Interdépendance entre le nucléaire civil et militaire

Des centrales qui carburent à plein régime, des déchets qui s’accumulent et dont on ne sait absolument pas quoi faire, un risque minime mais présent qui pourrait provoquer une catastrophe écologique... L’industrie du nucléaire génère plus de 70% de l'électricité française, mais est-ce bien nécessaire ?

https://www.worldnuclearreport.org/World-Nuclear-Industry-Status-Report-2018-HTML.html#lien19

Journal sur Comptoir - Nucléaire © www.journalsurjournal.fr

Le conflit israélo-arabe, et notamment la guerre du Kippour, entraînent le premier choc pétrolier.  Celui-ci fit quadruplé le prix du pétrole entre octobre 1973 et mars 1974, mettant brutalement en évidence la dépendance énergétique des pays occidentaux et conduisant à une accélération spectaculaire du programme électronucléaire français.

 

Le gouvernement de Pierre Messmer, à décider le 5 mars 1974, d’augmenter la capacité énergétique nucléaire française, en passant de 13 000 MW à 50 000 MW nucléaires de 1974 à 1980. Une telle puissance installée, qui correspondait à 55 réacteurs de 900 MWe, en sus des six déjà en activité, représentait un coût total estimé de 81 milliards de francs. En dix ans, c'est plus de 100 milliards, garantis par l’État français, qui seront empruntés par EDF, principalement sur les marchés internationaux.

 

Plus de 30 ans après, les réacteurs continuent à produire de l’énergie, et le gouvernement français ne semble pas vouloir changer de tactique. La France étant le pays le plus nucléarisé du monde, ils ne savent pas du tout quoi faire de la montagne de déchet radioactif produite par le fonctionnement des centrales, et le vieillissement de celles ci commence à inquiéter…

 

EDF contre le monde :

 

Le rapport mondiale sur l’industrie du nucléaire dit que l’entreprise d’Electricité de France (EDF) vivrait dans un autre monde. En effet, EDF clame que le coût de l’énergie générée par les réacteurs existants serait de 32 euros/MWH, en incluant le fonctionnement, la  maintenance et l’anticipation de l’amélioration de ces dit réacteurs.

 

Ces chiffres sont une approximation erronée d’après la cours des comptes, qui a calculé un coût par MWH allant jusqu’à 60 euros, sans prendre en comptes les futures augmentations, qui le feront grimper à 100 euros/MWH pour EDF.

 

Il y a donc de sérieuses questions à se poser sur les chiffres fournis par EDF. Nicolas Hulot, ancien ministre de l’écologie et Michèle Pappalardo, Magistrat à la cour des comptes, remarquent que les calculs d'EDF ne vont que jusqu’à 2025... Alors que l'extension des centrales peut aller jusqu’à 2045 et que le démantèlement de celles-ci n’est prévu que à partir de 2029 (d’après le programme pluriannuelle de l'Énergie - PPE). Rappelons que le coût supposé de celui-ci peut aller de 350 millions d’euros à 1 milliard d’euros par centrale.

 

L’analyse du coût nivelé de l’énergie (LCOE) fait par Lazard à la fin de 2017, suit le même chemin. Elle suggère que le coût de l’énergie fournit par un panneau solaire se situe dans les 45 dollars par mégawattheure, d’une éolienne entre 30 et 60 dollars par mégawattheure alors que le coût de l’énergie provenant du nucléaire se situerait entre 112 et 143 dollars par mégawattheure. Une estimation bien différente de celle construite par EDF…

Le coût des énergies renouvelables se trouve même en dessous de celle fournie par le charbon le gaz. Il faut en effet prendre en compte les avancées technologiques faites sur les dernières années. Entre 2009 et 2017, le prix de l’énergie fournit par les panneaux solaires aurait baissé de 86% et des éolienne de 67%, alors que bon, c’est pas le cas des énergies fossiles, car il faudra toujours aller les déterrer...

