Liberté d'expression : le piège

Liberté d'expression : formule fourre-tout où l'on retrouve le meilleur, mais aussi le pire. Et là, clairement, on est dans le pire. Parce qu'il ne faut pas confondre...

Chère Humaine, cher Humain, permets-moi de t'appeler ainsi.

Je pourrais te nommer "ma sœur ", "mon frère". Mais "humaine, humain", ça résume mieux ce que nous sommes. À la fois des habitants de cette Terre, des Hommes (avec le grand H qui désigne notre espèce) et des êtres doués d'humanité (c'est-à-dire de compassion).

Chère humaine, cher humain, je voudrais te demander, au nom de notre intelligence commune, de prendre un peu de recul par rapport à tes émotions. De ne pas te laisser manipuler ou duper mais de réfléchir un instant avec moi sur une formule dont on parle beaucoup en ce moment : la liberté d'expression.

La liberté d'expression, c'est pouvoir dire ce que l'on ressent, ce qui nous importe, défendre son point de vue et ses valeurs.

La liberté d'expression est fondamentale et elle doit être possible pour tous, quelle que soit son origine, son sexe, sa classe sociale, sa religion, etc. Mais elle ne doit pas être confondue avec quelque chose de plus insidieux, et pour tout dire de plus malsain.

La liberté d'expression, ça n'est pas faire, dire, dessiner n'importe quoi au détriment d'une personne ou d'un groupe.

La liberté d'expression, ça n'est pas se moquer de l'autre, de ses valeurs, l'écraser sous prétexte que ça peut faire rire.

À l'école, nos enfants expérimentent le vivre ensemble, la tolérance et la richesse des différences. Ils apprennent à ne pas accepter le harcèlement et la stigmatisation.

On ne peut pas dans le même temps leur faire croire que la liberté de caricature, c'est de la liberté d'expression. Leur demander d'être exemplaires et permettre à des adultes d'attiser la haine de l'autre.

Parce que ridiculiser ce qui est important pour l'autre, c'est s'attaquer à ce qui fait son humanité.

Et pourtant, c'est tellement facile de faire la différence !

Face à des gestes, des mots, des dessins, il suffit d'imaginer, à la place de la personne prise pour cible, quelqu'un que l'on aime. Si un sentiment de colère ou de malaise nous envahit, alors c'est que ce n'est pas de la liberté d'expression.

C'est de la moquerie, du harcèlement ou de la haine.

Et ça, ça ne permet pas de vivre ensemble.

Le message que l'on doit faire passer à nos enfants (et à pas mal d'adultes aussi) tient en quelques mots : la limite de la liberté de chacun, c'est le respect de l'autre.

Une fois qu'on aura compris çà, on pourra espérer vivre ensemble...

 

 

 

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