La rédaction de Mediapart
Retrouvez ici les actualités de la rédaction de Mediapart.
Journaliste à Mediapart

537 Billets

29 Éditions

Billet de blog 19 févr. 2021

Néonazis allemands: comment Mediapart a enquêté sur La Troisième Voie

Journaliste indépendante basée à Berlin, Prune Antoine raconte les coulisses de son reportage en dix épisodes sur le parti néonazi allemand La Troisième Voie, publié sur Mediapart à partir du 19 février, et explique le choix de ce dispositif en immersion.

La rédaction de Mediapart
Retrouvez ici les actualités de la rédaction de Mediapart.
Journaliste à Mediapart

Lorsque j’arrive en Allemagne en 2008, il n’existe aucun parti d’extrême droite dont l’influence soit comparable au Front national. Contrairement à ses voisins européens qui voient les populistes arriver au pouvoir et les groupuscules violents se multiplier, l’Allemagne semble épargnée. Le devoir de mémoire semble protéger les mots comme les actes de toute radicalisation.

L’omerta dure jusqu’à l’entrée de l’AfD au Bundestag en 2014, suivie par la vague d’arrivée des réfugiés syriens. En 2015, la société comme la politique basculent. Les verrous sautent, les tabous tombent : xénophobie, antisémitisme, le pays semble pris dans un engrenage de violence et de terreur qui s’accélère. Comment expliquer la multiplication des attentats sanglants, de Munich à Halle, en passant par la cavale du groupuscule terroriste NSU ou l’assassinat de Walter Lübcke, les scandales néonazis à répétition dans la police ou l’armée et les agressions racistes ? L’impuissance de l’État ? Qu’est-ce qui a changé en Allemagne ?

C’est au fil de recherches sur Internet que je tombe sur La Troisième Voie, parti néonazi en plein essor qui propose des actions caritatives « réservées aux Allemands » : soupes populaires ou distribution de vêtements. Dans la ville de Plauen, en Saxe, où ils ont implanté leur premier « bureau citoyen », ils siègent même au conseil municipal. Avec un programme copier-coller du national-socialisme.

© Piet

L’attentat de Hanau, en février 2020, est la goutte qui fait déborder le vase. Je me rends en Saxe, où je rencontre le chef de section local Tony Gentsch, qui accepte que je les suive pendant quelques mois. De février à novembre 2020, je suis invitée dans leur quartier général, je fais des visioconférences pendant le confinement, j’assiste à leurs activités caritatives, je rencontre des militants et participe à leur randonnée annuelle « famille-patrie-communauté » et même, en octobre, à un défilé martial avec roulements de tambours et uniformes dans les rues de Berlin.

La priorité sera d’incarner le récit, loin des chiffres, des opinions, des analyses. Trouver un personnage, l’ancrer dans un environnement – la Saxe, laboratoire de la scène néonazie – et une époque – la fin des années Merkel. Et tenter de construire une narration en miroir qui reflète le piège de ces partis qui se multiplient de la Hongrie à la France : se donner un vernis social pour mieux camoufler leur violence.

Pour ce reportage en immersion, je me suis heurtée à deux écueils. D’abord, trouver la bonne distance : suffisamment proche pour comprendre sans juger, suffisamment loin pour contextualiser le climat social et politique allemand. La pandémie de coronavirus ne m’aide pas vraiment, sauf lorsque je finis par comprendre que ce qui les motive, eux, pour « faire tout péter », moi, pour écrire sur eux, c’est la frustration. La colère.

À quelques mois des élections fédérales allemandes, le 26 septembre 2021, le coronavirus devient part intégrante de l’histoire que j’écris. Il est l’étincelle qui risque de mettre le feu aux poudres de la démocratie allemande. Complotistes, antivax et extrémistes de tous bords sont désormais mobilisés derrière le hashtag #querdenken. Penser autrement. Sera-ce le mantra de l’ère post-Merkel ?

« Allemagne : sur la piste brune de La Troisième Voie », un reportage en dix épisodes à lire ici à partir du 19 février.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Des candidats de la majorité préfèrent s’afficher sans Macron
Contrairement à 2017, où la plupart des candidats macronistes avaient accolé la photo du président de la République à côté de la leur, nombre d’entre eux ont décidé cette année de mener campagne sur leur propre nom. Face à la gauche et à l’extrême droite, certains veulent éviter d’agiter « le chiffon rouge ».
par Ellen Salvi
Journal — Gauche(s)
Raphaël Arnault, l’antifa qui veut être député
L’ancien porte-parole du collectif Jeune Garde se présente dans la deuxième circonscription de Lyon, avec le soutien du NPA, face au candidat désigné par la Nupes, l’ancien marcheur Hubert Julien-Laferrière. L’ultime métamorphose d’un antifascisme nouvelle génération. 
par Mathieu Dejean
Journal — Migrations
En Ukraine, la guerre a déplacé des milliers d’orphelins et d’enfants placés
Les enfants représentent, avec les femmes, la majeure partie des déplacés internes et des réfugiés ukrainiens. Dans l’ouest de l’Ukraine, des orphelins de la guerre et des enfants placés tentent de se reconstruire une vie, loin de leur maison et de leurs habitudes.
par Nejma Brahim
Journal
Fusillades dans les écoles : le cauchemar américain
Une nouvelle fusillade dans une école élémentaire a provoqué la mort d’au moins 19 enfants et deux enseignants. L’auteur, âgé de 18 ans, venait d’acheter deux armes à feu de type militaire. Le président Joe Biden a appelé à l’action face au lobby de l’industrie des armes. Mais, à quelques mois des élections de mi-mandat, les républicains s’opposent à toute réforme. 
par François Bougon et Donatien Huet

La sélection du Club

Billet de blog
Bifurquer, c'est tout le temps à refaire (et ça s'apprend)
Je suis diplômée ingénieure agronome depuis décembre 2019. On m'a envoyé mille fois la vidéo du discours des diplômés d’AgroParisTech qui appellent à bifurquer et refusent de travailler pour l’agro-industrie. Fantastique, et maintenant ? Deux ans après le diplôme, je me permets d'emprunter à Benoîte Groulte pour répondre : ça dure toute la vie, une bifurcation. C'est tout le temps à refaire.
par Mathilde Francois
Billet de blog
Déserteurs : existe-t-il une sécession des élites diplômées ?
La prise de parole des étudiant·es de Agro Paris Tech a été l’occasion pour la presse de remettre en avant l’hypothèse d’une sécession de l’élite scolaire face à la crise écologique. Qu’en disent les sciences sociales ?
par Quantité Critique
Billet de blog
Remise des diplômes AgroParisTech : appel à déserter
Lors de leur cérémonie de remise de diplôme, huit jeunes ingénieur·es AgroParisTech ont appelé leurs camarades de promotion à déserter de leurs postes. « N'attendons pas le 12ème rapport du GIEC qui démontrera que les États et les multinationales n'ont jamais fait qu'aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les révoltes populaires. Vous pouvez bifurquer maintenant. »
par Des agros qui bifurquent
Billet de blog
Prendre les chemins de traverse… mais à plusieurs !
Nous sommes un collectif d'une petite dizaine de personnes, qui avons décidé, à la fin de nos études en politiques locales, de prendre à bras le corps les questions climatiques, énergétiques, sociales de demain, pour y trouver des réponses radicales. Voilà l'histoire de notre parcours, depuis notre rencontre en 2018, sur les bancs de l'université.
par Collectif La Traverse