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Billet de blog 28 mars 2019

Le Roi Accrombessi encore dans le viseur de la justice !

Après l'affaire Marck et les millions d'euros de rétrocommissions, c'est autour du "Forum Libération" d'être sous le coup d'une enquête autour de l'ancien directeur de cabinet de BOA. On pourra dire que le premier mandat aura été rythmé par les scandales financiers...

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Des responsables de Libération, le grand quotidien de la gauche française sont cités comme témoins dans une affaire liée à des flux financiers entre le Gabon et la France dans le cadre de l'organisation d'un forum au Gabon en octobre 2015. L’un d’entre-eux, Pierre Fraidenraich, était l’associé de l’épouse de l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, Évelyne Diatta-Accrombessi, mise en examen dans le cadre d'une autre affaire de corruption.

Intronisation Maixent Accrombessi

Bon les révélations ne sont pas de moi mais sont le fruit d'un travail d'investigation de La Lettre A, une publication qui fait autorité en France en matière d'investigation.

Laurent Joffrin et Pierre Fraidenraich, respectivement directeur de la rédaction et ex-directeur opérationnel chargé notamment de l’activité événementiel à Libération, ont récemment été entendus dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte, il y a quelque semaines, par Tracfin, l’organisme français chargé de la lutte contre la fraude, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Selon La lettre A, Joffrin et Fraidenraich sont cités comme témoins dans une affaire liée à des flux financiers entre le Gabon et la France, constatés avant et après l'organisation d'un forum à Libreville en octobre 2015. Un forum qui, à l'époque, avait été vertement critiqué par la très grande majorité des journalistes de Libération ainsi que par l'opposition gabonaise. Ceux-ci y voyaient en effet une « opération de communication » visant à «permettre au régime gabonais de renouer avec la presse française de gauche » à l'approche de l’élection présidentielle d’août 2016.

Au Gabon, ce forum avait été préparé par les services de la présidence de la République, dont le patron à l’époque était l’incontournable directeur de cabinet de BOA Maixent Accrombessi, déjà soupçonné d’avoir perçu des commissions du fabricant français d’uniformes militaires Marck. L’ancien tout-puissant dircab, à qui on prête des voeux de remplacer Talon au Bénin, limogé en 2016 a depuis été mis en examen en France pour «corruption passive d’agent public étranger», «blanchiment en bande organisée de corruption passive» et «faux et usage de faux».

Or, jusqu’en 2015, Pierre Fraidenraich était le partenaire d'affaires et l'associé de l’épouse de l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, Évelyne Diatta-Accrombessi. L’ex-directeur opérationnel du quotidien français a participé au lancement de la chaîne panafricaine Edan, propriété de l’épouse de Maixent Accrombessi, informe La Lettre A. La société Dinojo SAS, détenue par la famille Fraidenraich, détenait 5 % des actions d’Edan, société dont la majorité du capital est détenue par le fonds TransAfrica Capital du Sud-Africain Ivor Ichikowitz, l’un des principaux fournisseurs de matériel militaire au Gabon.

Dans la presse gabonaise, cette affaire soulève nombre de questions. Maixent Accrombessi aurait-il également été en affaire avec lui quand il était le collaborateur d’Ali Bongo alors ministre de la Défense nationale ? Sa prise de parts dans Edan était-elle un arrangement pour lancer la télévision de son épouse ?, se demande le quotidien en ligne Gabon Review.

Interrogé par La Lettre A, Pierre Fraidenraich a donné sa version des faits : « Ma société familiale détenait 5 % d’Edan en contrepartie de mes travaux et conseils à l’occasion du lancement de la chaîne. Cette participation a été depuis cédée sans aucune contrepartie que ce soit. Je n’ai jamais perçu la moindre rémunération ni touché de dividende d’Edan. »

Une nouvelle affaire pour les époux Accrombessi

Pour les époux Accrombessi, il s'agit d'une nouvelle affaire.


Inculpé en novembre 2017 notamment pour « corruption passive d’agent public étranger », « blanchiment en bande organisée de corruption passive », « faux et usage de faux », Maixent Accrombessi avait été entendu mi-janvier 2018 à Paris par le juge Roger Le Loire dans le cadre de l’instruction sur des mouvements financiers provenant du groupe équipementier français Marck. L’audition de l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo s’était déroulée en présence d’Evelyne Diatta-Accrombessi, son épouse, qui n'a pas été mise en examen dans cette affaire.

La promotrice de la chaîne panafricaine Edan, qui n’a pas été mise en examen dans cette affaire, « a notamment été questionnée sur d’éventuelles opérations depuis les comptes de son mari vers la SCI Palimah, société française dont elle est la gérante et qui administre une propriété du couple à Tréméreuc, dans les Côtes-d’Armor, à l’ouest de la France », avait indiqué à l'époque La Lettre du Continent.

Quant à Maixent Accrombessi, les charges qui pèsent dans le cadre de cette affaire sont encore plus lourdes. « Il lui est demandé de s’expliquer sur le versement par Marck, en 2005, de 300 000 euros sur les comptes de sa société CITP, basée au Gabon, et de deux millions d’euros reçus via sa société AIKM, immatriculée au Bénin, son pays d’origine », avait précisé La lettre du continent.

Le premier mandat de BOA au Gabon (2009-2016) a été marqué par de nombreuses affaires de corruption. Leur nombre et leur importance avaient d'ailleurs incité les autorités à lancer l'opération Mamba qui a fait tombé bon nombres de voleurs du pays... Pour beaucoup d'observateurs, Maixent Accrombessi, alors tout puissant directeur de cabinet du président de la République, aurait une lourde part de responsabilité dans la situation qui prévalait à l'époque.

Affaire à suivre...

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