 

Si EDF décide de changer de cap en se tournant vers les énergies renouvelables, ils devront faire face à des coût exorbitants pour stopper leur activité principale, et d’autres entreprises pourraient prendre leur place sur le marché Français. C’est d'ailleurs déjà le cas, EDF à perdu 1.1 millions de consommateurs en 2017, soit environ 92,000 clients par mois. Et de nombreuses nouvelles entreprises font déjà leur entré sur le marché, notamment la multinationale Total, et certaines entreprises qui essayent de couvrir le marché des énergies renouvelables.

 

En tout cas, l'expansion des énergies renouvelables n’est pas seulement sur compétitive par rapport à l’énergie nucléaire mais remplace rapidement les énergies fossiles comme choix de source d'électricité par la nouvelle génération. Privilégiant un futur respectant l’environnement et/ou un incident nucléaire de type fukushima serait écarté.

 

Donc on peut se poser la question : Pourquoi cette dynamique de construction de nouveaux réacteurs ou de prolongation de réacteurs vieillissants ? Quand nulle part dans le monde, la construction de nouveaux réacteurs ne cadre avec les règles d’une économie de marché? C’est donc qu’il existe d’autres motivations qu’économiques, comme par exemple l’interdépendance entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire.

 

Interdépendance nucléaire civil et militaire :

 

Aujourd’hui, pour les pays qui détiennent l’arme nucléaire, la question est moins la production de matières fissiles — ils en ont assez — que le besoin en infrastructures et en savoir-faire. Par exemple, en France, on a suffisamment de plutonium en stock pour les armes nucléaires, mais il faut entretenir la qualité de cette matière fissile. C’est une opération que sait très bien faire l’usine nucléaire civile de La Hague. Des financements croisés existent depuis longtemps. Ainsi, à sa construction, l’usine de retraitement de La Hague était financée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), à moitié sur le budget militaire et à moitié sur le budget civil ; aujourd’hui, elle n’est plus financée que par le budget civil de son unique client commercial - EDF.

 

Donc si le programme nucléaire civil s’arrêtait, il n’y aurait plus personne pour financer l’entretien des matières fissiles militaires…

 

Autre exemple, les réacteurs des sous-marins militaires sont pratiquement les mêmes que les réacteurs terrestres civils. Donc, les ingénieurs, physiciens et techniciens qui les conçoivent et les font tourner sont eux aussi les mêmes ; cela permet d’optimiser les ressources. C’est d’ailleurs ce que laisse entendre le rapport dévoilé par Les Échos, qui préconise la construction de six nouveaux réacteurs de type EPR.

 

Rapport qui a été coécrit par Laurent Collet-Billon, directeur général de l'armement entre 2008 et 2017.

 

Il faut néanmoins rappeler que ce travail ne sera pas le seul à être pris en compte par le gouvernement. Et l'Assemblée nationale a, par ailleurs, rendu en juin dernier un rapport franchement alarmant sur la sécurité nucléaire. Auquel on peut ajouter les récentes découvertes de médiapart sur le parc nucléaire d'edf qui révèlent que plus d’un tiers des réacteurs nucléaires français subiraient une sollicitation excessive de leurs circuits, ce qui pourrait les mener à des incidents graves. En effet, EDF surveille, mais ne répare pas. Or, plus les centrales vieillissent, plus ces problèmes augmentent. Bref, les jeux sont loin d'être faits. Il n’en reste pas moins qu’ils ont déjà dû renoncer à la date de 2025 pour atteindre l'objectif de 50% d'électricité d'origine nucléaire.

Pas plus tard qu'en juin dernier, Nicolas Hulot dénonçait déjà "la dérive" dans laquelle la filière entraînait la France. “Le nucléaire, cette folie inutile économiquement et techniquement, dans laquelle on s'entête" avait-il encore soupiré après avoir annoncé sa démission en direct sur France Inter. Démission prise à cause de son impuissance, face à la présence symptomatique des lobbies, dans les cercles du pouvoir.

 

Mais ! Le pouvoir ! Il est entre tes mains ! Tu n’est pas obligé(e) de consommer de l’énergie provenant du nucléaire, des alternatives existent ! Je n’en citerai pas, mais google est ton amis !

 

Donc pose toi la question suivante : ton Énergie, elle vient d'où ?

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