2023: le choc des civilisations !

Les "émergents" comptent bien damer le pion aux "volontaires" et sont prêts à tout pour ça, quitte à faire preuve de trahison envers celui qui les a fait, à savoir: Ali Bongo Ondimba. La Présidentielle 2023 promet d'être mouvementée et d'apporter son lots de surprises plus ou moins agréables...

Depuis le début du multipartisme au Gabon, rejoindre l'opposition apparaissait comme LA solution pour se placer et récupérer des postes au prix souvent du sacrifice des idées, des hommes et du bien commun. Le modus operandi fera ses preuves à de nombreuses reprises, propulsant des anonymes dans le "cercle du pouvoir au prix d’arrangements tard le soir dans des villas cossues. Les exemples sont si nombreux que la liste est trop longue pour être déroulée ici mais je sais que les noms fusent déjà dans vos têtes au moment où vous lisez ces lignes. Mais laissons l’opposition tranquille pour cette fois...

La Main Noire ! La Main Noire !

Le premier mandat de BOA avait marqué la fin d'une première ère dans le pays, certains grands noms ayant été remplacés aux affaires par de jeunes loups à l'appétit bien aiguisé. Cet appétit vorace sera d’ailleurs parfaitement illustré par une fameuse phrase d'un ex-cacique qui disait: "nous on détournait l'argent avec le râteau, les émergents eux, c'est avec le tractopelle". Et l’on retrouve dans cette phrase la principale explication du retard que connaît le pays en matière de développement..

Le bilan de bon nombre "d'émergents" et la situation économique du pays prouvent l'incompétence des individus qui avaient reçu la confiance du Président. Cette nouvelle classe se sera ainsi plus démarquée par une expertise dans le détournement de deniers publics à grande échelle que par une vrai scission avec les anciennes pratiques. Galvanisés par l’idée d’appartenir au cercle restreint de BOA, les émergents piocheront sans retenue dans les caisses de l’État et brilleront par la signature de contrats aux juteuses rétro commissions. Le scandale Santullo, le scandale EuroFinsa, le scandale Marck, il existe pléthore d’exemples avec pour point commun l’accaparement de fonds par des hommes d’Etat .

Aujourd’hui, avec le vent de changement insufflé depuis le début de son second mandat, BOA a opté pour une nouvelle équipe fermement résolue à faire bouger les choses et à faire bouger les personnes. OUT les émergents et bienvenue aux « volontaires » qui ne feront qu’appliquer le même principe que leurs ainés et que l’on appelle dans les quartiers « chacun son tour chez le coiffeur ». Ainsi ce que les « émergents » ont fait aux caciques, les « volontaires » leur retournent l’appareil. Mais la rancune est tenace du côté des anciens roitelets qui voit en l’élection de 2023 l’occasion parfaite de revenir sur le devant de la scène en faisant un joli pied de nez à celui à qui ils affirment toujours leur loyauté : Ali Bongo Ondimba.

Quel sera donc cette revanche ? Un affrontement lors de l’élection présidentielle de 2023 en présentant un candidat face à celui du parti de masse. A l’image de Jean Ping avec la CNR lors de l’élection 2016, ces anciens régents s’uniront pour présenter un candidat unique en espérant au mieux faire pencher la balance de leur côté et se partager les postes (un partage du gâteau bis) ou au pire des cas, proposer une union de dernière minute avec le PDG, à condition bien entendu, d’en tirer des bénéfices conséquents. L’identité des membre de cette main noire n’est pas très difficile à trouver mais je vais vous mâcher le travail.

Les tractations sont actuellement en cours entre : Emmanuel Issoze-Ngondet, Paul Biyoghe Mba, Ali Akbar Onanga, Jean Pierre Oyiba, Idriss Ngari, Pacome Moubelet et Nicole Assele. Cette coalition a pour mission premère de battre le pavé pour retrouver une adhésion des populations autour d’eux. Pour cela, Paul Biyoghe Mba a créé deux fondations qui lui permettront de refaçonner son image en saint sauveur des plus faibles. Nicole Assélé, quant à elle, a pris les rênes du CLR fondé par son père afin d’insuffler une seconde vie à ce parti en perte de vitesse et essayer de capitaliser sur l’électorat féminin. Ali Akbar Onanga joue le rôle de clé de voute auprès de la mère du président et a pour mission de glaner des soutiens dans le Haut-Ogooué avec l’aide de Jean-Pierre Oyiba, Idriss Ngari mais aussi Matthias Otounga Ossibadjo. Sans compter sur les tractations au sein de l’Assemblée Nationale que je vous démontrais dans un ancien papier (A lire ICI) et qui a d’ailleurs rendu fou de rage les incriminés à l’époque.

Au-delà de cette dynamique de groupe bien huilée, les interrogations demeurent autour du choix du candidat unique de la coalition et des trahisons se profilent déjà malgré une unité de façade affichée par les membres. Même si la pole position est occupée par Paul Biyoghe Mba (du moins c’est ce qu’il pense), certains membres préfèreraient voir le pouvoir rester dans le Haut-Ogooué. Seul hic : les membres du G2, n’étant que des acteurs de second plan, leur poids politique n’est pas suffisant pour créer un réel mouvement d’insurrection face à Ali Bongo. Ces derniers, dans un cercle plus restreint, ont donc entamé une réflexion et des discussions avec deux personnalités fortes de la province, à savoir : Henri-Claude Oyima, tout-puissant capitaine d’industrie et à la tête du groupe BGFI, et Marcel Abeke, ancien dirigeant de la COMILOG et Téké de Léconi. La seconde option ayant un écho plus favorable au sein du groupuscule car elle permettrait de rameuter dans leurs rangs Guy Nzouba-Dama que l’on dit en totale rupture avec ses ex-compère Jean Ping et Alexandre Barro Chambrier et à la recherche d’un projet « viable ».

Au final, l’élection 2023 nous amènera son lot de surprises et les préparatifs vont déjà bon train. Reste à savoir si cette nouvelle coalition arrivera à se mettre d’accord ou si, encore une fois, les aspirations personnelles ne feront pas que la montagne accouche d’une souris.

 

Affaire à suivre…

 

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