CP du 12 oct. 2018 – Prohibition : de l’incompétence à la complicité…

C’est autour de Mme Anne Hidalgo de s’illustrer dans l’habituelle démonstration d’incompétence de nos responsables politiques en matière de drogues. Dénonçant des quartiers de la capitale « pourris par la drogue », la mairesse de Paris en appel à un énième « plan anti-drogue de grande ampleur ».

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Mais de quoi parle-t-on ? De la consommation majoritairement récréative et raisonnable de substances que nos sociétés ont décidé d’interdire et qui ne connaîtrait sans doute pas autant de fâcheuses conséquences si l’État avait choisi de les gérer depuis leur production jusqu’à leur distribution. Au lieu de cela, c’est au crime organisé qu’il a préféré confier un marché dès lors dynamisé par la répression.

Jamais l’on ne se pose la question de ce qu’il en serait d’un monde où les drogues seraient simplement intégrées. Cette perspective n’est évoquée que pour en dénoncer une forme de laxisme. Mais le laxisme ne réside-t-il pas dans cette forme de déni, dans le renoncement à aborder le phénomène des drogues comme un sujet de société ordinaire et non comme un outil de contrôle social ?

En attendant ce sont toujours les mêmes – les jeunes issus des quartiers populaires – les usagers en général, qui payent pour les incompétences de leurs aîné(e)s, harcelés, stigmatisés par une corporation policière désormais complètement dépendante d’un dogme qu’elle ne peut que défendre comme le révèle formidablement bien Bénédicte Desforges, ex-lieutenant de police, dans le dernier article publié sur son blog.

Une autre démonstration de la gabegie prohibitionniste, c’est la suite de l’ « affaire Thierry François » du nom de l’ex-patron de l’organisme censé lutter contre le trafic de stupéfiants (OCRTIS), impliqué dans l’importation frauduleuse de plusieurs dizaines de tonnes de haschisch, avec la bénédiction des plus hautes instances politiques.

Placé à nouveau en garde à vue, l’ex-« super-flic » a de nouveau été entendu tandis que Véronique Degermann, procureur adjoint, qui a longtemps dirigé le pôle en charge des affaires de criminalité organisée et de terrorisme, a été convoquée ce mardi à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) à la demande de magistrats lyonnais. Une autre magistrate, Karine Roussy-Sabourin, aujourd’hui en poste à la cour d’appel d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), a elle aussi été interrogée selon les quotidiens Le Parisien du 9 octobre et Libération du 11 octobre.

Qu’il s’agisse de l’écologie ou de la politique des drogues, on répète que nous allons dans le mur. La vérité est que nous y sommes, mais que celui-ci est suffisamment mou pour nous donner encore l’illusion que nous pouvons y échapper sans des changements radicaux.

#StopLaProhibition

Fédération des CIRC

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