entourage de Jean Ping et sans jamais annoncer cette démarche à ses proches, de peur notamment que ceux-ci fassent tout pour boycotter les tractations en cours.

Nous arrivons donc après cette brève description de la situation à ce qui nous intéresse ici, à savoir les négociations en cours et le package demandé.

Les conditions du Président élu sont simples: mettre fin aux attaques contre sa personne, la restitution de ses documents de voyages, l'arrêt des poursuites à son encontre, la fin du gel de ses avoirs au Gabon d'une valeur de plusieurs milliards de francs CFA et le poste de Vice-Président de la République en remplacement de Pierre-Claver Maganga Mousssavou qu'il considère comme un traitre. 

Cependant les négociations ne se passeront pas comme prévues et les demandes seront revues à la baisse, les premiers points ne semblaient pas poser problème selon notre source mais le poste demandé n'était pas négociable. Après de longs échanges, Chantal Myboto et le représentant de BOA tomberont donc d'accord sur un poste de "Super" Haut Représentant du Président de la République en lieu et place de Maixent Accrombessi. Si la négociation est conclue, Jean Ping se verrait donc remplacer l'ex directeur de cabinet et octroyer un poste qui lui prévaudrait une immunité diplomatique, la levée des poursuites contre lui et une tournée "diplomatique" à grande échelle pour redorer l'image du pays. Ce qui équivaudra bien sur à des frais de missions rondement payés par les contribuables. 

Le dernier point sera le retour au Gabon de son fils, Franck ping, et l'abandon des poursuites contre lui aussi. Un poste de ministre d'État a été évoqué mais pour le moment la première priorité reste la situation du père. Une nouvelle rencontre est prévue sous peu et pourrait être le dénouement de la situation que connaît le Gabon depuis plusieurs années.

Bon nombres de personnes critiqueront le choix de cet ancien membre du régime mais il est vrai que l'animal politique retombe toujours sur ses pattes et qu'au final, ce sont toujours les mêmes qui payent l'addition: les gabonais ! Cet accord, si accordé, verra-t-il la fin de la résistance grassement financée par les deux parties ? 

Affaire à suivre....

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