Guerre de leadership et fausse paparazzade

Une éventuelle rencontre entre Brice Laccruche et Laurence Ndong, Jonas Moulenda ou encore Messir Nah Ndong est sur le point de voir le jour. Frank Nguema travaille actuellement sur les détails. Mais pourquoi l'annonce a-t-elle été faite en amont et publiquement sur les réseaux sociaux ? C'est simple: une belle opération de communication et de levée de fonds pour le trio d'opposants.

L'annonce arrive avec fracas le mercredi 11 septembre (date marquante pour d'autres raisons mais le parallèle est intéressant) avec la publication d'une proche du camp Jean Ping en la personne de Doriane "Herel" Ozenga. Trois membres de la diaspora et fervents défenseurs de l'opposition gabonaise auraient rencontré le tout-puissant dircab de BOA dans un hôtel parisien pour négocier des postes et des mallettes. Jusque-là rien d'étonnant et de neuf sous le soleil car comme il est dit souvent au Gabon: "Qu'est ce qu'on a pas vu ?".

Moulenda - Ndong - Messir © Gabon Media Time Moulenda - Ndong - Messir © Gabon Media Time

Mais, il y a toujours un mais, cela semblait trop simple et trop beau pour être vrai. Pour comprendre la situation et la démarche de ces personnes, il faut revenir sur certains points. Le premier est que l'opposition apparaît plus divisée que jamais avec la multiplication de déclarations de ses "portes-paroles" qui n'en finissent plus de distiller des messages contraires, chacun souhaitant tirer le drap de son côté. L'alliance de circonstance pour les élections présidentielles de 2016 n'aura pas tenu face au dur retour à la réalité et aux appétits de ses différentes membres. Alors que Jean Ping reste à la tête de la CNR, que Barro Chambrier déploie son RPM et que Nzouba Dama veut faire vivre sa Coalition Démocratique de l'Opposition, les soldats de plus petits rangs se retrouvent dépourvus de leaders et surtout de gagne-pain.

Ces éléments ressortent ostensiblement dans les prises de parole des "résistants" dont les principaux sujets sont le manque de cohésion entre leurs membres, les traitrises et autres coups bas lancés régulièrement. Insultes à visage découvert, publication d'audios compromettant et autres sextapes, les guerres fratricides au sein des marcheurs du Trocadéro ne font des victimes que dans leur propre camp. C'est ce que regrette bon nombre de figures du mouvement, notamment en la personne de Laurence Ndong, Suzanne Barat ou même Thibaut Adjatys. La première s'est d'ailleurs étalée sur un live Facebook en dénonçant le manque d'impact de leur camp, faute de l'incapacité de certains leaders à avoir une réelle stratégie (elle citera en autre un haut cadre politique proche de Jean Ping) et à la multiplication d'actions inefficaces (fake news,missives guidées contre une personne,..). 

Face au retrait de leurs principaux financiers et à la réduction des moyens qui sont accordés, une guerre de leadership s'est déclenchée chez les soldats des anciens caciques du régime. Il s'agit dorénavant de s'assurer la place au plus près du soleil pour recueillir les quelques miettes restantes en multipliant les actions tapageuses et autres placements. La situation de restriction budgétaire est devenue une source d'inspiration pour certains afin de trouver les voies et moyens susceptibles de leur offrir deux choses: une visibilité et des rentrées d'argent.

De cette réflexion naîtra l'idée de l'annonce de la fausse rencontre entre les activistes et BLA. A l'image d'une fausse paparazzade (procédé utilisé par les stars pour faire parler d'elles dans les tabloïds et remporter de l'argent), les trois compères monteront cette petite opération de communication. Il sera donc demandé à Doriane Herel, moyennant rétribution, de publier avec fracas l'idée selon laquelle Laurence Ndong, Jonas Moulenda et Messir Nah Ndong ont été reçus par le dircab.

Ce mensonge devait remplir plusieurs objectifs: le premier est d'occuper l'espace "médiatique" en plaçant ces trois personnes sur le devant de la scène. Jusque-là, on peut dire que c'est un succès car même Jonas Moulenda, en perte de vitesse suite à ces réguliers changements de camp, se retrouve propulser comme une personne qui compte dans la résistance. Ainsi la nature ayant horreur du vide, le trio espérait par ce biais prendre des galons car la simple annonce d'une rencontre avec l'homme fort du pouvoir Bongo-PDG leur octroyait de facto une certaine importance et légitimité au sein des rangs de la résistance.

Là où la barque a été rondement menée, c'est sur le second objectif, à savoir celui de faire rentrer du cash car le plan aboutirait forcément sur une issue positive pour les instigateurs. Pourquoi ? Il faut savoir que la demande d'audience au dircab de la part de ce trio ne date pas d'hier mais qu'elle est restée sans réponse malgré l'intervention de proches du pouvoir. Faute de retour positif, l'annonce publique de la rencontre à l'hôtel est devenue un moyen de pression pour rendre possible l'entrevue et cela semble avoir fonctionné. En effet, le ministre Frank Nguema a été dépêché en urgence dès le jeudi soir sur Paris pour finaliser les contours de la rencontre qui devrait avoir lieu dans les prochains jours. Du côté du DC, vu que la demande d'audience a été annoncée publiquement, il serait dommage de ne pas entendre ce que le trio a à proposer.

L'autre approche intelligente de ce trio a été de se dire que quelque soit l'issue de la négociation avec BLA, ils useront de cette rencontre comme moyen de pression sur leurs anciens commanditaires. En effet, pour ne pas apparaître comme totalement disloquée et plus bas que terre, l'opposition par le biais de ses caciques devront revenir à la charge et mettre la main à poche pour appâter de nouveau ce trio dans leurs rangs. Après le volteface de nombreux membres de la résistance, la défection de ces trois personnes serait un coup fatal pour l'opposition radicale surtout dans ces temps où les politiques affutent leurs armes pour la prochaine présidentielle.

Une opération très bien menée qui devrait accoucher de résultats dans les tous prochains jours et je vous invite à garder un oeil sur les comptes réseaux sociaux de nos chers trois mousquetaires.

En tout cas, affaire à suivre...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.