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Le Club de Mediapart sam. 1 oct. 2016 1/10/2016 Édition de la mi-journée

.. du grand Tout au grand Rien ... tout et rien

Nous avons été rien. Nous, les terriens.

cellules (bientôt) souche d'embryon humain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous venons d’une gigantesque explosion cosmique dont nous ne savons rien. Nous avons été poussière d’étoiles qui jouent au badminton dans le grand Tout. Nous nous sommes amalgamés, peu à peu, dans l’océan nourricier et nous sommes devenus cellules uniques flottantes, protozoaires, amibes. Nous croissâmes, et les amibes étant les amibes de nos amibes, nous nous multipliâmes. Nous nous croisâmes ,  tiens ! tu es là toi, viens faire un tour dans mon bain nutritif.

Nous échangâmes protéines, informations, potins subliminalement aquatiques. Nous sommes devenus poissons, batraciens. Nous avons flotté, plongé, pêché,avalé. Nous avons eu envie d’aller respirer sur la terre ferme. Nous nous sommes reposés sous le soleil et nous y sommes bien trouvés. Nous avons fait des papattes, nous avons marché de plus en plus loin de notre mer originelle. Nous avons eu envie d’aller toucher le soleil et les étoiles, alors nous  nous sommes fabriqué des ailes et avons plané comme goélands manchots. Nous avons pondu, serpenté, sinué, creusé, volé. Nous avons croassé après nous être croisés et recroisés. 

Nous avons choisi et oscilllé entre le tout petit et l’infiniment grand, entre le fourmion et le dinosaure. Nous avons mangé de l’herbe et nous avons mangé nos voisins. Nous étions proie ou prédateur, selon les circonstances. Certains ont disparu définitivement. D’autres ont survécu et se sont adaptés.  Nous sommes devenus graines, plantes et arbres et avons posé nos pattes dans la terre pour s’y lover et préparer des fruits. Nous sommes collines, montagnes, rochers, fleuves, rivières, torrents.

fourmi-fleur

La vie a galopé jusque dans les plus petits interstices de la croûte terrestre. Nous avons quitté les arbres où nous vivions, nous nous sommes redressés et nous avons marché debout. La vision de notre environnement a alors changé, le monde s’est révélé à notre curiosité, à notre soif , à notre cupidité, il nous fallait aller toujours plus loin, conquérir.

Nous avons été nomades, sédentaires, cueilleurs, jardiniers, nous appuyant sur d’autres espèces animales et le vent pour polliniser et faire un immense jardin pour nous nourrir. Nous avons exploité toutes les ressources de notre planète sans limites, sans discernement, sans replanter après avoir déboisé.

Nous avons pillé , volé, violé, tué, menti, dupé, trahi, chassé, violenté, asservi, vendu, amassé, spolié, spéculé, détruit. Nous avons posé  clôtures et barbelés et dit « ça c’est à moi, passe ton chemin, manant ». Nous avons inventé la monnaie, les banques, les emprunts, les crédits, les faillites. Nous avons construit des coffres, des boites, des trucs carrés pour poser nos familles et nos richesses. Nous avons fermé nos portes au passant qui venait quémander un lit, un peu de chaleur, une soupe. Nous avons fait tout cela car nous avions décidé  que nous serions les maîtres du monde.

Nous étions  l’espèce dominante car notre cerveau, en s’oxygénant autrement, après ce passage de la position horizontale à la verticalité, s’est développé, est devenu ce redoutable ordinateur  qu’il est et dont nous ne savons encore presque rien. Nous avons parlé, lu, écrit, communiqué, voyagé. Nous nous sommes enivrés de notre propre puissance qui nous semble illimitée. Nous avons inventé des médicaments pour sauver des vies et des réacteurs nucléaires qui vont nous détruire. Nous avons voulu défier les dieux que nous nous étions inventé, car comme tant de mystère nous angoissait, il avait fallu inventer des dieux et des religions.

Nous n’avions pas compris, nous étions sourds quand  les arbres nous parlaient, aveugles quand les animaux nous montraient leur chemin.

Nous avons construit, bâti, inventé des avions, des fusées, des bateaux, et  la planète est ainsi  devenue minuscule et ennuyeuse,  maintenant nous voulons flirter avec les planètes voisines. Nous sommes devenus des coureurs, des cavaleurs.  Nous fuyons, nous enfuyons, nous ne savons pas pourquoi,  le monde s’est emballé et nous ne savons l’arrêter.

Nous sommes enfermés, dedans,  devant nos écrans, dehors ça fait  peur. Nous sommes des milliards d’individus reliés, par des cordons ombilicaux, à une gigantesque machine qui est notre sang, notre oxygène, notre échappatoire.  Nous avons aboli le temps, le temps est le même sur toute la planète, nous savons tout en temps réel.

ville numérique

Nous sommes au croisement du végétal, du minéral, de l’animal. Nous n’avons pas compris que nous étions un peu de chacun de ces mondes. Nous venons de si loin, nous sommes des ancêtres primitifs,  et nous voulons aller encore plus loin. Quel loin peut être plus loin que le loin absolu ? Nous ne savons plus le mystère et la sagesse de chacun de nos univers parfaits, reptiliens, à l’intérieur de nous, de notre esprit, certains disent conscience ou âme. Qu’avons-nous appris depuis ces milliards d’années ?

 

Nous voilà redevenus nus et tremblants comme quand nous avons quitté l’océan qui a vu palpiter nos cellules fondatrices.

Le monde s’engloutit et nous ne savons à quels rochers nous accrocher.

Les plus fous, ceux qui gardent une étincelle de lucidité et de foi,  ne veulent pas rester assis à regarder les mouches les mordre. Ils luttent contre la bêtise, la prolifération nucléaire et les OGM, les manoeuvres assassines des financiers. D’autres s’évadent dans leurs mondes virtuels et dans leur soif d’une communication de plus en plus effrénée, confondant information et savoir. Nos océans sont bientôt secs de poissons, plus rien à en tirer. Leurs habitants aquatiques devront s’adapter aux plastiques, déchets nucléaires, eaux usées, rejets pétroliers. Nous essayons de jardiner et de planter de nouveau car nos ressources naturelles s’épuisent et il faut nourrir nos petits. Nous ne savons pas comment dépolluer l’air et l’eau et la terre que nous avons durablement souillés.

Nous voulions un paradis, nous avons fait un enfer.

 

 

 

 

Nous continuons de vivre, maladroitement, au hasard. Nous voulions faire souche, nous faisons des cellules-souche. Nous bricolons sur le vivant.Nous avons oublié le sacré. Nous ne nous posons plus de questions, nous avons perdu le courage qui nous a animés, nous ne voulons plus changer le monde. Nous nous voulions éternels. Nous nous voulons éternels.

Nos rêves agonisent. Les maîtres du monde ne maîtrisent plus grand chose, et les hyènes ricanent.

Un jour, bientôt, si nous continuons comme ça, nous redeviendrons  poussières d’étoiles qui joueront au badminton dans le grand Rien. Nous avons toujours en nous, dans le cœur de chacune de nos cellules,  un microscopique morceau de silice, qui vient de notre vie d’avant, d’avant la vie, quand nous étions des poussières d’étoiles. Nous pouvons encore réanimer cette étincelle. Retrouver notre temps  originel.

Combien de temps nous reste-t-il ?  

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Plus que "tout" et moins que " Rien" c'est une bonne formule qui devrait vous plaire, ou te plaire, le vouvoiement m'exaspère, je le connais si bien. Merci

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