«La forme de l'eau», «Three billboards» : Hollywood contre Trump

En lice pour l'Oscar du meilleur film (décerné le 4 mars prochain), le fantasque «La forme de l'eau» et le brillant «Three billboards» portent une charge puissante contre l'Amérique de Trump et l'humeur réactionnaire qui travaille les opinions des deux côtés de l'Atlantique...

affiches
Il était une fois l'Amérique du début des années 60, ses rôles genrés rigides, son racisme assumé, son cosmos binaire de guerre froide. Dans ses interviews, Guillermo del Toro, le réalisateur de "La forme de l'eau", ne cache pas son intention de s'attaquer au fantasme de cette époque idéalisée à laquelle prétendent revenir les partisans du slogan : "Make America great again".

Le conte charmant du réalisateur mexicain ne se déploie pas dans un décor médiéval, mais au temps lointain de la télé en noir et blanc, des cadillacs rutilantes et de la rivalité avec l'URSS. Il y a bien longtemps donc, dans ces sixties pleines de certitudes et d'archaïsmes, une jeune femme employée à faire le ménage dans une base de l'armée américaine s'entiche d'une créature que la hiérarchie militaire garde sous haute-surveillance. Cette cousine américaine d'Amélie Poulain, muette, parvient à communiquer par signes avec le fascinant être amphibie. Portée par la générosité de l'amour naissant, elle décide d'organiser son évasion.

On plonge avec plaisir dans cette fantaisie habile, dont chaque plan est léché mais aucun personnage lisse. Avec une parcimonie d'effets spéciaux, les codes mêlés de la série B, du film d'espions et du vintage composent une esthétique "rétro" finalement très actuelle.

Le colonel Strickland (Michael Shannon) Le colonel Strickland (Michael Shannon)
Pour mener son plan à exécution, Elisa doit déjouer le zèle maniaque d'un colonel qui promène partout sa longue matraque, comme une grotesque excroissance virile. Un abruti galonné qui distille inlassablement son mépris des femmes, des Noirs, des Rouges et bien sûr de l'étrange créature bleue. On avait croisé il y a peu son hilarant avatar contemporain dans le brillant "Three billborads" de Martin MacDonagh, en la personne de Dixon, le flic le plus con du Missouri, expert en bavure, spécialement sur ses concitoyens noirs ou homosexuels.

Ce personnage de mâle blanc suant l'arrogance et la bêtise devrait être en 2018 la caricature inutile d'un archétype social disparu. Les saillies innombrables de Donald Trump et la vitalité de la "fachosphère" nous rappellent à quel point il est pourtant encore nécessaire de moquer la figure du cowboy patriote et de rire de l'hétéro alpha dont la posture dominatrice suscite tant de nostalgie.

Dixon (Sam Rockwell) Dixon (Sam Rockwell)

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.