« Et si les vainqueurs, c’était nous… »

Depuis le 13 Janvier 2020, les établissements du 2nd degré (collèges et lycées) et une majorité des établissements du 1er degré de la Martinique, sont bloqués afin de s'opposer aux projets de reformes des retraites et du Baccalauréat.

Pourquoi sommes-nous encore mobilisé(e)s ? Pourquoi les établissements scolaires sont-ils encore fermés ? Pourquoi les enfants ne vont-ils toujours pas à l’école ?

Nous sommes encore mobilisé(e)s parce que nous n’avons encore rien obtenu de manière officielle. Nous ne pouvons pas nous assouplir : le gouvernement n’a encore rien assoupli pour nous. Nous ne pouvons pas lâcher : le gouvernement n’a encore rien lâché pour nous.

Nous sommes encore mobilisé(e)s parce que nous avons pris conscience du danger imminent et terrible qui nous menace. Ce danger, les économistes l’appellent l’insécurité existentielle.

Nous sommes encore mobilisé(e)s parce que, quand nous imaginons nos vies dans 10 ans, dans 15 ans, dans 20 ans, voici ce que nous voyons : nos revenus amputés de 500€, 800€, 1000€ ; certains retraités peut-être obligés de travailler pour compenser des pensions trop faibles pour payer les études des enfants ; nous, toujours obligés de compter chaque sou pour tenter de joindre les deux bouts ; nous, obligés de renoncer à ce qui, auparavant, faisait notre vie et la rendait digne.

Lorsque, aujourd’hui, nous imaginons nos vies dans 10 ans, dans 15 ans, dans 20 ans, voilà ce que nous voyons : nos enfants, incapables de trouver un emploi correspondant à leur niveau d’étude ; nos enfants, obligés de vivre chez nous à cause de salaires trop faibles pour subvenir à leurs besoins et payer un loyer ; nos enfants, obligés de travailler toujours plus longtemps, sans la perspective d’un avenir sûr ni stable, constamment inquiets de se retrouver sans rien du jour au lendemain. C’est cela, l’insécurité existentielle.

Nous sommes encore mobilisé(e)s parce que nous savons que les pays qui n’ont pas refusé ces politiques ultralibérales constatent à présent la catastrophe : en Suède, 1 retraité sur 5 vit en-dessous du seuil de pauvreté et les femmes sont les plus touchées ; en Espagne, 13% de la population active sont menacés de pauvreté.

Les enfants ne vont toujours pas à l’école et nous sommes encore mobilisé(e)s parce qu’il faut évacuer cette « école Blanquer », parce qu’il faut évacuer l’école lorsqu’elle mène à l’échec. Les établissements scolaires pourront rouvrir lorsque les conditions de leur réouverture seront réunies et assurées. Tant que le système éducatif de notre académie ne sera pas mis en sécurité (arrêt des suppressions de postes, report des E3C, prise en compte de nos besoins spécifiques), les écoles devront rester fermées et nous devrons rester mobilisé(e)s.

Nous sommes encore mobilisé(e)s parce que nous ne sommes pas n’importe quoi. Ne nous laissons pas traiter en boucs-émissaires. Si les écoles sont encore fermées, ce n’est pas à cause de nous. C’est à cause des autorités qui refusent de nous entendre. Partout, les travailleurs comprennent que la solution à l’insécurité existentielle passe par l’union et l’organisation. L’économiste Guy Standing a dit cette phrase que nous vous invitons toutes et tous à méditer : « si le précariat prenait conscience de sa force, il pourrait provoquer un séisme politique ». La lutte paie. Ne l’oublions jamais. Et si nous perdons, c’est que nous n’aurons pas lutté assez fort.

Disons aux gens ce que la retraite à points fera de notre vie et de leur vie. Parlons-leur avec courage et détermination, pour qu’ils nous prennent enfin au sérieux, pour qu’ils prennent enfin la mesure de la destruction massive qui va s’abattre sur eux.

Et si nous prenions enfin conscience de notre force…

Et si c’était notre mobilisation qui provoquait le changement…

Et si les vainqueurs, c’était nous…

Et si c’était nous…

                                                                                                      Les personnels en lutte de la Cité scolaire de la Pointe-des-Nègres, le 10/02/2020

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.