« Imaginons… »

En Martinique les personnels des établissements scolaires restent mobilisés

 

« Imaginons… »

Imaginons la situation suivante : les enseignants et les personnels de l’éducation reprennent le travail lundi. Que va-t-il se passer ? Imaginons…

 Les E3C (épreuves communes de contrôle continu) vont être organisées dans les plus brefs délais, selon les modalités fixées par le gouvernement. Les sujets seront choisis par l’établissement. Les copies seront corrigées par les enseignants de l’établissement. Parents, élèves, personnels de direction et enseignants auront donc accepté la mort du caractère national de l’examen. Le principe d’égalité entre tous les candidats de l’académie sera mort et enterré. Mais vous aurez déposé vos enfants à l’école !

 La mise en application de la réforme des lycées va se poursuivre, telle que l’a prévue le gouvernement. Le parcours de l’élève sera de plus en plus individualisé et dépendra, non pas de ses compétences, non pas de son projet d’étude, mais des moyens dont disposera l’établissement et des orientations budgétaires du gouvernement.

 Les élèves de Terminale passeront le baccalauréat. Le taux de réussite à cet examen devra, comme d’habitude, approcher celui fixé à l’avance par le gouvernement, pour satisfaire ses exigences budgétaires. Les bacheliers auront toujours autant de mal à s’orienter et à intégrer les filières de leur choix, car le système qui s’applique aux parcours d’études supérieures sera toujours en vigueur. Le système qui fabrique l’échec sera toujours actif et continuera ses ravages. Mais vous aurez déposé vos enfants à l’école !

 Les suppressions de postes vont se poursuivre. Les conditions de travail des enseignants vont continuer à se dégrader. L’accueil des élèves souffrant de handicaps comme de troubles dys sera de plus en plus difficile à organiser. La prise en charge des élèves décrocheurs finira par devenir une question plus importante que la prise en charge des élèves assidus et méritants. Mais vous aurez déposé vos enfants à l’école !

Si les enseignants et les personnels de l’éducation reprennent le travail lundi, cela voudra dire qu’ils auront capitulé et qu’ils auront abandonné leurs droits.

Imaginons que la mobilisation contre la réforme des retraites s’arrête lundi. Que va-t-il se passer ?

 Ceux qui commenceront à travailler en 2022 subiront la réforme de plein fouet. Nos enfants travailleront plus longtemps et auront moins de droits. Mais vous les aurez déposés à l’école !

 Avoir un ou plusieurs enfant(s) ne permettra plus de valider des trimestres de cotisations. Les mères de famille devront travailler plus longtemps ou voir leur

 

retraite baisser, alors que les pensions des femmes sont déjà en moyenne inférieures de 42% à celles des hommes.

 Les travailleurs qui voudront partir à la retraite avant l’âge de 64 ans verront leur pension diminuer de 5% s’ils partent à 63 ans, de 10% s’ils partent à 62 ans, et ainsi de suite.

 La retraite ─ce moment si important de la vie ─ne sera plus du tout assurée pour aucun salarié. Le montant de notre pension va devenir une affaire de points, et non plus une protection sociale. La valeur du point n’est absolument pas garantie et pourra être modifiée. Dès lors, que rapporteront nos points cumulés ? Combien de points aurons-nous à notre départ à la retraite ?

 Plus l’on sera riche, mieux l’on sera soigné. Mais vous aurez déposé vos enfants à l’école !

 Le code du travail sera de plus en plus attaqué. Les travailleurs seront de plus en plus menacés et fragilisés. Mais vous aurez déposé vos enfants à l’école !

 Les demandeurs d’emplois ─peut-être nos enfants ─vont être contraints d’accepter n’importe quel poste parce que l’Etat aura, de manière considérable, rogné leurs droits.

 Les salariés seront réduits aux choix suivants : soit partir avec une faible pension, soit travailler plus longtemps, soit payer une retraite « surcomplémentaire » sous la forme de placements financiers. A condition d’en avoir les moyens…et d’avoir de la chance.

 La solidarité sera brisée, les droits collectifs seront détruits. L’avenir des populations sera davantage soumis aux aléas des marchés boursiers. Il y aura de plus en plus de pauvres, et davantage de riches. Les salariés seront de plus en plus ─et de plus en plus violemment ─exposés à l’insécurité financière, professionnelle, médicale et existentielle. Mais vous aurez déposé vos enfants à l’école !

Si nous perdons, vous perdez aussi. Si nous gagnons, vous gagnez aussi.

Ce sont les mobilisations et les mouvements sociaux qui ont toujours permis de limiter les dégâts, pour tous. Ce sont les mobilisations et les mouvements sociaux qui viennent à bout des gouvernements iniques et des lois scélérates.

Renoncer au collectif et faire le choix de l’individualisme, c’est faire le choix d’une société ignoble. C’est renoncer à ce qui fait de nous des êtres humains : dignité, solidarité, justice, espérance.

Nous ne reprendrons pas le travail lundi parce que nous ne capitulons pas. Nous ne nous coucherons pas devant le gouvernement ultralibéral de M. Macron.

Si nous perdons, vous perdrez aussi. Mais si nous gagnons…Si nous gagnons…

                                                                            Le 14/02/2020. Les personnels en lutte de la Cité technique de la Pointe-des-Nègres.

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