Parents violeurs où il n'est ni question d'inceste, ni de pédophilie

Bien sûr, ils sont les plus beaux, les plus jolis. Regardez-les quand ils babillent, leur jolie frimousse. Et ces grands yeux, ces larges sourires. Une telle joie, un tel bonheur ne peuvent que se partager. Tout le monde doit le savoir. Être parents, n’est-ce pas le summum, l’aboutissement d’une vie, peut-être le prolongement de la nôtre, de notre nom, de notre famille…

En tout cas c’est un choix. Un choix qu’on s’impose et qu’on impose aux autres. Principalement à celles et ceux que l’on va mettre au monde et dont on aura la responsabilité d’en faire un être humain épanoui, heureux de la vie, prêt à se mêler à ses congénères, à se montrer sociable comme tous les individus de son espèce.

Mais que savons nous d’eux, de leurs aspirations, de leur devenir ? Seront-ils comme nous, de simple citoyen(ne)s ou des personnalités publiques ? Des anonymes bien formatés pour accepter tous les travers de cette société ou au contraire des rebelles, des asociaux prêts à en découdre avec le système, à le combattre et ainsi vivre dans la clandestinité ?

Personne n’en sait rien. Pourquoi dès lors les exposer, les exhiber ici sur sa page machin, là sur son compte bidule ? Pourquoi les afficher lors de leur premier caca (si charmant), leur premier sourire, leur premier pas ? Pourquoi ne pas garder tout ces moments de bonheur, pour les intimes, les véritables ami(e)s et la famille plutôt que de la livrer en pâture dans un espace vraiment public, faussement privé mais réellement privatisé.

La nuance est là. On se fait plaisir, on se montre, on s’exprime. Pour un oui, pour un non, on poste photos, commentaires, on alimente une énorme machine commerciale, observés par un nombre plus ou moins important d’ « ami(e)s », mais surtout scrutés, analysés par des centaines d’algorithmes de plus en plus puissants, capables de rédiger votre biographie à la première parution.

Vos vêtements, vos activités, votre prose et les images qui vont avec sont épluchées, enregistrées, stockées pour servir immédiatement ou dans quelques temps, à vous diriger vers tel ou tel site « sélectionné pour vous ». On vous y fera consommer ce produit, réfléchir à ce concept et en déduire cette conclusion.

Et vos bambins dans tout ça ? Exposés depuis le début, comment pourrez-vous dès lors leur reprocher d’être scotchés sur leurs écrans ? Comment pourrez-vous reprocher à leur petits camarades à l’école, au lycée, à l’université puis leur collègues de travail, de les harceler en diffusant les photos disponibles sur le web ? Jusqu’où portera cet mise en lumière ? Jusqu’à quelle violence, quelle extrémité ?

Autrefois, contre leur gré, des milliers de marmots étaient baptisés. Stupide rituel imposant une superstition dogmatique tout aussi stupide dont on peut se déjouer plus tard en se faisant débaptiser. Il suffit d’écrire à son archevêché pour ça en le menaçant poliment s’il lui advenait de refuser. Ainsi peut-on toujours parvenir à sortir de ses statistiques religieuses mensongères laissant croire qu’il reste encore beaucoup de croyant(e)s chrétien(ne)s dans notre pays. La question est plus délicate sans doute pour d’autres religions. Difficile en effet de recoudre un prépuce…

M’est avis qu’il devrait être interdit aux parents de publier les photos de leurs enfants. Quelque soit leur âge. Il ne s’agit pas de bêtement interdire mais de faire comprendre la réalité des individus qu’ils sont. Qu’ils ne sont pas des objets et que si les parents en ont effectivement la responsabilité, celle-ci leur incombe d’assurer leur sécurité.

Il est qu’en même étonnant de voir avec quelle facilité des millions d’adultes n’hésite pas à violer purement et simplement la vie privée de leur progéniture. Se posent-ils seulement la question ? Ils devraient le faire à l’envers si quelqu’un venait à diffuser des images intimes récupérées ici ou là. Ils le font du reste et font appel au Droit, ce qui est bien normal.
Ce dernier à par ailleurs prévu le cas familial en permettant aux enfants ainsi exposés, à poursuivre leurs parents. N’est-ce pas aberrent de proposer un tel dispositif alors qu’il serait si simple en amont de prévoir qu’on ne puisse en arriver là en proscrivant la diffusion des images de ses enfants ?

Parents, affichez tant qu’il vous plait vos photos de vacances, vos clichés de paysages, de fêtes, de cuites, vos expériences sexuelles pourquoi pas ! Exposez vos chats, vos chiens, vos poissons rouges, en tout cas rien d'autre que ce qui vous implique vous, adultes consentants, et non des enfants au futur incertain.

Ne faites pas de votre descendance les petits soldats de la consommation que l’on attend d’eux. Ces machines décervelées persuadées cependant de leur libre arbitre, bien que discrètement manipulées pour le grand bien de sociétés privées commerciales.

Où alors ne venez pas vous plaindre par la suite, d’être victime d’un système que vous aurez plus ou moins activement contribué à mettre en place.

 

 

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